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L'actualité mexicaine en 2000

«Historique» : c'est incontestablement le terme qui a été le plus employé — au Mexique et également à l'étranger — pour désigner la victoire de Vicente Fox, le candidat de l'opposition de droite à l'élection présidentielle, qui a mis fin à soixante et onze ans d'hégémonie du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI). Héritier de la révolution de 1910, le PRI a été victime de l'usure du pouvoir et d'une série de scandales, liés à une corruption endémique, qui ont accéléré sa chute.
L'année 1999 avait été placée sous le signe d'une affaire de corruption d'autant plus embarrassante que les Mexicains devaient élire leur président en 2000. Ce scandale avait éclaté au plus mauvais moment pour le parti au pouvoir — le PRI —, alors qu'il affichait son intention de faire peau neuve et de rompre avec ses vieilles habitudes d'intrigues et de combines électorales. On se souvient que, dans cette perspective, il avait annoncé que le chef de l'État renonçait à son privilège de désigner son éventuel successeur et que ce dernier serait donc choisi à l'issue d'élections primaires. Parallèlement, le PRI s'était engagé à mettre au point des règles claires au sujet du financement de ses campagnes électorales, précisant que les fonds publics ne pourraient plus être utilisés. Mais, acculé à une position défensive, le Parti révolutionnaire institutionnel n'a pas réussi à inverser la dynamique d'une élection qui devait porter le candidat de l'opposition à la tête de l'État.
Echec historique du PRI Le Mexique a donc tourné une page de son histoire en portant à sa tête un candidat conservateur, étranger au sérail du PRI. Cette élection est allée de pair avec le renforcement des positions de l'opposition au Congrès. Le Parti révolutionnaire institutionnel a également perdu la majorité au Sénat et a encore dû céder du terrain à la Chambre des députés. Historique également a été la transparence incontestée du scrutin et l'acceptation du résultat par le PRI. Ainsi, le président sortant, Ernesto Zedillo, n'a pas attendu les résultats définitifs pour saluer la victoire de Vicente Fox sur le candidat du PRI, Francisco Labastida.
De nombreuses capitales étrangères ont applaudi le résultat du scrutin présidentiel. Ainsi, les présidents Andrés Pastrana (Colombie), Alberto Fujimori (Pérou), Fernando Henrique Cardoso (Brésil), Fernando de La Rua (Argentine), Hugo Chavez (Venezuela), Ricardo Lagos (Chili) et Miguel Angel Rodriguez (Costa Rica), ont tenu à féliciter le nouveau chef de l'État mexicain. En revanche, le régime cubain s'est montré moins expansif, se bornant à souligner la permanence des relations «d'amitié et de coopération» entre les deux pays. Il est vrai que la défaite du PRI a touché Fidel Castro, qui n'a pas oublié que le Mexique a été le seul État d'Amérique latine à ne pas rompre ses relations avec Cuba dans les années 1960, quand l'île avait été mise au ban de l'Organisation des États américains (OEA). Quant aux États-Unis, ils se sont félicités du résultat du scrutin présidentiel, en formant le vœu que cette alternance permette de réduire la corruption.
Pour leur part, les milieux financiers ont également réagi favorablement à la victoire de V. Fox. Ainsi, le principal indicateur de la Bourse de Mexico a progressé de 6 %, tandis que le peso s'améliorait face au dollar.
Une croissance soutenue Le PRI avait fait de la réussite économique du Mexique son principal argument électoral. On l'a vu, cela ne l'a pas empêché de perdre le pouvoir. Quoi qu'il en soit, il convient de rappeler que le Mexique, durement touché par la crise financière de 1994, a, depuis, mis en place, avec l'aide du FMI, une série de réformes qui lui ont permis de faire face avec succès aux crises qui ont touché les pays émergents en 1997, 1998 et 1999. D'ailleurs, personne ne conteste que le pays a su mettre en place des garde-fous efficaces, comme en témoignent une balance courante dont le déficit a été sérieusement réduit (moins de 3 % du PIB), une dette extérieure a court terme quasiment inexistante et une monnaie dont le change est flottant. Combinés à l'accord de libre-échange avec les États-Unis et le Canada, ces garde-fous permettent au Mexique d'afficher d'excellents résultats macro-économiques. Ainsi, l'OCDE estimait que la croissance économique devrait être supérieure à 5 % en 2000 — après cinq années d'une semblable progression. Aujourd?hui, l'économie mexicaine, certes menacée de surchauffe avec une inflation proche de 10 %, est une des plus florissantes d'Amérique latine. Le niveau de vie est proche de celui de certains pays d'Europe de l'Est : le revenu par habitant est comparable à celui de la Pologne. Un des atouts de cette réussite est incontestablement le fruit des compétences des entreprises mexicaines qui sont devenues très performantes au contact de la concurrence avec les État-Unis. Si les principaux indicateurs macroéconomiques sont au vert, le tableau d'ensemble n'en présente pas moins quelques zones d'ombre. Ainsi, la population mexicaine apparaît comme l'une des plus mal nourries d'Amérique latine. En dehors des aspects sociaux — qui sont loin d'être résolus —, l'économie mexicaine affiche plusieurs handicaps. Tout d'abord, le Mexique reste trop dépendant des État-Unis et du Canada — environ 80 % des exportations sont destinées à la zone nord-américaine. La vitalité des échanges avec les partenaires de l'ALENA — ils ont augmenté de 140 % depuis l'application de l'accord — reste sous la menace d'un retournement de la conjoncture au nord de ses frontières. Dans cette hypothèse, le Mexique en serait réduit à compter sur sa seule demande intérieure : un scénario catastrophique. Ensuite, le Mexique est également trop dépendant du pétrole, qui représente le tiers de ses recettes. Enfin, l'omniprésence de nombreux conglomérats, peu ouverts à la concurrence étrangère, n'est pas la moindre des faiblesses d'une économie que soixante-dix ans de gestion sous la houlette du PRI ont transformée en économie administrée. En résumé, le Mexique est à la croisée des chemins : il est à la fois confronté aux problèmes que rencontrent les pays en voie de développement et à ceux que connaissent les pays industrialisés. Consciente des enjeux, la nouvelle équipe entend faire de l'investissement dans l'éducation sa priorité, l'objectif étant de rejoindre les pays riches et d'en finir avec la pauvreté.
Le PRI : toutes les couleurs politiques Le PRI est un parti étrange dans la mesure où il est difficile de lui coller une étiquette : est-ce une formation de gauche ? de droite ? du centre ? Au Mexique, il existe un dicton selon lequel les membres du PRI sont «de gauche le matin, du centre à midi et de droite le soir»… Au-delà de cette boutade, force est de constater que le PRI aura été socialiste sous le président Lázaro Cárdenas (1934-1940), puis capitaliste et pro-américain du temps de Miguel Alemán (1946-1952). En réalité, la seule ligne politique du PRI a été de se maintenir au pouvoir. Et il y sera parvenu en raison d'une étonnante capacité à agréger des groupes idéologiques opposés, soit par la répression, soit par l'octroi de récompenses et de privilèges. Une aptitude qui explique le haut niveau de corruption, mais aussi le fait que le Mexique soit le seul pays d'Amérique latine à n'avoir jamais connu de coup d'État.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

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