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L'actualité du Paraguay en 1999

L'année 1999 a montré qu'au Paraguay les démons d'autrefois — violence politique sur fond de pronunciamiento — avaient la vie dure. Heureusement, les temps ont changé, et pour une fois force sera restée à la loi. Exit donc le président Raul Cubas, contraint à la démission sous la pression de la rue, puis du Congrès, après l'assassinat du vice-président Luis María Argana. Condamné à dix ans de prison après son putsch avorté de 1996 contre l'ancien président Juan Carlos Wasmosy, le général Oviedo avait fait élire Raul Cubas à la présidence en 1998. À peine élu — trois jours après son entrée en fonction —, ce dernier s'était empressé de faire libérer le général putschiste. Mais les protestations déclenchées par cette décision ont trouvé dans l'assassinat du vice-président Luis María Argana, le 23 mars, une caisse de résonance qui a contraint R. Cubas à démissionner. Alors que les manifestations de rue se multipliaient, les deux Chambres du Congrès, convaincues de l'implication de R. Cubas et du général Oviedo dans ce meurtre, engageaient une procédure de destitution à l'encontre du chef de l'État pour «mauvais exercice de ses fonctions».
Sous la pression, Raul Cubas a finalement annoncé qu'il renonçait à sa charge. Comme prévu, c'est au président du Sénat, Luis Angel González Macchi, qu'est revenu le soin d'assurer l'intérim à la tête de l'État. Au même moment, son mentor politique, le général Oviedo, tentait de prendre la fuite avec toute sa famille. Il devait finalement être arrêté en Argentine, à l'aérodrome de San Fernando, où il avait atterri à bord d'un bimoteur. Si la légalité a cette fois triomphé des manœuvres politiciennes, il reste que l'assassinat du vice-président n'a fait que constituer le dernier en date des épisodes de violence qui marquent la vie politique au Paraguay, et plus particulièrement l'existence plus que mouvementée du Parti colorado, au pouvoir depuis plus d'un demi-siècle. L'ancien président Wasmosy, le premier civil chargé des affaires de l'État après le départ du général Stroessner (qui avait gouverné, avec l'appui du Parti colorado, le pays d'une main de fer pendant trente ans), ne s'y est pas trompé en affirmant que «le sang d'Argana est la conséquence tragique de la mise en place de la violence criminelle et de la terreur comme forme de gouvernement». Des paroles qui ont trouvé un écho aux États-Unis, où le département d'État a paru préoccupé par l'assassinat du vice-président, craignant qu'il n'ouvre une période de déstabilisation de la jeune démocratie paraguayenne. Il est vrai que la nouvelle de l'assassinat d'Argana avait entraîné de nombreuses et importantes manifestations, sévèrement réprimées. La destitution de R. Cubas a largement contribué à ramener le calme dans la capitale.
Pour le reste, c'est dans un climat économique morose que le nouveau chef de l'État a pris ses fonctions. Les principaux indicateurs ont en effet montré une conjoncture déprimée. La croissance est apparue atone (entre 0,2 et 1 % selon les sources) alors que la pression démographique faisait preuve d'une évidente vitalité, restant, avec 2 %, l'une des plus élevées d'Amérique latine. Les autorités pouvaient également s'inquiéter du regain inflationniste (autour de 15 %) et de la persistance d'un chômage gros de tensions sociales — le sous-emploi toucherait plus de 22 % de la population active. Quant à l'activité industrielle, elle ne s'était toujours pas remise de la crise bancaire de juillet 1998 et de la baisse de la demande interne consécutive. Enfin, la mauvaise santé des entreprises publiques — elles sont pratiquement toutes en faillite — a ajouté une touche sombre de plus au tableau.
© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

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