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L'actualité péruvienne en 1996

Bien que le président Alberto Fujimori ait commencé à subir une certaine baisse de popularité, l'effacement des partis, l'affaiblissement des syndicats ainsi que le soutien des médias et de l'armée lui ont laissé une marge de manœuvre suffisante pour procéder à un profond remaniement du gouvernement, sous l'œil approbateur du FMI.
En demandant, début avril, au président du Conseil, Dante Cordova, de présenter sa démission, Alberto Fujimori a choisi de sacrifier celui auquel il avait confié, en juillet 1995, «la mission d'exécuter une vigoureuse croisade nationale contre la pauvreté». Ce faisant, il a renoncé, du moins pour un proche avenir, à l'objectif numéro un de son second mandat, puisque le remaniement ministériel a renforcé le camp des partisans de la politique économique libérale appliquée sans ménagement depuis 1995 sous la houlette du Fonds monétaire international. Exécutant zélé de cette politique, le ministre des Finances, Jorge Camet, a en effet conservé son poste. Quant aux ministres suspects de velléité populiste ou de timidité réformatrice (agriculture, travail, santé, éducation, pêche), ils n'ont pas été reconduits. Le soin de diriger la nouvelle équipe gouvernementale, désormais plus homogène, est revenu à Alberto Pandolfi avec pour mission d'éponger le déficit des comptes courants et de contrôler les dépenses publiques. Le pragmatisme du président a permis au Pérou de signer, le 4 juin, une nouvelle lettre d'intention au FMI, fixant pour les trois années à venir sa politique économique et financière. Alberto Pandolfi s'est engagé à faire en sorte de rassurer les investisseurs étrangers et surtout de «refroidir» l'économie pour éviter au Pérou de connaître le sort du Mexique (crise financière de 1994). Dans sa lettre d'intention, le gouvernement s'est également engagé à réaliser dès 1996 un excédent primaire du budget d'environ 600 millions de dollars, soit 1 % du PIB, ce qui l'a mis dans l'obligation d'améliorer le recouvrement de l'impôt et surtout à opérer une nouvelle saignée dans les dépenses publiques. Il est vrai que sans l'aval du FMI le Pérou ne pouvait espérer ni échelonner de nouveau sa dette de 9,6 milliards de dollars avec le Club de Paris, ni restructurer sa dette commerciale de 9 milliards de dollars, impayée depuis plus de dix ans. Et à défaut d'accord de rééchelonnement, le Pérou aurait dû verser en 1996 plus de 1 milliard de dollars aux membres du Club de Paris.
Le président n'avait donc sans doute pas d'autre choix que d'en passer par les exigences du FMI. Toutefois, la relance du programme libéral aura un coût politique élevé. Ainsi, une enquête réalisée en mars révélait que 90 % des personnes consultées demandaient une modification de la politique économique. En prenant à contre-pied cette aspiration, le chef de l'État a choisi de ne pas répondre aux revendications du patronat, qui étouffe dans le carcan de l'ajustement structurel, et d'assumer le coût social du modèle libéral. Ainsi, les privatisations d'entreprises publiques prévues devraient rapporter 1,5 milliard de dollars, notamment la cession au privé de la raffinerie de Pampilla, première étape de la privatisation de Petroperu, la compagnie pétrolière nationale. La majorité parlementaire a voté deux lois bloquant le projet de référendum lancé par l'opposition sur cette cession.
Traité comme un paria avant 1990, du temps du président Alan Garcia, le Pérou d'A. Fujimori peut désormais emprunter. Mais la dette s'est alourdie – 19,5 milliards de dollars en 1990, 23,5 milliards en 1996 –, alors que la moitié de la population continue de vivre dans la pauvreté, et le quart dans la misère la plus totale. Une bonne nouvelle est venue toutefois tempérer la morosité ambiante. Le Pérou a signé, le 17 mai, avec le consortium Shell-Mobil, un accord pour l'exploitation du gisement gazier de Camisea: avec des réserves équivalant à 2 milliards de barils de pétrole brut, ce gisement est susceptible de couvrir pendant plusieurs décennies les besoins du Pérou.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

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