Vilipendé
par des secteurs de plus en plus importants de la société
mexicaine, le Parti révolutionnaire institutionnel
n'en finit plus de mourir
tout en conservant le pouvoir.
En dépit du revers électoral du 6 juillet 1997,
il contrôlait toujours les principaux leviers du régime:
la présidence de la République, le gouvernement
de la plupart des 31 États de la fédération,
le Sénat, les deux tiers des municipalités
et les syndicats.
Les
électeurs étaient appelés à
renouveler la Chambre des députés (500 sièges)
et un quart du Sénat (32 membres sur 138). En même
temps, six États devaient élire leur gouverneur
et, pour la première fois, les habitants de la capitale
allaient choisir leur maire au suffrage universel. En dépit
d'un échec annoncé par tous les sondages,
les candidats du PRI auront tenté de tirer sur les
vieilles ficelles, de celles qui naguère leur assuraient
le bonheur électoral. Ainsi le président du
PRI n'a-t-il pas hésité à associer
le Parti d'action nationale (PAN, conservateur) au fascisme
et le Parti de la révolution démocratique
(PRD, opposition de gauche) au communisme. Parallèlement,
des milliers de cassettes vidéo truquées visant
à présenter le PRD comme une formation politique
violente circulaient dans tout le pays.
On
se souvient que des méthodes de ce genre avaient
donné de bons résultats lors des élections
générales de 1994, largement remportées
par le PRI et par Ernesto Zedillo, qui succédait
alors à Carlos Salinas à la présidence
de la République. Mais les conditions étaient
tout autres alors. Le Mexique connaissait en effet une période
particulièrement troublée, par insurrection
zapatiste et l'assassinat du candidat officiel du PRI à
la présidence, Donaldo Colosio. Il avait suffi à
ce dernier parti d'exploiter la peur ambiante pour obtenir
des électeurs qu'ils le reconduisent au pouvoir.
Mais, en décembre de la même année,
la brutale dévaluation du peso allait avoir de funestes
effets pour lui: les Mexicains voyaient leur niveau de vie
chuter brutalement au moment où s'accumulaient les
révélations sur l'enrichissement spectaculaire
du frère de l'ex-président Salinas. Déjà
affaiblie par les profondes divergences entre partisans
du néo-libéralisme et la vieille garde nationaliste,
la formation issue de la révolution de 1910
paraissait incapable de trouver un second souffle.
L'ombre
portée de l'élection présidentielle
Trois ans plus tard, le ton de la campagne électorale
a donc montré que les dirigeants du PRI n'avaient
pas pris la mesure de la lassitude de la population, pourtant
largement répandue dans les zones urbaines à
l'endroit d'un régime marqué par la corruption
et l'inefficacité. Et c'est sans surprise que le
PRI a reculé sur presque tous les fronts, perdant
la majorité absolue au Parlement (239 députés
sur 500, contre 125 pour le PRD, 122 pour le PAN, 8 pour
les écologistes et 6 pour le Parti du travail), n'obtenant
que quatre gouverneurs dans les six États concernés
par le scrutin. Seul le Sénat, où le PRI conserve
la majorité (77 sièges sur 128), a résisté
au désir de changement exprimé par les électeurs
mexicains.
Mais
plus que le renouvellement de l'Assemblée nationale,
c'est surtout l'élection du maire de la capitale
qui a retenu l'attention. Au cours de la campagne électorale,
chacun s'accordait en effet à penser que la bataille
pour Mexico était un prélude à celle
pour la présidence, en l'an 2000. L'enjeu était
donc de taille. Après avoir été largement
favori au début de la campagne, Carlos Castillo,
le candidat du PAN, est finalement tombé sous les
coups assenés par le représentant du PRD,
Cuauhtémoc Cardenas, qui n'a eu de cesse de rappeler
l'«alliance» entre le PAN et l'ex-président
Salinas (1988-1994), rendu responsable de toutes les difficultés
du pays. Au terme d'un rétablissement spectaculaire,
C. Cardenas a réussi à enlever la mairie
de Mexico sur un score sans appel, obtenant 47,11 %
des voix, contre 25,08 % à Alfredo del Mazo
et seulement 15,26 % à C. Castillo.
Succès
économiques, échecs sociaux Même si
le PRI tient encore la plupart des leviers du pouvoir, l'entrée
en masse des députés du PRD à l'Assemblée
nationale marque sans nulle ambiguïté la fin
de son hégémonie. Nombre d'électeurs
de la capitale, y compris des sympathisants du PAN, ont
porté leurs voix sur le candidat du PRD pour barrer
la route au PRI. Ce dernier a été victime
d'un vote-sanction qui aura traduit la lassitude des Mexicains
à l'égard d'un régime au pouvoir depuis
près de soixante-dix ans. Et si le parti au pouvoir
a tenté de faire valoir la reprise économique,
celle-ci ne lui a pas permis d'inverser la tendance en sa
faveur.
Pourtant,
les indicateurs macroéconomiques étaient de
nouveau excellents. Le PIB a progressé de 5,1 %
en 1996, l'inflation a diminué de moitié
par rapport à 1995, le taux de chômage
officiel était en baisse et les taux de change stables.
Le PRI pouvait également se targuer d'avoir maintenu
les finances publiques en équilibre et de gérer
au mieux la dette extérieure. Mais pour la majorité
de la population, ces données n'ont guère
de signification: en quinze années, les salariés
ont perdu quelque 70 % de leur pouvoir d'achat. Les
effets de la désastreuse dévaluation de décembre 1994
sont loin d'avoir été résorbés:
la politique de restriction des rémunérations
pour décourager la demande et éviter
les pressions inflationnistes a creusé encore
un peu plus le fossé entre les riches et les pauvres.
Trois
ans après le séisme financier de 1994,
la majorité des nouveaux venus sur le marché
du travail près de 1 million par an
survivaient toujours dans le cadre de l'économie
informelle, qui occupe plus de la moitié de la population
active. La pauvreté, qui affectait déjà
70 % des Mexicains, s'était encore aggravée,
plusieurs millions de personnes disposant à peine
de l'équivalent de 3 F par jour pour vivre.
Mais, selon la revue Forbes, le nombre de milliardaires
en dollars est passé de dix à quinze entre 1995
et 1996, soit plus que dans n?importe quel autre pays
d'Amérique latine, y compris le Brésil.
Au
cours de la campagne électorale, le président
Zedillo avait appelé les Mexicains à faire
encore un effort. De toute évidence, l'envie et les
moyens leur ont fait défaut.
©
Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002