Raul
Cubas est le nouveau président de la République.
Ainsi en ont décidé plus de 53 % des
électeurs, qui, en choisissant en mai 1998 le
successeur de Juan Carlos Wasmosy, ont confirmé l'hégémonie
du parti colorado sur la vie politique au Paraguay. Parmi
les nombreux défis qui attendent le nouveau gouvernement,
retenons la lutte contre la corruption et la contrebande
et, surtout, l'intégration régionale au sein
du Mercosur du marché commun sud-américain.
A
bien
des égards, la victoire de Raul Cubas restera celle
de Lino César Oviedo. Cet ancien général
a été emprisonné pour avoir tenté,
en avril 1996, de déposer le président
sortant, Juan Carlos Wasmosy. En dépit de ce golpe
raté, le général, qui bénéficie
d'une forte popularité auprès des paysans
pauvres 50 % de la population , des petits
fonctionnaires et des sous-officiers, avait remporté
les élections primaires du parti colorado en septembre 1997.
Mais, condamné à dix ans de prison pour son
coup de force contre Juan Carlos Wasmosy, il avait dû
bien évidemment renoncer, non sans avoir soutenu
la candidature de Raul Cubas. Un gouvernement dont l'homme
fort serait en réalité le général
putschiste «Cubas à la présidence,
Oviedo au pouvoir», tel était le slogan de
campagne du parti colorado n'est pas sans inquiéter
les États-Unis ainsi que les partenaires du Paraguay
au sein du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay),
qui redoutent de voir la jeune démocratie paraguayenne
ne pas résister à un retour des anciennes
pratiques clientélisme, corruption, voire
violences. Ainsi, les pays du Mercosur ne font pas mystère
de soupçonner le général Oviedo d'être
lié à la contrebande, qui représente
l'activité la plus lucrative du pays, et qui est,
évidemment, peu compatible avec les exigences du
marché commun. Au cours de la campagne électorale,
Raul Cubas s'était toutefois présenté
comme un ardent partisan de l'intégration régionale
au sein du Mercosur. En changeant les données économiques
de la région, l'union douanière devrait obliger
le Paraguay à chercher une nouvelle stratégie
de développement, c'est du moins la conclusion à
laquelle arrivaient la plupart des analystes. Entre-temps,
la crise monétaire asiatique a très sensiblement
modifié la donne, ne serait-ce que par ses effets
sur le Brésil et l'Argentine, qui, jusqu'à
présent, absorbaient la quasi-totalité des
exportations essentiellement agricole (coton et soja)
du Paraguay. Les difficultés que connaissent
les deux partenaires d'Asunción pour cause de crise
asiatique n'ont pu que s'ajouter aux problèmes du
Paraguay. Ainsi, la réforme de l'État, maintes
fois annoncée, ne semblait plus guère à
l'ordre du jour. Les services publics étaient toujours
en attente de leur privatisation personne n'ignore
pourtant que leur fonctionnement exécrable a un effet
repoussoir pour les investissements dans le secteur productif.
Autre point noir sur le tableau de bord de l'économie,
la situation de l'emploi. On estime en effet à quelque
20 % de la population active la part des chômeurs.
Quand on sait que le sous-emploi touche essentiellement
les jeunes et que 70 % de la population a moins de
30 ans, l'avenir de la lutte sur ce front paraît
bien sombre. Il est donc bien difficile de trouver un rayon
de soleil dans un «ciel» si bouché. Même
la lutte contre l'inflation que les autorités se
targuent d'avoir ramené à 7 %, n'est
pas aussi glorieuse qu'il y paraît. En effet, elle
a baissé sous le coup de la chute de la consommation.
Le
Paraguay, qui s'est donné un deuxième président
civil Wasmosy avait succédé au général
Alfredo Stroessner , reste un pays pauvre où,
par exemple, seuls 28 % de la population disposent
de l'eau courante. La tâche de Raul Cubas déjà
écrasante, sera compliquée par l'onde de choc
des crises asiatique et russe. Il lui appartient de ne pas
succomber aux sirènes du populisme et de conforter
la jeune démocratie dans une période on ne
peut plus difficile.
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