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L'actualité mexicaine en 1999

Le Mexique a progressé encore, en 1999, dans la voie de la démocratisation, se préparant à vivre le 2 juillet 2000 les élections les plus démocratiques de son histoire.
En effet, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), au pouvoir depuis les années 1930, a abandonné ses pratiques séculaires consistant à systématiquement confisquer le pouvoir. Le président Ernesto Zedillo, élu en 1994, avait promis en 1998 de rompre avec la tradition selon laquelle un président en exercice désigne son successeur qui remporte ensuite les élections. Le 4 mars, à l'occasion du 70e anniversaire du PRI, le président Zedillo a précisé que le candidat du PRI serait désigné par les militants et sympathisants à l'occasion d'une élection interne. Et le 17 mai, le Conseil politique national du PRI a pris la décision historique d'organiser des primaires.
Le premier candidat à s'être manifesté au sein du PRI a été Manuel Bartlett, gouverneur de l'État de Puebla, qui a lancé sa campagne dès le début de l'année, sur un ton populiste et en critiquant le néo-libéralisme. Rapidement trois autres candidats se sont déclarés: Humberto Roque Villanueva, ex président du PRI, Francisco Labastida Ochoa, ministre de l'Intérieur, et Roberto Madrazo, gouverneur de l'État de Tabasco, ces deux derniers étant les favoris. L'opposition entre les quatre pré-candidats a pris un tour amer, en dépit de la signature d'un «pacte de civilité». Le financement de la campagne a notamment fait l'objet de nombreuses accusations. Il est vrai que depuis l'assassinat en 1994 de Luis Donaldo Colosio, le candidat du PRI à la présidence, et de Francisco Ruiz Massieu, le chef du parti, le PRI n'en finit pas de solder un passé de collusion avec les milieux mafieux. Ainsi, en septembre 1999, Mario Ruiz Massieu, frère de Francisco, s'est suicidé alors qu'il était en bute à des accusations de trafic de drogue.
Le 7 novembre, Francisco Labastida a gagné les primaires au sein du PRI. Plus de 10 millions de Mexicains ont participé à ces élections, faisant progresser la démocratie dans le pays. Et le PRI est apparu d'autant plus en position de force pour les élections de juillet 2000 que l'année a aussi été marquée par les divisions de l'opposition.
Tout au long de l'année en effet, le Parti action nationale (PAN, opposition de droite) et le Parti révolutionnaire démocratique (PRD, opposition de gauche) ont négocié le principe d'une candidature unique. Dès le mois de février, Cuauthémoc Cárdenas, dirigeant historique du PRD et maire de la capitale Mexico, a proposé qu'une élection primaire désigne le candidat unique de l'opposition. De son côté, Vicente Fox Quesada, gouverneur de l'État de Guanajuato, et leader du PAN, se montrait intéressé par le principe, mais préoccupé par la méthode de sélection du candidat. En juin, une série de réunions exploratoires ont montré à quel point les deux partis se méfiaient l'un de l'autre. Toutefois, la victoire d'un candidat de coalition PAN-PRD lors des élections pour le poste de gouverneur de l'État de Nayarit, le 7 juillet, a fait la démonstration de l'utilité d'une stratégie d'union. Du coup, le 30 juillet, la direction du PAN acceptait officiellement le principe d'une négociation. Restait à régler l'épineuse question du mode de sélection et à s'entendre sur un programme de gouvernement, alors que de profondes divergences idéologiques séparaient les partis. Au PRD et au PAN se sont alors joints six autres partis pour tenter de former une vaste coalition d'opposition susceptible de vaincre le PRI.
Mais le 27 septembre, l'opposition unie était vaincue par le candidat du PRI lors des élections dans l'État de Coahuila, avivant les rivalités entre les leaders du PAN et du PRD.
Après plus de quatre mois de négociations, incapable de s'entendre sur un mode de sélection d'un candidat unique, l'opposition renonçait finalement à la stratégie de coalition. Et alors que le PRI effectuait sa mue démocratique, le PRD et le PAN apparaissaient enfermés dans des pratiques clientélistes et corrompues. Ainsi, la désignation en mars du président du PRD a provoqué une crise intérieure, après que les élections eurent été annulées pour fraude. Le 28 septembre, Cuauthémoc Cárdenas a démissionné de la mairie de Mexico, pour se lancer, pour la troisième fois, dans la course à la présidence.
Une série d'élections locales ont confirmé la puissance du PRI. Le 7 février, le PRI a remporté de justesse les élections dans l'État du Guerrero, mais le 21 février, il a conservé plus facilement les postes de gouverneurs des États de Quintana Roo et Hidalgo. Surtout, le 7 juillet, le PRI a conservé l'État de Mexico, le plus peuplé du pays, avec plus de 7 millions d'électeurs. Puis il a de nouveau gagné dans l'État de Coahuila. Le Parti révolutionnaire démocratique (PRD) a, quant à lui, gagné son troisième État, en emportant le 7 février les élections en Basse Californie du sud. Par ailleurs, l'opposition unie a emporté le petit État de Nayarit le 7 juillet.
Enfin, les deux partis d'opposition n'ont guère fait preuve d'union au sein du Congrès où ils sont pourtant majoritaires depuis les élections de juillet 1997. Ainsi l'année 1999 a débuté par un accord entre le PRI et le Parti action nationale (PAN), d'opposition de droite, pour voter le budget.
Mais les divisions de l'opposition n'ont guère favorisé une administration Zedillo qui est apparue affaiblie en cette année préélectorale. Ainsi, le gouvernement n'a pas su faire face à un long et dur conflit avec l'Université nationale autonome de Mexico (UNAM) qui est entrée en grève le 20 avril pour ce qui devait être la plus forte mobilisation étudiante depuis les années soixante. Il n'a pas non plus réglé la crise dans le Chiapas. La situation dans cette région, en rébellion depuis 1994, est demeurée tendue, avec la présence de 30.000 soldats. Le Pape, qui a effectué en janvier 1999 sa quatrième visite au Mexique, n'a pas pu s'empêcher d'évoquer avec le gouvernement la situation dans le Chiapas où l'Église catholique, et tout spécialement l'évêque de San Cristobal de las Casas, Samuel Ruiz, est l'objet de pressions politiques.
La guérilla zapatiste a continué de réclamer la complète application des accords de San Andrés, signés en février 1996, qui prévoient d'incorporer les droits des Indiens à la constitution. Le 21 mars, l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) a organisé un référendum dans tout le pays sur les droits des Indiens. La «Consultation nationale pour la reconnaissance des droits des peuples indigènes et la fin de la guerre d'extermination» a bénéficié du soutien de plusieurs partis d'opposition, notamment le PRD. Près de 3 millions de Mexicains ont apporté leur soutien aux propositions des Zapatistes, visant en particulier à démilitariser le Chiapas. Mais le gouvernement a soufflé le chaud et le froid, n'hésitant pas à tenter d'éliminer par la force quelques-unes des «municipalités autonomes» créées par les Zapatistes, notamment en juin où près de 1.000 indiens ont dû quitter leur habitation. Entre juillet et août, près de 5.000 soldats supplémentaires ont été envoyés dans le Chiapas, pour encercler quelques trente municipalités occupées par l'EZLN.
Toutefois, la hausse des cours du pétrole a favorisé le Mexique qui a poursuivi son rétablissement après la grave crise du milieu des années 1990. Le sauvetage financier des banques a continué à peser lourd dans l'économie. En 1999, le PIB devait croître de près de 3,5 %. Le déficit de la balance commerciale s'est creusé, signe d'un redémarrage de l'économie.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

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