L'actualité
de l'année 1999 a été marquée
par le règlement du contentieux frontalier qui oppose
l'Équateur et le Pérou. La paix étant
ainsi scellée avec Quito, le gouvernement péruvien
devrait pouvoir alléger la part du budget consacrée
à la défense. D'ailleurs, la poignée
de main échangée par le président Alberto
Fujimori et l'Équatorien Jamil Mahauad a été
saluée par la communauté internationale, désormais
disposée à investir 3 milliards de dollars
(2,84 milliards d'euros) pour encourager le développement
de cette région frontière. En suspens depuis
des décennies, la délimitation de la frontière
amazonienne entre les deux pays a provoqué plusieurs
conflits armés meurtriers, dont le dernier en date
remonte au début 1995. C'est donc avec une certaine
émotion que, le 13 mai 1999, le président
péruvien, A. Fujimori, et son homologue équatorien,
J. Mahauad, se sont rencontrés à la dernière
borne, la «21», pour sceller solennellement
un accord qualifié à juste titre d'«historique».
En effet, les deux hommes n'ont pas manqué de rappeler
que cinquante-sept ans plus tôt, jour pour jour, un
accord connu sous le nom de «protocole de Rio de Janeiro»,
censé résoudre définitivement les problèmes
frontaliers, avait été conclu entre l'Équateur
et le Pérou. Avec le bonheur que l'on sait. Le règlement
du contentieux a toutefois soulevé des objections
du côté péruvien. Ainsi, des manifestants
ont défilé dans les rues d'Iquitos, la capitale
péruvienne de l'Amazonie, pour s'opposer à
certains points de l'accord jugés par trop favorables
aux Équatoriens. Quoi qu'il en soit, en mettant officiellement
fin à ce contentieux, les deux chefs de l'État
entendent en tirer quelques bénéfices, ne
serait-ce qu'en raison de la diminution de la part des dépenses
militaires dans le budget. Il est vrai que les dépenses
en armement ont considérablement limité les
investissements dans des secteurs éminemment prioritaires,
comme la santé et l'éducation.
Les
autorités péruviennes ont poursuivi la politique
économique qui leur vaut, depuis le milieu des années
1990, les félicitations du Fonds monétaire
international. En 1999, les indicateurs macro-économiques
seront restés bien orientés. Mieux, le Pérou
pouvait se prévaloir d'avoir préservé
l'équilibre budgétaire. Pour autant, les obstacles
sur la voie du développement étaient encore
nombreux. Ainsi, la chute de la croissance consécutive
pour une grande partie à la crise asiatique
a contraint les autorités à revoir à
la baisse leurs objectifs en matière de lutte contre
la pauvreté (la moitié de la population péruvienne
vit dans la misère et est sous-employée).
Il reste que le gouvernement fonde toujours de sérieux
espoirs dans les programmes d'aide alimentaire : selon Lima,
le pourcentage d'habitants dans l'indigence serait passé
de 27 % à 15 % entre 1991 et 1999. Mais
l'opposition ne manque pas de rappeler que le pourcentage
des pauvres a augmenté de 6 points, atteignant
36 %, pendant la même période.
Par
ailleurs, le Pérou s'est mis, volontairement, au
ban de la Cour interaméricaine des droits de l'homme
(CIDH) en dénonçant de manière unilatérale
la compétence juridictionnelle contentieuse de cette
instance internationale. Cette décision, adoptée
par la majorité parlementaire à la demande
de l'exécutif dans la nuit du 7 au 8 juillet,
est immédiatement entrée en vigueur. Elle
a été prise à la suite d'un verdict
de la CIDH, rendu fin mai, exigeant du Pérou un nouveau
procès pour les quatre membres chiliens du Mouvement
révolutionnaire Tupac Amaru, condamnés à
la prison à vie pour trahison de la patrie. Mais
les observateurs de la vie politique péruvienne n'ont
pas manqué de souligner que cette «auto-exclusion»
a été adoptée pour échapper
à deux prochaines résolutions de la Cour interaméricaine,
qui étaient elles aussi défavorables au régime.
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Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002