Le
Panamá, qui a retrouvé, le 1er janvier
2000, l'entière souveraineté sur le canal,
a ainsi récupéré quelque 5 milliards
de dollars d'infrastructures qui génèrent
des revenus de péage très importants. Pourtant,
la croissance aura été médiocre : environ
2,8 %, soit une hausse identique à celle réalisée
en 1999. Il reste donc au gouvernement de la présidente
Mireya Moscoso de faire la preuve qu'il est aussi capable
que les Américains d'administrer le canal, lequel
reste le principal moteur économique du pays.
Comme
la plupart des pays d'Amérique centrale, le Panamá
s'est rallié au «consensus de Washington»,
qui fait que tous ces pays ont adopté, certes avec
des nuances, une politique d'ouverture aux importations
et aux investissements étrangers. Dans le même
ordre d'idées, le Panamá a opté pour
les privatisations d'entreprises et de services publics,
tout en conduisant une politique budgétaire de limitation
des déficits. Le pays, dont le produit intérieur
brut par habitant approche 3.000 dollars, a profité
de la libéralisation en Amérique latine qui
a soutenu depuis une dizaine d'années la croissance
des services (75 % du PIB). Cela a permis au gouvernement
de réduire sensiblement la pauvreté qui
touche cependant encore 30 % de la population. À
plus long terme, les autorités comptent sur les ports
privatisés, sur l'important centre financier offshore
et sur la zone franche de Colón. Cette dernière
a toutefois souffert de la récession observée
au Venezuela, en Colombie dont 40 % des
exportations transitent par le canal et en Équateur.
Mais c'est bien sûr du canal que les autorités
attendent une amélioration significative de la situation
du pays. Plusieurs groupes étrangers ont déjà
investi dans la modernisation des équipements, un
nouveau système hydraulique de commande des écluses
devant bientôt remplacer l'ancien système électrique.
Parallèlement,
le gouvernement encourage d'autres projets, notamment en
matière d'aménagement des zones portuaires,
logistiques et industrielles. Parmi les opérateurs
engagés, on a remarqué le groupe chinois Hutchinson
Whampoa Ltd, un très gros opérateur portuaire
présent à Hongkong et au Royaume-Uni. Dans
l'esprit du gouvernement, il s'agit, à travers ces
futurs aménagements, d'attirer les industriels qui
ne devraient pas rester insensibles à la position
géographique exceptionnelle de Panamá. Il
n'a d'ailleurs échappé à personne que
la majorité des investisseurs étaient d'origine
asiatique. Constat qui a ému quelques parlementaires
américains de tendance conservatrice. Estimant que
le groupe Hutchinson Whampoa est contrôlé par
l'armée chinoise, ils craignent que les navires battant
pavillon des États-Unis ne se voient interdire de
transiter par le canal.
Les
autorités panaméennes envisagent également
de développer le tourisme : à cet effet, plusieurs
projets de complexes hôteliers sont à l'étude.
En attendant de toucher les futurs dividendes de l'exploitation
du canal, le gouvernement panaméen s'est trouvé
à la tête d'un joli capital (1,3 milliard
de dollars) provenant des privatisations. Mais ses hésitations
sur l'utilisation de cette manne convient-il
d'engager des dépenses sociales ou de procéder
au rachat des bons Brady ? sont apparues de
nature à susciter un certain attentisme. Quoi qu'il
en soit, avec la souveraineté retrouvée sur
le canal, qui devrait à lui seul assurer l'essentiel
de la croissance future du pays, Panamá dispose d'un
solide atout de développement.
©
Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002