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L'actualité péruvienne en 1998

A ceux qui doutaient encore du caractère de plus en plus autoritaire du régime incarné par le président Alberto Fujimori, les événements de 1998 auront fini par ouvrir les yeux: bien décidé à concourir pour sa propre succession une troisième fois en l'an 2000, le chef de l'État a écarté sans scrupules un éventuel référendum qui aurait permis aux Péruviens d'exprimer leurs sentiments - sans doute peu amènes – au sujet des jongleries constitutionnelles dans lesquelles le président est passé maître.
La Constitution de 1993 stipule que le président de la République peut briguer un second mandat, mais certainement pas se présenter une troisième fois. Alberto Fujimori, qui n'en est pas à sa première contorsion constitutionnelle avait obtenu, en 1996, le vote d'une loi dite d'«interprétation authentique» de la Constitution pour lui permettre de se présenter en l'an 2000 une fois de plus devant les électeurs. L'adoption de cette loi avait alors soulevé un tollé quasi général et l'opposition s'était engouffrée dans la brèche pour demander la tenue d'un référendum sur la question. Mais deux ans de mobilisation ont été anéantis après quinze heures de débats au Congrès péruvien: par 67 voix contre 45, les députés ont rejeté le 27 août la tenue de ce référendum pourtant réclamé par 73 % de la population. Peu enclin à se laisser déborder par l'opposition, Alberto Fujimori n'a pas ménagé ses efforts pour assujettir le Congrès, le pouvoir judiciaire, le ministère public, le Tribunal des garanties constitutionnelles et le Conseil national de la magistrature. Efficace quand il s'agit d'affirmer avec autorité son pouvoir, Alberto Fujimori est moins heureux pour piloter la machine économique. En effet, bien que les indicateurs macroéconomiques se soient stabilisés en 1996-1997, cela ne s'est pas traduit par une amélioration du niveau de vie de la population. Ainsi, la croissance, pourtant au rendez-vous (7 % en 1997), n'a produit aucune retombée positive, qu'il s'agisse de l'emploi ou des salaires.
En dépit de la formule que le ministre des Finances se plaît à répéter à tous ses visiteurs – «l'économie la plus ouverte de l'Amérique latine» – force est de constater qu'elle a peu d'effets pour la moitié des Péruviens qui ne disposent que d'un dollar par jour pour survivre. Avec un président qui indexe son pilotage de la machine économique sur des objectifs purement électoraux – ce qui n'est pas de nature à consolider le modèle néolibéral et ne rassure donc pas les investisseurs étrangers – et les ravages consécutifs au phénomène El Niño, le Pérou a connu une année politique, économique et sociale quelque peu erratique, tout en paraissant s'enfoncer dans une dictature larvée.
Sur le plan extérieur, l'année a été marquée par un début de réchauffement des relations avec l'Équateur, le régime de Lima s'étant déclaré prêt à discuter avec le nouveau président équatorien, Jamil Mahuad, du différend qui oppose les deux pays dans l'Amazone. On se souvient que Lima et Quito s'étaient affrontés, par armées interposées, dans la cordillère du Condor en 1995 au sujet d'une zone que se disputent les deux parties depuis 1941. Depuis ces affrontements, les rapports entre le Pérou et l'Équateur étaient exécrables. Aussi, le fait que le dialogue puisse reprendre a été salué par tous les États de la région. Et, en dépit de l'échec de la réunion de la Mission d'observateurs militaires pour l'Équateur et le Pérou (Momep) du 8 août, le gouvernement du président Fujimori s'est déclaré «dans les meilleures dispositions pour prendre des contacts». Si la plupart des observateurs partageaient un même optimisme quant à la reprise effective du dialogue, ils s'attendaient également à ce que les choses n'aillent pas très vite, tant il est vrai que les deux parties regardent ces quelques milliers de kilomètres carrés moins avec les yeux de la raison qu'avec ceux de la passion.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

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