Relativement
épargné par la crise asiatique, le Mexique
a été durement touché par les soubresauts
provoqués par l'écroulement de l'économie
russe. Le chef de l'État, Ernesto Zedillo, a stigmatisé
l'indolence des pays industrialisés (le G7) et des
institutions financières internationales, auxquels
il a reproché de laisser s'étendre la tourmente.
Par ailleurs, la tension est montée d'un cran dans
le Chiapas, où soldats de l'Armée zapatiste
de libération (EZLN) et forces régulières
du gouvernement se sont affrontés en juin.
Dans
la tourmente des marchés financiers Le Mexique, qui
avait enregistré une forte croissance en 1997
(7 %), semblait tiré d'affaire après
la profonde récession provoquée par la dévaluation
catastrophique du peso en décembre 1994. L'optimisme
était donc de rigueur encore au début de l'année 1998.
Mais sous l'effet conjugué de la chute des cours
du pétrole les recettes ont été
réduites de 3,5 milliards de dollars et des
turbulences des marchés financiers internationaux,
les prévisions ont été revues à
la baisse: ainsi, le ministère des Finances estimait,
en septembre, que la croissance ne dépasserait pas
5 %. Plus concrètement pour la population, les
autorités ont avoué que l'austérité
resterait à l'ordre du jour pour les deux années
à venir, alors qu'elles avaient promis une récupération
substantielle du pouvoir d'achat en 1998. Reflétant
les difficultés du pays, la Bourse de Mexico a cédé
près de 50 % entre janvier et septembre, dont
30 % pour le seul mois d'août sous cet
angle, le Mexique est le grand perdant, avec l'Argentine,
du continent latino-américain. Après une période
de stabilité assez longue, le dollar est passé
de 9,3 à 10 pesos en l'espace d'un seul mois; quant
au taux d'intérêt interbancaire, il a effectué
un bond à plus de 40 %, contribuant de façon
significative à fragiliser encore un peu plus le
système. Ne méconnaissant pas les effets négatifs
d'une perte de confiance de la Bourse sur l'économie
réelle, le gouvernement mexicain s'est employé
à rassurer et la population et les agents économiques.
C'est ainsi qu'il a soutenu qu'il était en mesure
de «faire face aux effets négatifs de la crise
financière internationale». Une affirmation
étayée, il est vrai, par de solides arguments,
dont des «réserves en devises de près
de 30 milliards et des finances saines».
Quoi
qu'il en soit, la sérénité affichée
par les autorités mexicaines n'était plus
de mise lors du sommet du groupe de Rio (tous les pays sud-américains,
plus le Mexique et le Panamà), qui s'est tenu à
Panamà les 4 et 5 septembre. Le président
mexicain n'aura pas hésité à exprimer
les frustrations des gouvernements latino-américains
qui, tous, ont le sentiment d'être fort mal récompensés
par la communauté internationale après avoir
appliqué des plans d'ajustement particulièrement
sévères. Les douze pays participant au sommet
de Rio, estimant n'avoir aucune responsabilité dans
les crises russe et asiatique, ont exhorté les pays
industrialisés et les organisations financières
internationales à «prendre les mesures nécessaires
pour restaurer la stabilité des marchés financiers».
Sans doute un peu naïve dans sa formulation, cette
«prière» n'en témoigne pas moins
d'un profond désarroi des chefs d'État de
la région face à une situation qui menace
de mettre à mal, voire de réduire à
néant, tous les efforts réalisés au
cours des dix dernières années par la plupart
des pays du continent pour mener à bien leur adaptation
aux exigences de la mondialisation. D'ailleurs, la tonalité
des interventions, qui aura contrasté avec les communications
en forme de vux pieux auxquelles ce genre de sommet
nous a habitué, a illustré la profonde inquiétude
des représentants des pays de la région qui
redoutent plus que tout une extension de la crise à
l'ensemble du continent.
Nouveaux
affrontements au Chiapas Débordées donc par
l'instabilité du système financier international,
les autorités mexicaines ont de plus été
confrontées sur le mode de la violence à la
question du Chiapas. Depuis la suspension, en août 1996,
des négociations entre le gouvernement et la guérilla,
les relations n'ont cessé de se tendre entre le pouvoir
et Monseigneur Samuel Ruiz, qui faisait office de médiateur
et auquel les autorités ont toujours reproché
d'entretenir des liens suspects avec les zapatistes. Pour
la première fois depuis l'entrée en vigueur
du cessez-le-feu au Chiapas, le 12 janvier 1994,
l'armée mexicaine et la guérilla se sont affrontées
le 10 juin, sur les hautes terres qui dominent la ville
de San Cristobal de las Casas. Cet accrochage aurait fait,
selon les autorités, un mort dans les rangs des forces
de l'ordre et huit victimes parmi les sympathisants de l'Armée
zapatiste de libération nationale (EZLN). L'incident
est intervenu deux jours après l'annonce de la démission
de Monseigneur Ruiz, une décision que l'Église
et l'opposition de gauche n'ont pas manqué d'interpréter
comme le signe que le président Zedillo était
décidé à résoudre le conflit
de manière unilatérale. Une analyse bien naturellement
réfutée par les autorités, qui estimaient,
elles, que le départ de l'évêque de
San Cristobal était de nature à lever le principal
obstacle à l'ouverture d'un «dialogue»direct
avec l'EZLN et avec son principal dirigeant, le sous-commandant
Marcos. Début mars, ce dernier s'était d'ailleurs
manifesté en subordonnant la reprise des négociations
à cinq conditions, avant de maintenir un silence
absolu Marcos souhaiterait-il gagner du temps avant
l'élection présidentielle de l'an 2000
? , refusant même de répondre aux messages
de Monseigneur Ruiz et de la Commission parlementaire pour
la concorde et la pacification (Cocopa). En clair, les déclarations
des uns et le silence des autres ont permis d'alimenter
les spéculations les plus diverses. On ne retiendra
ici que l'analyse d'un des membres de la Commission épiscopale
pour la paix au Chiapas qui estimait plus que douteux que
les autorités parviennent à établir
un dialogue direct avec l'Armée zapatiste de libération
nationale. Selon lui, Mexico aurait tout intérêt
à faire en sorte de séparer le sous-commandant
Marcos de la base indigène de l'EZLN.
©
Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002