Selon
un sondage réalisé en juillet par l'institut
Apoyo, seulement 9 % de la population faisaient confiance
au chef de l'État, Alberto Fujimori, et 75 %
des personnes interrogées ne croyaient pas en l'autonomie
du pouvoir judiciaire. Quant à la popularité
du président, elle était tombée de
67 à 23 % d'opinions favorables en trois mois,
bien que l'affaire des otages retenus par un commando du
Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru à la
résidence de l'ambassadeur du Japon à Lima
se soit dénouée après l'assaut du bâtiment
par la police le 22 avril.
Depuis
le 5 avril 1992, date à laquelle le président
Alberto Fujimori a pris tous les pouvoirs, jamais le pays
n'avait connu de telles turbulences. Au délicat problème
des otages sont venues s'ajouter les révélations
de tortures au sein du service de renseignements de l'armée
(SIE) et la révélation, dans une émission
de télévision, du salaire de Vladimiro Montesinos,
le conseiller personnel du président: un revenu mensuel
moyen de quelque 270.000 F d'origine incertaine. C'est
encore la télévision qui a été
à l'origine d'une crise politique particulièrement
aiguë. La chaîne Frecuencia Latina de Lima a
révélé l'existence d'un important réseau
d'écoutes téléphoniques mis en place
par les services de renseignements. Quelques heures après
cette révélation, le gouvernement péruvien
décidait de retirer la nationalité péruvienne
au directeur de la chaîne, Baruch Ivcher, un homme
d'affaires d'origine israélienne, accusé d'entreprendre
«une campagne destinée à porter tort
au prestige et à l'image de l'armée».
L'affaire des écoutes téléphoniques
a également coûté son poste au ministre
des Affaires étrangères, Francisco Tudela,
et au ministre de la Défense, le général
Thomas de Castillo, tous deux ayant été invités
à présenter leur démission.
Face à l'ampleur de la crise politique et, surtout,
eu égard à la manière dont A. Fujimori
l'aura gérée, la population a pu légitimement
s'interroger sur l'avenir de l'État de droit au Pérou.
En mai, trois magistrats du Tribunal constitutionnel avaient
été destitués par la majorité
parlementaire pour avoir déclaré inapplicable
une loi autorisant A. Fujimori à briguer un
troisième mandat consécutif. Ces diverses
atteintes à l'État de droit ont déclenché
une tempête d'abord à Lima, l'opposition exigeant
notamment la démission du conseiller présidentiel
et du commandant en chef de l'armée, le général
Nicolas Hermoza, puis dans tout le pays: le 17 juillet,
des milliers de personnes ont manifesté leur colère
contre la dérive autoritaire du régime. La
crise a pris une telle ampleur que de nombreux commentateurs
de la vie politique péruvienne ont estimé
qu'il pouvait s'agir d'une féroce lutte de pouvoir
au sein des cercles dirigeants du pays. Selon certains,
le président Fujimori, qui s'appuie de plus en plus
sur les services de renseignements et sur l'armée,
en serait devenu l'otage. Ainsi, l'hebdomadaire indépendant
Caretas affirmait que le triumvirat formé par le
président, son conseiller et le commandant en chef
de l'armée était en voie de dissolution.
S'il
est difficile de trancher, une chose reste sûre: en
affirmant au lendemain des manifestations du 17 juillet
que les forces armées étaient sous son contrôle
civil, le président n'aura convaincu personne et
finalement alimenté la thèse d'une guerre
d'appareil dans les plus hautes sphères de l'État.
Toutes choses qui n'auront pas échappé à
Javier Perez de Cuéllar, ex-secrétaire général
de l'ONU et candidat malchanceux aux élections de 1995,
lequel a déclaré: «Cela me rappelle
le temps où j'étais ambassadeur en Union soviétique,
en pleine guerre froide.»
Sur
le plan économique, le Pérou, qui s'est conformé
aux indications du FMI, a vu son PIB s'accroître de
près de 3 %, soit cinq fois moins qu'en 1994,
et l'inflation s'établir autour de 12 %. En
revanche, le déficit de la balance des paiements
n en a été que peu réduit, alors que
le sous-emploi a progressé.
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Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002