Susana
est née dans le quartier noir de Chorillos, à Lima,
où ont vécu les descendants des esclaves depuis
l'instauration de la monarchie espagnole. La musique et les savoureux
plats de sa mère bercent son enfance. Senora Baca apprend
à sa fille tout ce qu'elle sait dans ces deux domaines.
"Mon père jouait de la guitare et ma mère m'a
appris les premiers pas de danse - elle était danseuse,
pas chanteuse. J'écoutais la radio et je regardais les
films mexicains, les grands danseurs de rumba et les musiciens
cubains comme Perez Prado et Beny Moré."
Malgré un problème d'asthme, Susana continue le
chant et la danse traditionnelle.
A l'école, où ses talents sont remarqués.
Elle forme un groupe de musique expérimentale combinant
poésie et chanson. Grâce à des subventions
de l'institut d'Art Moderne du Pérou
et de l'institut National de la Culture Péruvienne, Susana
se produit sur scène et remporte des prix au prestigieux
festival Agua Dulce à Lima.
Susana commence alors à attirer l'attention, notamment
de la regrettée Chabuca Granda, l'une des grandes figures
de la chanson latino-américaine. Voyant en Susana un
digne successeur, elle l'engage comme assistante personnelle
et l'invite à venir chez elle. Grâce à Chabuca,
elle aura la chance de pourvoir réaliser son premier
enregistrement au Pérou. Mais, suite à sa brusque
disparition en 1983, Susana se retrouve sans contrat. Elle continue
néanmoins de travailler. Ce n'est que bien des années
plus tard qu'un label envisagera de lui donner à nouveau
la chance de se faire connaître d'un plus large public.
Sans
se laisser décourager, Susana poursuit ce qu'elle considère
désormais comme sa raison d'être : étudier,
faire découvrir et réhabiliter la musique de son
peuple. C'est à cet effet que Susana et son époux,
Ricardo Pereira, ont créé l'Instituto Negro Continuo
à Lima. Cet institut a pour but de faire découvrir
la culture afro-péruvienne et de contribuer à
son développement.
Simultanément
aux activités de cet institut, Susana a évolué
sur le plan artistique comme en témoigne son premier
album. "Je m'exprime avec les chansons et la poésie
de mon peuple," explique Susana. "Je choisis des chansons
qui me parlent : des chansons tendres, mélancoliques,
poétiques et rythmées. Certaines d'entre elles
ne sont pas évidentes."
"Mon répertoire se compose d'anciens et de nouveaux
morceaux. C'est une nécessité pour mûrir
et évoluer. Il y a des chansons traditionnelles sur la
vie de nos grands-parents à la campagne, d'autres sur
le rythme et la danse. Il y a le "festejo", le lando
et le "goipe é tierra". Il y a également
des chansons qui évoquent la vie urbaine ainsi que des
musiques plus "élaborées" : la valse,
la marinera et la zamacueca. Certains titres conjuguent plusieurs
fonctions et sont à l'image de la culture afro-péruvienne,
un mélange de différentes formes."
La force du talent de Susana Baca repose sur ses tensions, celles
dont a été victime un peuple pendant des siècles
et qui continuent de hanter l'histoire du continent américain.
Avec ses chansons et ses danses, Susana aide les siens à
se tourner vers l'avenir, à cicatriser leurs plaies.
©
vo-music
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