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L'actualité mexicaine en 2001

Cent jours après son investiture à la présidence, Vicente Fox a passé avec succès la première grande épreuve de son mandat, en renouant le dialogue avec les zapatistes, arrivés le 11 mars à Mexico au terme d'une longue marche. Mais l'enthousiasme qui avait porté V. Fox à la tête de l'État est vite retombé, et pas seulement au Chiapas, où la législation en faveur des Indiens est apparue insuffisante. Le nouveau président tarde à concrétiser les changements politiques espérés, et ses liens privilégiés avec George W. Bush, qui le recevait début septembre, n'ont pas suffi, dans un contexte de crise, à revigorer une économie étroitement liée aux États-Unis.
«On pensait que nous allions détruire le pays, qu'il y aurait une crise. Et regardez : neuf mois ont passé, et rien d'extraordinaire ne s'est produit?!», déclarait le président Vicente Fox le 1er septembre devant le Congrès, auquel il présentait le bilan de ses neuf mois de gouvernement. En cette rentrée parlementaire qui s'annonçait chargée, le président mexicain voulait calmer l'impatience de l'opinion et la rassurer. Mais ce n'est sans doute pas un tel discours qu'auraient voulu entendre des Mexicains qui attendaient justement de «l'extraordinaire» en le portant à la présidence le 2 juillet 2000, mettant ainsi fin à soixante et onze ans de règne du PRI (Parti révolutionnaire institutionnel). V. Fox avait certes admis, durant sa campagne électorale, qu'il ne «pourrait pas faire de miracles» et qu'il «fallait du temps» pour venir à bout de «la pauvreté, la culture de la corruption et la violence», mais les Mexicains avaient eu foi dans les promesses de cet homme de dialogue, direct et au contact facile, qui rompait avec la tradition d'une classe politique hautaine et coupée du peuple. L'enthousiasme, encore visible dans des sondages qui lui accordaient en mars la confiance de 70 % des Mexicains, est manifestement retombé, alors que le «gouvernement du changement» qu'il avait exalté ne devenait, aux yeux de l'opinion, qu'un slogan sans grand effet sur la vie politique et économique du pays.
En mars, pourtant, le président mexicain avait relevé avec succès le premier grand défi qui l'attendait, cent jours après son investiture, en renouant le dialogue, gelé depuis quatre ans, avec la guérilla zapatiste. Durant sa campagne électorale, il avait promis de régler «en un clin d'œil» le problème du Chiapas, dont la situation était en voie de pourrissement depuis que les Indiens y ont pris les armes sept ans plus tôt. Attendant de pied ferme les troupes du très charismatique sous-commandant Marcos, qui a entrepris une marche de 3.000 kilomètres sur Mexico en compagnie de 24 chefs de son mouvement, le président Fox s'est montré à cette occasion à la hauteur de sa réputation, en tendant la main aux guérilleros qui exigeaient du Parlement une loi d'autonomie pour les Indiens du Chiapas. Le sous-commandant Marcos était arrivé, le 11 mars, sur la principale place de la capitale, le Zocalo, face au palais présidentiel, quelque quatre-vingt-six ans après le révolutionnaire Emiliano Zapata dont il se réclame. Cependant, les 150.000 sympathisants qui sont venus accueillir le célèbre guérillero masqué ne sont pas des insurgés en armes, mais une foule hétéroclite d'Indiens de différentes ethnies en costumes traditionnels, d'intellectuels de gauche et de militants anti-mondialisation où se côtoient diverses personnalités étrangères. Conforté par un tel soutien, très médiatisé, le chef de l'EZLN refusait de quitter la capitale s'il n'obtenait gain de cause. Au Chiapas, de jeunes cadres zapatistes dissidents se disaient prêts de leur côté à rejoindre les rangs d'une organisation concurrente, l'Armée révolutionnaire du peuple, menaçant de radicaliser un mouvement jusque-là peu violent, si Marcos ne parvenait pas à signer une paix respectant les intérêts des peuples indigènes. L'apparition des chefs de la guérilla du Chiapas, le 28 mars, à la tribune de la Chambre des députés, du haut de laquelle la «commandante Esther», au nom de Marcos, resté en dehors de l'hémicycle, plaidera la cause des Indiens, devait dénouer la crise et accessoirement offrir au président Fox la force d'un symbole illustrant sa volonté de changement. Marcos et ses compagnons reprenaient dès le lendemain la route du Chiapas, tandis que V. Fox se préparait à recueillir les fruits de cette victoire politique obtenue malgré les réticences de sa propre formation politique, le Parti d'action nationale (PAN, conservateur), qui lui reproche d'avoir offert une tribune au zapatisme.
Mais le président mexicain a d'autant plus de difficultés à transformer cet essai et à incarner le changement annoncé qu'il doit faire face à la politique d'obstruction menée par le PRI dans un Parlement où le PAN au pouvoir n'a pas la majorité. Les députés ont bien adopté cinq amendements constitutionnels en matière de droits des Indiens, mais la nouvelle législation, jugée «autoritaire», est rejetée par les zapatistes, qui ont refusé de revenir à la table des négociations à Mexico où Marcos avait été convié en juin. La libération de prisonniers zapatistes et l'évacuation par l'armée de plusieurs bases dans le sud du pays n'ont pas davantage permis de régler définitivement la crise du Chiapas, comme s'y était engagé V. Fox. Sur le plan économique, les mesures prises par ce dernier n'ont guère été plus concluantes. Son gouvernement a accru l'aide aux agriculteurs, aux écoles et aux services de santé, mais, dans le même temps, le nombre des chômeurs a augmenté, les salaires n'ont pas bougé et la corruption continue à sévir. Pivot de la politique économique du président mexicain, la réforme fiscale présentée comme «essentielle pour la prospérité du pays» a finalement été reportée en raison de l'opposition qu'elle avait suscitée dans une opinion théoriquement favorable à ce projet mais rechignant à payer des taxes sur les médicaments ou les denrées alimentaires.
Les Mexicains comptaient enfin sur l'entente particulière entre leur président et son homologue américain, qui furent tous deux gouverneurs de région — V. Fox au Guanajuato et Bush au Texas — avant d'accéder en même temps à la présidence de leurs pays respectifs, pour redonner du tonus à une économie affectée par le ralentissement de l'activité économique aux États-Unis, avec lesquels le Mexique réalise 87 % de son commerce extérieur. Ces relations privilégiées ont été réaffirmées avec force publicité à l'occasion de la visite de V. Fox à Washington, où il était chaleureusement accueilli par George W. Bush le 4 octobre. Mais cette rencontre, censée développer notamment la coopération policière et judiciaire, n'a pas permis d'avancer sur le délicat problème de la régularisation, souhaitée par Mexico, des immigrés mexicains qui formeraient la moitié des 6 à 11 millions de clandestins vivant aux États-Unis. Toutefois, le président Bush a salué l'apport des travailleurs immigrés à la société et à l'économie américaines. C'était une semaine avant les attentats de Washington et de New York, dont les incidences économiques inévitables sur le Mexique ne rendent que plus improbable l'objectif de 7 % de croissance annoncé par V. Fox lors de son arrivée au pouvoir.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

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