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L'actualité du Nicaragua en 1994

La présidente nicaraguayenne, Violeta Chamorro, a dû faire preuve de plus d'habileté que jamais pour éviter le retour de la guerre civile qui avait ensanglanté le pays entre 1979 et 1990. Si la menace constituée par les ex-sandinistes semblait écartée à la fin de l'année, la paix sociale était loin de régner dans ce pays qui a les pires difficultés à entrer dans l'économie de marché. Le Nicaragua de 1994 c'est d'abord un peuple martyr privé, à court terme, de toute perspective d'amélioration de ses conditions d'existence.
Les rebelles «recompas» (ex-militaires sandinistes) regroupés dans le Front révolutionnaire des ouvriers et paysans (FROC) et les «recontras» (antisandinistes) ont fait souffler le chaud et le froid au cours des premiers mois de l'année 1994. Le 9 février, dans un souci d'apaisement, et afin de laisser la porte ouverte aux négociations, les autorités du Nicaragua ont annoncé, par l'intermédiaire du chef de l'armée, la suspension des opérations militaires contre le groupe le plus important de «recontras» dans le nord du pays. Pause de courte durée, puisque, le 11 février, la trêve entre l'armée et les rebelles volait en éclats. Une fois de plus, tout laissait penser que le pays allait basculer dans la guerre civile. Mais, finalement, les derniers rebelles «recontras» ont signé, le 24 février, un accord de paix avec le gouvernement, acceptant de rendre les armes un échange de leur intégration dans la police.
Par ailleurs, Violeta Chamorro, répondant à de multiples pressions nationales et internationales, a confirmé le 18 mai que le général Humberto Ortega – frère de l'ancien président du Nicaragua, Daniel Ortega – quitterait ses fonctions à la tête de l'armée en janvier 1995. Ce faisant, la présidente accédait à une des principales revendications des «recontras». Sur le front politique, le dialogue national engagé en mai 1993, et interrompu à maintes reprises par les accrochages militaires, a donc pu reprendre bien que l'Union nationale d'opposition ait quitté la coalition au pouvoir.
Considéré sous l'angle économique, le Nicaragua fait songer à un immense chantier abandonné, quelque chose qui évoque une vaste friche agricole, industrielle, financière et sociale, tant le régime marxiste instauré par les sandinistes après la chute de Somoza en 1979 semble avoir tué tout esprit d'initiative. Les exportations couvrent à peine 40 % des importations, près de 60 % de la population active sont sans emploi, et les investissements étrangers ne sont toujours pas au rendez-vous. Pour limiter les dégâts, le gouvernement en est toujours à battre le rappel des bailleurs de fonds. Le Nicaragua, qui a déjà une dette extérieure de 8 milliards de dollars, s'est ainsi assuré, pour 1994, une aide étrangère de 724 millions de dollars, dont 692 millions sous forme de prêt. De leur côté, les États-Unis ont été amenés à suspendre en partie leur aide pour des raisons politiques. À ce climat économique déprimé est venue s'ajouter la découverte de charniers, témoins des horreurs du régime sandiniste. Le consensus instauré au début de l'année apparaît donc bien fragile. Il reste donc au gouvernement de trouver le moyen de le cimenter. Une chose est sûre, le désir de paix devra être plus fort que les performances économiques.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2000

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