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L'actualité péruvienne en 1995

Dans un pays où 5 millions de personnes souffrent de la faim, où 12 millions d'autres vivent en dessous du seuil de pauvreté, le président sortant, Alberto Fujimori, a été triomphalement réélu, obtenant ses meilleurs scores dans les bidonvilles qui prolifèrent autour de Lima. Celui que l'opposition taxe de «caudillo» reste pour ses concitoyens l'homme qui a mis fin à la guérilla du Sentier lumineux et qui a amorcé le redressement de l'économie.
Pour quelques arpents de jungle, le Pérou et l'Équateur en sont venus aux mains. Qui a déclenché cette guerre sur cette lointaine et inhospitalière frontière entre les deux pays? La question reste sans réponse, Lima et Quito s'accusant d'avoir ouvert les hostilités le 26 janvier 1995. Alors que l'heure est en Amérique latine à l'intégration régionale, et que les deux pays sont membres du Pacte andin, la fièvre martiale apparaît a posteriori démesurée si l'on veut bien considérer les intérêts des peuples concernés. Contrairement aux allégations des deux parties, la zone contestée ne recèle aucune richesse minière, ni or, ni uranium, ni pétrole. Le vent de chauvinisme qui a soufflé sur la cordillère du Condor ne renvoie pas davantage à des enjeux géopolitiques. En revanche, sous l'angle des considérations de politiques intérieures, Quito et Lima pouvaient avoir intérêt à cette guerre. En Équateur, les militaires auraient menacé le président Sixto Duran de le démettre s'il ne tentait pas de récupérer une partie du territoire perdu en 1942. Cette thèse est défendue par le Pérou: selon l'agence de presse péruvienne Andina, les généraux équatoriens, qui participent directement à la gestion de 35 grandes entreprises, auraient engagé une épreuve de force avec le président S. Duran, qui souhaitait en finir avec un tel contrôle. L'Équateur a affirmé que la campagne électorale était à l'origine de la guerre et que le président Fujimori avait besoin de ce conflit pour renflouer sa popularité. À la veille de l'élection du 9 avril, ce dernier aurait décidé de reconquérir les rives de la rivière Cenepa pour stimuler sa campagne, remporter une victoire facile et faire diversion alors que des scandales de tous ordres jetaient des ombres sur sa gestion.
S'il est bien difficile de mesurer l'impact de cette guerre misérable sur la victoire du président péruvien, une chose est sûre: avec 63 % des suffrages exprimés, A. Fujimori peut se prévaloir d'un véritable triomphe. Mieux, les deux tiers des citoyens lui ont offert en prime les clés du Congrès. Démentant tous les sondages, le parti du président, Cambio 90-Nueva Mayoria, a en effet obtenu la majorité absolue des 120 sièges de député. A. Fujimori aura donc une nouvelle fois tous les pouvoirs, comme il en disposait déjà depuis son coup d'État civil du 5 avril 1992, quand il avait dissous un Parlement hostile, avec l'appui de l'armée, deux ans après sa première victoire électorale.
De l'avis de tous, sa victoire sur le Sentier lumineux a été le facteur déterminant. Si les gens ne vivent pas mieux, au moins ils vivent en paix après avoir subi le cauchemar d'une guerre civile qui a fait quelque 25.000 morts en quinze ans. La deuxième explication tient dans les succès obtenus sur le front économique. Pour la très grande majorité des Péruviens, A. Fujimori a redressé le cap d'un pays en faillite, jugulant l'inflation, renouant avec la croissance. Si les plus démunis n'ont pas encore tiré bénéfice de cette amélioration, ils croient en des lendemains meilleurs et ils rêvent d'un avenir plus indulgent pour leurs enfants.
De toute façon, les adversaires du vainqueur sont tenus pour responsables du désastre des années 80: l'Apra, au pouvoir de 1985 à 1990, et l'Action populaire de l'ancien président Belaunde (1980-1985) n'ont recueilli que 5 % des voix. Sans doute est-ce la raison pour laquelle la majorité des Péruviens ont préféré oublier que l'homme du redressement est aussi celui qui a laminé toutes les institutions démocratiques, partis, associations et syndicats confondus.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

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