Terme
commode parce que remarquablement imprécis, la salsa
(«sauce», en espagnol) désigne une musique
populaire latino-américaine apparue dans les quartiers
hispaniques de New York au cours des années 1970,
mélange de jazz afro-cubain et de musique portoricaine
parfois pimenté d'emprunts au rock (guitares et autres
instruments électriques, notamment). En fait, il s'agirait
essentiellement d'une mise aux goûts du jour, d'un dépoussiérage,
du faisceau des musiques de danse «latines» en vogue
dans les années 1940, et utilisant des alliages
de cuivres, flûtes et voix, et des rythmes apparus au
cours de la décennie suivante (mambo, cha-cha-cha…).
Soit une solution de remplacement, voire d'alternance, pour
les modes liées à la «folie du swing»
et à la passion de la danse.
Mais,
peu à peu, les passerelles se sont multipliées,
principalement avec le jazz, et l'on a vu nombre de musiciens
«latins» (par exemple les frères Jerry et
Andy Gonzales, respectivement trompettiste-percussionniste et
contrebassiste) ou jazzmen purs jouer sur les deux tableaux,
d'où, inévitablement, certains effets d'osmose
entre les styles et les techniques, au point que les frontières
deviennent parfois très floues.
Entre
autres grands noms de la mouvance «latine» : la
chanteuse cubaine Celia Cruz, des précurseurs comme le
chef d'orchestre percussionniste (mais aussi vibraphoniste,
pianiste, saxophoniste…) Tito
Puente (1923-2000) et son confrère Frank Raul Grillo
dit «Machito» (1912-1984), surtout connu pour avoir
été associé aux historiques expériences
de mélange jazz-musique latine avec Gillespie (Incienso
y Mirra, 1975) et Parker (Mango Mangue, 1948), mais
aussi de plus jeunes instrumentistes comme le pianiste et chef
d'orchestre Eddie Palmieri, le tromboniste Willie Colon, le
flûtiste Johnny Pacheco et le percussionniste Ray Barretto,
que l'on pourrait situer comme «le plus jazz des salseros».
Pourtant, rien de vraiment nouveau sous le soleil: en 1924,
Jelly Roll Morton signait déjà un Mamanita indiscutablement
très «latin», tant il est vrai que le jazz
fut d'emblée, et tout naturellement, musique de braconnage
et «world music» avant la lettre et la mode: ouvert
à tous les souffles, rythmes et «métissages».
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