Accueil

L'actualité péruvienne en 1994

Avec l'entrée en vigueur de la nouvelle Constitution, l'influence de l'armée sur le régime a paru s'accentuer. Si le gouvernement a pu se prévaloir de bons résultats économiques, avec quelque 7 % de croissance et une inflation ramenée autour du 30 % (contre 7.650 % en 1990), le coût social de l'expérience néolibérale peut être jugé exorbitant: 76 % de la population active est sous-employée, et les deux tiers des Péruviens qui vivent toujours au-dessous du seuil de pauvreté sont finalement assez peu concernés par le satisfecit décerné au Pérou par le FMI.
Le Pérou a donc étrenné la nouvelle Constitution adoptée par référendum – avec une faible majorité – en octobre 1993. Présentée par le président Alberto Fujimori comme devant permettre de légitimer les mesures d'urgence décrétées à l'encontre des rebelles du Sentier lumineux – notamment l'introduction de la peine de mort –, elle autorise surtout le président à briguer un nouveau mandat en 1995. Et son premier effet aura été de conduire le Premier ministre, Alfonso Bustamante, à présenter sa démission (11 février) pour cause de désaccord avec A. Fujimori au sujet de la loi qui confère à une cour martiale le pouvoir de juger les militaires impliqués dans l'assassinat, en 1992, de neuf étudiants et d'un professeur soupçonnés de sympathies sendéristes. Cette affaire a mis le gouvernement Fujimori et le haut commandement de l'armée, soumis à la pression des États-Unis, dans une situation délicate. Après avoir nié la responsabilité de l'État, les autorités péruviennes ont dû revenir sur leur position, des révélations émanant de milieux militaires hostiles au président ayant démontré de façon irréfutable l'implication du gouvernement au pouvoir à l'époque des faits. Il reste que l'entêtement de Lima à organiser un procès militaire et non pas civil a incité Washington à suspendre sa contribution au Groupe de soutien au Pérou; ce qui a affermi les rangs de l'opposition.
La cote de popularité du chef de l'État, très élevée de 1990 à 1993, a subi les contrecoups de ce que l'on nomme à Lima l'«affaire de la Cantuta», du nom de l'université où s'étaient déroulées les exécutions de 1992. L'opposition s'est donc mise à la recherche d'un candidat crédible à présenter contre A. Fujimori. Les noms de Javier Pérez de Cuéllar, ancien secrétaire général de l'ONU, et du général Jaime Salinas, impliqué dans la conspiration du 13 novembre 1992 contre Fujimori, ont circulé avec insistance. Mais le premier est apparu pour le moins réticent. Quant au second, il était toujours emprisonné à la fin de l'année.
A. Fujimori bénéficie de deux atouts. Tout d'abord l'absence de challenger sérieux, ensuite le repli sensible de l'organisation maoïste du Sentier lumineux. Le président a d'ailleurs exprimé sa certitude que les mouvements subversifs (Sentier lumineux et MRTA [Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru, d'inspiration castriste]) seraient totalement annihilés en 1995, c'est-à-dire à l'expiration de son mandat. S'il est vrai que le rythme des attentats s'est considérablement ralenti au cours de l'année, il est tout aussi certain que le président pèche par excès d'optimisme. En effet, les tenants de la ligne dure du Sentier lumineux sont loin de s'être ralliés au «reniement» de Abimael Guzmán.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

L'actualité en 1994  -  1995  -  1996  -  1997  -  1998  -  1999  -  2000  -  2001 

Le PEROU en France, Belgique, Suisse et Canada

Facebook