L'année
écoulée aura été celle de la
récession sur fond de climat social tendu, attesté
par la montée de la délinquance et la persistance
d'un chômage important. En dépit du manque
de résultats patent du gouvernement sur le front
économique, la majorité de la population continue
de manifester un attachement profond à la démocratie,
et cela en dépit des tentatives de déstabilisation
du général Lino Oviedo.
Le
général Lino Oviedo a donc de nouveau occupé
le devant de l'actualité. Recherché par la
justice paraguayenne, notamment pour son implication présumée
dans l'assassinat du vice-président Luis Argaña
en mars 1999, il est également soupçonné
d'avoir été l'instigateur d'une tentative
de coup d'État en mai 2000 à Asunción.
On le voit, l'avènement de la démocratie rendue
possible par la chute du dictateur Alfredo Stroessner en
1989 et à laquelle il a directement contribué n'aura
en rien découragé le général
putschiste. Sauf que cette fois, les autorités du
Brésil, pays où il a trouvé refuge,
lui ont refusé l'asile politique ouvrant ainsi la
voie à son extradition vers le Paraguay. Quoi qu'il
en soit, le général Oviedo bénéficie
toujours d'une forte popularité auprès des
couches sociales les plus défavorisées.
En
attendant, les tentatives de déstabilisation du régime
démocratique en place à Asunción ont
produit un climat politique délétère,
le président de la République, Luis González
Macchi, ayant manifestement de plus en plus de difficultés
à asseoir son pouvoir. De nombreuses voix se sont
fait entendre pour réclamer sa démission.
Il est vrai que ce dernier n'a pas été élu,
mais qu'il a été appelé, en tant que
président du Sénat, à remplacer le
président Raul Cubas, contraint à la démission
après l'assassinat de Luis Argaña.
L'instabilité
politique qui s'est installée au lendemain de l'assassinat
du vice-président a ouvert une période d'instabilité
économique marquée par une forte récession.
Les programmes de lutte contre la corruption, la contrebande
ou la gigantesque évasion fiscale ont échoué.
Dans ce contexte fortement déprimé, les inégalités
ont semblé encore plus criantes : 67 % des richesses
sont aux mains de 2 % de la population. À ces
inégalités font écho de fortes disparités
régionales, l'activité économique se
concentrant essentiellement dans la région de la
capitale, alors que le Chaco 60 % du territoire
ne contribue qu'à hauteur de 2 % dans la formation
du produit intérieur brut.
La
«santé» de l'économie paraguayenne
est essentiellement indexée sur les performances
de ses deux voisins et partenaires au sein du Mercosur,
l'Argentine et le Brésil. On sait que l'année
2001 a été très mauvaise pour le Brésil,
en proie à sa propre crise économique, et
littéralement calamiteuse pour l'Argentine, un pays
en faillite virtuelle. Alors que tous les indicateurs viraient
au rouge (chômage important, déficit budgétaire
aggravé, balance commerciale obstinément déficitaire,
inflation soutenue), le Fonds monétaire international
a choisi de renouer le dialogue en avril avec les autorités
du Paraguay. En contrepartie, celles-ci se sont engagées
à mettre en oeuvre une politique budgétaire
dite «d'austérité» destinée
à réduire de façon significative le
déficit. Mais dès l'annonce des premières
mesures de hausse des prix, d'importantes manifestations
de protestation ont eu lieu.
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Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002