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L'actualité du Paraguay en 1997

La plupart des commentateurs politiques estiment que le chef de l'État, Juan Carlos Wasmosy, n'a pas su s'opposer au tropisme étatiste, autoritaire et populiste du parti Colorado – un héritage du général Alfredo Stroessner – et que la tendance réformiste qu'il incarnait au moment de son élection s'est épuisée dans des luttes d'appareils. Aussi, la lassitude de la population a paru de plus en plus sensible, la situation sociale n'a cessé de se dégrader, tandis que s'accumulaient les scandales financiers sur fond de corruption endémique.
Premier civil démocratiquement élu à la tête de l'État en 1993, après un demi-siècle de dictature du général Alfredo Stroessner, le président Juan Carlos Wasmosy avait sauvé, en 1996, la fragile démocratie d'un coup d'État militaire conduit par le commandant en chef de l'armée de terre, le général Lino César Oviedo. On se souvient qu'il avait fallu l'appui des États-Unis et des pays voisins pour faire échouer le golpe. Arrêté en juin, le général Oviedo avait finalement été relâché deux mois plus tard, ce qui avait suscité la colère de l'opposition. De toute évidence, l'échec de son coup de force n'aura pas découragé le général putschiste. Démis de son rang de chef de l'armée de terre et rayé des cadres de l'armée, il a trouvé un «emploi» auprès du parti Colorado – formation au pouvoir et à laquelle appartient J. C. Wasmosy –, qui l'a officiellement désigné, le 23 septembre, comme son candidat à l'élection présidentielle de 1998. L'ex-général Oviedo a su convaincre le parti Colorado en s'engageant à lutter contre la corruption et à défendre la justice sociale. Il est vrai que le président de la République aurait plutôt tendance à incarner davantage la première que la seconde. Le vice-président, Roberto Seifert, n'hésitait pas à déclarer qu'«aujourd?hui, le danger, ce ne sont plus les militaires, mais des groupes économiques qui utilisent la politique à leur profit».
Quelques scandales financiers sont venus lui donner raison. Après la crise financière de 1995, qui avait entraîné la fermeture de quatre banques, la mise au jour d'un vaste système de corruption s'était traduite par l'arrestation de l'ancien président de la Banque centrale et de plusieurs banquiers. On leur reproche d'avoir détourné quelque 500 millions de dollars au détriment des petits épargnants. Les différents scandales financiers et l'ampleur de la corruption ont largement contribué à alimenter les tensions sociales. Ce fut particulièrement sensible dans les campagnes, où de violents combats ont opposé les forces de l'ordre aux paysans qui exigent la propriété des terres qu'ils cultivent. En milieu urbain, les tensions étaient tout aussi vives, comme en ont témoigné divers mouvements de grèves. Celles-ci ont permis au trois centrales syndicales de présenter un front homogène en réclamant la fin des privatisations, notamment celle du barrage hydroélectrique de Yaciretá, construit avec l'Argentine.
Sur le plan économique, le Paraguay a connu une année moins noire que ne le laissent supposer les difficultés du chef de l'État. En dépit de la crise financière de 1995 et d'un déficit commercial persistant – les exportations ne couvrent que 40 % des importations –, la croissance était toujours positive (2 % en 1996). Il est vrai que l'économie continue de bénéficier de l'adhésion du Paraguay au Mercosur, le marché commun du sud de l'Amérique, aux côtés de l'Argentine, du Brésil et de l'Uruguay.
Le Mercosur constitue l'élément moteur de l'intégration économique en Amérique du Sud: réunissant plus de 200 millions d'habitants, il assure à lui seul plus de la moitié du produit intérieur brut de l'Amérique latine. Mais la participation du Paraguay à ce marché commun n'a pas que des avantages, car si elle contribue à réduire le relatif isolement du pays, elle l'ouvre aussi à l'appétit de ses deux puissants voisins, l'Argentine et le Brésil, qui s'y taillent la part du lion.
© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

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