Accueil

L'actualité du Paraguay en 1995

Six ans après la chute d'Alfredo Stroessner, le Paraguay poursuit sa démocratisation, mais se heurte à l'hostilité de certains militaires. Quant aux projets d'ouverture économique et de privatisations, ils ont grand-peine à passer l'obstacle du Congrès.
Depuis son arrivée au pouvoir, le 9 mai 1993, le chef de l'État et du gouvernement, Juan Carlos Wasmosy peine à maintenir l'équilibre politique du pays. Si la réforme de la Constitution en 1992 a théoriquement rompu le lien entre le Parti colorado et l'armée, le président Wasmosy doit régulièrement s'opposer aux velléités d'ingérence des militaires tout en se montrant conciliant avec eux, car ceux-ci bénéficient encore du soutien d'une partie de la formation gouvernementale. Une affaire singulièrement compliquée dans la mesure où il lui faut en même temps s'assurer de l'appui de l'opposition, majoritaire au Congrès, et dont le président entretient des liens avec certains généraux. Toutefois, le président Wasmosy peut s'enorgueillir de quelques succès. En mai 1995, il a réussi à obtenir un accord impliquant la «désaffiliation partisane» des militaires et l'interdiction pour ces derniers de prendre une part quelconque à des activités économiques privées.
Le courage du chef de l'État pour affermir la démocratie ne sont pas gage de son intégrité. Ainsi, la découverte, en mai, de malversations orchestrées par le ministère de l'Intérieur et l'arrestation de trois militaires qui avaient critiqué le commandant en chef de l'armée, le tout-puissant général Lino Oviedo, sont venues jeter quelques doutes sur la probité dont se vante le gouvernement. J. C. Wasmosy n'a pas encore convaincu quant à sa volonté réelle de lutter contre la corruption et la tradition qui veut que le parti au pouvoir soit le grand distributeur de prébendes à ses militants. De surcroît, les révélations sur la façon dont le commandant en chef de l'armée a soutenu Wasmosy lors de son investiture sont présentes à l'esprit de tous. On comprend que, dans ces conditions, la marge de manœuvre du président reste étroite, quand bien même le premier des militaires paraissait acquis aux grandes lignes de la politique gouvernementale: deux généraux qui avaient parlé de trucage électoral organisé par le général Oviedo au sein du Parti colorado ont été mis aux arrêts.
L'élaboration et l'application de politiques publiques efficaces, dont le pays a pourtant le plus grand besoin, butent toujours sur la persistance des tensions politiques. À la merci des aléas climatiques et des sautes d'humeur économiques du Brésil – son principal partenaire commercial –, le Paraguay a toutefois emmagasiné les dividendes de ses investissements passés en matière d'hydroélectricité. En revanche, les résultats ont été un peu moins brillants en ce qui concerne les deux principaux produits d'exportation, le soja, qui couvre 47 % des terres arables, et le coton, dont le Paraguay est le troisième exportateur mondial par habitant. En dépit de ce léger recul, la balance agricole était toujours largement positive. Pour sa part, la dette extérieure est restée stable, autour de 1,26 milliard de dollars, pour un PNB global de 7,15 milliards de dollars. Enfin, Asunción fonde de grands espoirs sur son intégration dans le Mercosur, – le marché commun de l'Amérique du Sud, – aux côtés de l'Argentine, du Brésil et de l'Uruguay. Entré en vigueur le 1er janvier 1995, le Mercosur représente déjà un grand marché au sein duquel l'abaissement des tarifs douaniers devrait revitaliser les échanges commerciaux entre les pays membres.
© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

 L'actualité en  1995  -  1996  -  1997  -  1998  -  1999  -  2000  -  2001 

Facebook