La
plupart des commentateurs politiques estiment que le chef
de l'État, Juan Carlos Wasmosy, n'a pas su s'opposer
au tropisme étatiste, autoritaire et populiste du
parti Colorado un héritage du général
Alfredo Stroessner et que la tendance réformiste
qu'il incarnait au moment de son élection s'est épuisée
dans des luttes d'appareils. Aussi, la lassitude de la population
a paru de plus en plus sensible, la situation sociale n'a
cessé de se dégrader, tandis que s'accumulaient
les scandales financiers sur fond de corruption endémique.
Premier
civil démocratiquement élu à la tête
de l'État en 1993, après un demi-siècle
de dictature du général Alfredo Stroessner,
le président Juan Carlos Wasmosy avait sauvé,
en 1996, la fragile démocratie d'un coup d'État
militaire conduit par le commandant en chef de l'armée
de terre, le général Lino César Oviedo.
On se souvient qu'il avait fallu l'appui des États-Unis
et des pays voisins pour faire échouer le golpe.
Arrêté en juin, le général Oviedo
avait finalement été relâché
deux mois plus tard, ce qui avait suscité la colère
de l'opposition. De toute évidence, l'échec
de son coup de force n'aura pas découragé
le général putschiste. Démis de son
rang de chef de l'armée de terre et rayé des
cadres de l'armée, il a trouvé un «emploi»
auprès du parti Colorado formation au pouvoir
et à laquelle appartient J. C. Wasmosy ,
qui l'a officiellement désigné, le 23 septembre,
comme son candidat à l'élection présidentielle
de 1998. L'ex-général Oviedo a su convaincre
le parti Colorado en s'engageant à lutter contre
la corruption et à défendre la justice sociale.
Il est vrai que le président de la République
aurait plutôt tendance à incarner davantage
la première que la seconde. Le vice-président,
Roberto Seifert, n'hésitait pas à déclarer
qu'«aujourd?hui, le danger, ce ne sont plus les militaires,
mais des groupes économiques qui utilisent la politique
à leur profit».
Quelques
scandales financiers sont venus lui donner raison. Après
la crise financière de 1995, qui avait entraîné
la fermeture de quatre banques, la mise au jour d'un vaste
système de corruption s'était traduite par
l'arrestation de l'ancien président de la Banque
centrale et de plusieurs banquiers. On leur reproche d'avoir
détourné quelque 500 millions de dollars
au détriment des petits épargnants. Les différents
scandales financiers et l'ampleur de la corruption ont largement
contribué à alimenter les tensions sociales.
Ce fut particulièrement sensible dans les campagnes,
où de violents combats ont opposé les forces
de l'ordre aux paysans qui exigent la propriété
des terres qu'ils cultivent. En milieu urbain, les tensions
étaient tout aussi vives, comme en ont témoigné
divers mouvements de grèves. Celles-ci ont permis
au trois centrales syndicales de présenter un front
homogène en réclamant la fin des privatisations,
notamment celle du barrage hydroélectrique de Yaciretá,
construit avec l'Argentine.
Sur le plan économique, le Paraguay a connu une année
moins noire que ne le laissent supposer les difficultés
du chef de l'État. En dépit de la crise financière
de 1995 et d'un déficit commercial persistant
les exportations ne couvrent que 40 % des importations
, la croissance était toujours positive (2 %
en 1996). Il est vrai que l'économie continue
de bénéficier de l'adhésion du Paraguay
au Mercosur, le marché commun du sud de l'Amérique,
aux côtés de l'Argentine, du Brésil
et de l'Uruguay.
Le
Mercosur constitue l'élément moteur de l'intégration
économique en Amérique du Sud: réunissant
plus de 200 millions d'habitants, il assure à
lui seul plus de la moitié du produit intérieur
brut de l'Amérique latine. Mais la participation
du Paraguay à ce marché commun n'a pas que
des avantages, car si elle contribue à réduire
le relatif isolement du pays, elle l'ouvre aussi à
l'appétit de ses deux puissants voisins, l'Argentine
et le Brésil, qui s'y taillent la part du lion.
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