Le
tango, cette pensée triste qui se danse, est né
au début du XXe siècle. Les paroles évoquent
toujours la solitude et le désespoir, la jalousie et
la nostalgie, tandis que la danse est une démonstration
passionnée, érotique et flamboyante du machisme
latin.
Le tango prit en fait racines dans les quartiers populaires
de la capitale à la fin du XIXe siècle. La croissance
que connaissait alors Buenos
Aires avait donné le sentiment aux argentins que
tout était désormais possible. Des soldats démobilisés
furent nombreux à s'établir dans les zones semi
rurales des faubourgs de la capitale, bientôt rejoints
par des milliers d'immigrants européens. Ils se mêlèrent
aux natifs et aux descendants d'esclaves africains, dont ils
partageaient le sort et les logements. C'est ainsi que dans
les quartiers pauvres de Buenos Aires se mêlèrent
les plaintes du flamenco espagnol, les rythmes africains et
les cadences langoureuses des milongas créoles pour donner
naissance tango.
Il semble qu'au départ, le tango était avant tout
une danse. Les paroles n'apparurent que plus tard. Cette danse
populaire fit rapidement son apparition dans les maisons closes
et les cafés mal famés où se réunissaient
les hommes qui trompaient leur solitude et leur pauvreté
en écoutant les chansons paillardes des premiers tanguistas
anonymes et en dansant entre eux.
Quand la population immigrée féminine augmenta,
le tango trouva rapidement le chemin des fêtes populaires.
Mais la bourgeoisie resta réfractaire à l'engouement
général pour cette danse lascive et aux paroles
trop grivoises, à leurs yeux.
Au début du XXe siècle, son public s'accrut et
la combinaison même des instruments se modifia, lui donnant
cette sonorité que nous lui connaissons aujourd'hui.
Le bandonéon (sorte d'accordéon) vint s'ajouter
à l'ensemble guitare-violon-flûte, rejoint parfois
par le piano.
Peu avant la première Guerre Mondiale, le tango arriva
dans les cafés européens, toujours sous le courroux
de la bonne société. A Paris, la danse fut très
rapidement appréciée, et une académie de
tango s'ouvrit. Ce succès lui conféra une nouvelle
dimension, et cette danse d'origine populaire devint le symbole
de la créativité argentine.
En
1917, un certain Carlos
Gardel enregistra la chanson mi noche triste, et le tango
conquit définitivement l' Argentine
et l'ensemble du continent sud-américain.
Gardel était incontestablement le plus grand chanteur
de tango de tous les temps et le symbole de son âge d'or.
Il serait né à Toulouse, d'autres disent qu'il
serait né à Montevideo ou encore dans les faubourgs
de Buenos Aires.
Les disques, la radio, le cinéma, nouveaux médias
en plein essor firent le succès de Gardel. Le public
qui réclamait des airs romantiques et des interprètes
impétueux, avait trouvé en Gardel interprète
idéal.
La mort tragique du ténor, dans un accident d'avion au
cours d'une tournée en Colombie
en 1935, acheva de parfaire le mythe. Des milliers d'admirateurs
effondrés vinrent accueillir le navire qui rapatria sa
dépouille.