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L'actualité du Nicaragua en 1998

Alors que la vie politique semblait se pacifier quelque peu – le Front sandiniste de libération nationale a dû se résoudre à modifier son programme dans un sens plus modéré afin de séduire les électeurs qui lui ont fait défaut à deux reprises depuis 1990 – et que les indicateurs macroéconomiques étaient encourageants, le cyclone Mitch qui s'est abattu dans la région fin octobre a bouleversé tous les scénarios en ramenant à la case départ l'un des pays les plus pauvres du continent américain.
Même si le gouvernement libéral issu des élections de 1996 est parvenu à un accord avec l'opposition sandiniste pour régler la question des propriétés confisquées au cours de la période révolutionnaire (1979-1990), l'âpreté des négociations a montré que la démocratisation de la vie politique était encore bien fragile. Quoi qu'il en soit, le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) a accepté le principe d'une indemnisation au profit des anciens propriétaires spoliés. Mais les cadres du FSLN ont réussi à obtenir, en contrepartie, que le gouvernement accorde des facilités de paiement aux bénéficiaires qui ne disposent pas des ressources nécessaires pour payer les biens mal acquis.
C'est donc un pays encore meurtri par des années de guerre civile, en proie aux tensions politiques et aux incertitudes en matière de politique économique qui a dû subir le passage d'un cyclone d'une rare violence. En quelques jours, les inondations et les glissements de terrain provoqués par ce cyclone ont fait plusieurs milliers de morts et plus d'un million de sinistrés. Pour ajouter au drame, un volcan, le Cerro Negro, est entré en éruption le 2 novembre. Quant au glissement de terrain qui a fait environ un millier de victimes sur les flancs d'un autre volcan, le Casitas, il compte parmi l'un des plus meurtriers survenus dans le monde depuis 1985. Les effets du cyclone Mitch sur l'économie ont immédiatement été jugés catastrophiques. Ainsi, avant même que l'on puisse envisager d'en mesurer avec précision l'étendue, on estimait qu'entre 10 % et 20 % de la production de café du Nicaragua étaient d'ores et déjà perdus et que 50 % seraient gravement compromis. La destruction des routes, des ports et de toutes les infrastructures par la pluie ne pourra qu'alourdir le bilan. En effet, même s'ils ont réussi à conserver une partie de leur récolte, les planteurs auront toutes les peines du monde à la transporter et donc à la vendre.
Pour faire face à la catastrophe, les autorités ont bien sûr mobilisé toutes les ressources du pays. L'armée, dont les effectifs ont été réduits de 90 % depuis la défaite des sandinistes lors des élections de 1990, n'en demeure pas moins la seule institution capable de faire face à une tragédie de cette ampleur. La communauté internationale s'est rapidement mobilisée en faveur des pays victimes du cyclone – le Nicaragua, mais aussi le Honduras et le Salvador. L'Union Européenne a débloqué une aide de 5,5 millions de dollars en produits alimentaires, médicaments et matériel de secours. La Grande-Bretagne et l'Allemagne ont promis des assistances respectives de 850.000 et 2,2 millions de dollars. De son côté, la France a envoyé, le 4 novembre, une centaine de tonnes de matériel et de produits de première nécessité au Nicaragua et au Honduras. Un matériel accompagné de 130 spécialistes du ministère de la Défense, de la Sécurité civile, du SAMU mondial et de médecins épidémiologistes – des centaines de cadavres, souvent en décomposition pour avoir été traîné sur des kilomètres par les torrents de boue, font craindre le risque d'une épidémie. Parallèlement, des moyens militaires ont été déployés à partir des Antilles françaises afin de faciliter la distribution de l'aide humanitaire. Une véritable tragédie donc, qui, étrangement, n'a pas réussi à reléguer au second plan les querelles entre le gouvernement et les sandinistes, dont les deux commissions d'urgence crées à l'occasion ont tenté d'exploiter la situation pour régler des comptes politiques.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

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