Une
décennie après son arrivée au pouvoir
et malgré la chute de sa popularité, dans
un contexte de forte récession économique
consécutif à la crise asiatique, le président
Alberto Fujimori a réussi à se faire élire
pour un troisième mandat. Un résultat qui
n'a pas manqué de satisfaire les bailleurs de fonds,
mais qui n'a pas permis au président de se maintenir
longtemps au pouvoir. Éclaboussé par un scandale
politico-financier, il a choisi de démissionner avant
d'être destitué le 25 novembre par le
Parlement.
On
conviendra que l'affaire a été rondement menée.
Il est vrai que le gouvernement sortant disposait de solides
atouts et d'un savoir-faire à toute épreuve.
C'est ainsi qu'il a su, grâce aux subsides distribués
directement par la présidence (et qui représentent
près de 40 % du budget de l'État), mobiliser
un électorat pauvre et facilement malléable.
Ce sont en effet les Péruviens les plus déshérités,
les moins instruits et les plus éloignés des
grands centres urbains qui ont contribué à
la réélection du président-candidat.
Mais ce n'est là qu'un aspect du système Fujimori,
caractérisé par la centralisation et la concentration
du pouvoir politique, par la surveillance de la population
et des organisations sociales et syndicales et par la mainmise
sur la presse et les médias. Il est clair que la
victoire de A. Fujimori est la conséquence du
contrôle exercé sur l'ensemble des institutions
de l'État et de l'armée. Au lendemain du scrutin,
le président a réussi à obtenir une
majorité parlementaire suffisante en achetant un
certain nombre de sièges de députés
de l'opposition, qui se sont vendus sans le moindre scrupule.
La
communauté internationale a surtout retenu la performance
du principal candidat de l'opposition, l'économiste
Alejandro Toledo. Crédité d'à peine
3 % des intentions de vote, ce dernier est parvenu
à se forger l'image d'un homme proche de la population.
Son parti s'est employé avec succès à
contrarier la belle mécanique électorale du
président sortant, le contraignant à organiser
un second tour. Désormais au centre de l'opposition
au régime, A. Toledo bénéficie
d'un capital de popularité qui ne semble pas avoir
été entamé par la défaite.
Si
le président Fujimori doit sa réélection
au contrôle quasi dictatorial qu'il exerce sur les
institutions, il peut aussi se targuer de quelques succès
sur le front économique, succès d'ailleurs
brandis par la propagande officielle. On retiendra notamment
une croissance de l'ordre de 2 %, un relatif contrôle
des équilibres budgétaires et de l'inflation
(5 %), un remboursement de la dette conforme aux échéances
et des réserves de change couvrant environ un an
d'importations. Même la récession consécutive
à la crise asiatique de 1997 a joué
en faveur d'un recul significatif du déficit de la
balance commerciale. Pour autant, il reste difficile de
se faire une idée claire de la gestion des finances
publiques dans un pays qui, depuis une décennie,
vit sous un régime autocratique. L'opposition peut
en effet attirer l'attention sur le fait que la stabilisation
monétaire et la maîtrise de l'hyperinflation
n'ont été obtenues que par la baisse brutale
du pouvoir d'achat de la majorité des habitants.
Il est en effet difficile de contester que la relance économique
a creusé les écarts dans la redistribution
des richesses : environ la moitié de la population
vit désormais au-dessous du seuil de pauvreté.
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Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002