Au
terme d'un débat électoral qui n'a jamais
décollé, les Péruviens ont choisi,
au second tour, de porter à la présidence
Alejandro Toledo. A. Toledo, tout comme son challenger,
Alain García, a préconisé le maintien
des critères économiques orthodoxes, suivant
en cela les conseils des organismes financiers internationaux.
En
septembre 2000, sous la pression de la rue, Alberto Fujimori,
qui venait d'être élu pour un troisième
mandat, avait dû convoquer de nouvelles élections
générales. Le répit devait être
de courte durée puisque le «Chinois»
quittait le Pérou, en novembre 2000, pour se réfugier
au Japon. Quant à W. Montesinos, l'éminence
grise du président Fujimori, il a fini par être
capturé. Si l'arrestation de celui par qui le scandale
est arrivé et le départ du président
Fujimori ont été suivis avec le plus vif intérêt
par toute la population, celle-ci n'a guère semblé
se passionner pour le scrutin présidentiel.
Jouant
sur ses origines indiennes et sur ses succès personnels,
A. Toledo, l'«Indien», s'est efforcé
de fédérer un vaste courant d'opposition au
régime, qu'il a ensuite transformé en atout
pour sa propre campagne présidentielle. Néanmoins,
il ne sera pas parvenu à se faire élire dès
le premier tour. Des révélations sur ses antécédents
familiaux, l'irruption d'un enfant putatif et des soupçons
à propos de sa consommation répétée
de drogues ont porté atteinte à son image
et à sa crédibilité. Ce qui a permis
à l'ex-président A. García, qui
avait quitté le pouvoir en 1990 (et même le
pays, un peu plus tard), après une gestion désastreuse
marquée par la corruption et le chaos économique,
de se poser en challenger inattendu et dangereux.
Ainsi,
pour obtenir sa victoire définitive au second tour
(53 % des votes exprimés, contre 47 % pour
son adversaire), A. Toledo a dû batailler ferme,
tout en rappelant son rôle pour faire tomber A. Fujimori,
et en agitant en même temps l'épouvantail du
retour de son adversaire électoral. Mais, signe du
désarroi des Péruviens, A. Toledo a également
dû faire face à une forte abstention et à
la campagne menée par quelques-uns de ses anciens
partisans qui appelaient à voter blanc ou nul.
Malgré
la trêve politique qu'il a obtenue de l'opposition,
le répit du nouveau président sera de courte
durée, face aux réclamations syndicales. Une
tâche que ne lui facilitera pas un Parlement au sein
duquel il ne dispose pas de majorité stable et sûre.
La tâche s'annonce lourde aussi parce que les besoins
des couches défavorisées, c?est-à-dire
la majorité du pays, sont énormes. Or, les
mesures et les propositions du nouveau gouvernement création
d'emplois précaires et temporaires financés
par l'aide internationale, poursuite des privatisations,
dont celle de l'eau, à Lima, et des concessions au
capital étranger, réduction d'impôts,
maintien de l'orthodoxie budgétaire et approfondissement
du libéralisme commercial produiront
difficilement des résultats à la hauteur des
attentes de la population. Rappelons que le Pérou
compte aujourd'hui quelque 16 millions de pauvres,
dont 6 millions survivent avec moins de 1 dollar
par jour. On estime que 70 % des enfants en âge
d'être scolarisés ont déserté
l'école. Le remboursement annuel de la dette absorbe
25 à 30 % des devises venant des exportations.
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Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002