Homme
d'État nicaraguayen, président
de la république du Nicaragua de (1945-
1984 à 1990 et à partir de 2007.
Né à La Libertad, Daniel Ortega
commence des études de droit à
l'université d'Amérique centrale
de Managua. Il abandonne la faculté en
1963 pour se rallier au Front sandiniste de
libération nationale (FSLN) et se consacrer
à la lutte contre la dictature du clan
Somoza, au pouvoir depuis 1956. En 1967, il
prend la tête du Mouvement urbain de résistance,
la plus modérée des trois factions
du FSLN en guérilla contre Somoza. Incarcéré
de 1967 à 1974 pour le cambriolage d'une
banque, il est exilé à Cuba à
sa sortie de prison mais regagne clandestinement
le Nicaragua pour rejoindre le FSLN.
À la chute du dictateur Anastasio Somoza
Debayle, en juillet 1979, Daniel Ortega participe
au gouvernement de Reconstruction nationale
formé par les sandinistes, soutenu par
l'ensemble de la population. Après le
retrait de Violeta Chamorro, opposée
à l'orientation marxiste du nouveau gouvernement,
il prend la direction de la junte sandiniste.
Celle-ci s'attelle à la reconstruction
du pays dévasté par la dynastie
Somoza durant la plus longue dictature de l'histoire
de l'Amérique latine. Daniel Ortega met
en uvre un plan de développement
d'inspiration socialiste en lançant notamment
un vaste programme de nationalisations, une
réforme agraire comprenant, entre autres,
la confiscation des terres, une campagne d'alphabétisation
et en développant l'accès aux
soins et à l'enseignement. Contraint
de se tourner vers l'extérieur pour trouver
l'aide financière nécessaire à
la reconstruction du pays, tout en préservant
sa neutralité et sa pluralité
économique, il s'efforce de trouver un
soutien financier auprès des pays d'Amérique
latine et d'Europe occidentale
Avec
l'arrivée au pouvoir de Ronald Reagan,
qui succède à Jimmy Carter à
la présidence des États-Unis en
1981, les relations entre le Nicaragua et son
puissant voisin changent radicalement. Le gouvernement
américain suspend son aide financière
et multiplie les pressions économiques,
militaires et diplomatiques contre la junte
sandiniste. Les États-Unis apportent
notamment leur soutien aux contre-révolutionnaires
(les contras) qui luttent contre les forces
sandinistes au nord et au sud du pays, et minent
les ports nicaraguayens.
En 1984, Daniel Ortega est élu président
de la République avec 67 p. 100 des voix.
La participation qui s'élève à
79 p. 100 témoigne de la permanence du
soutien de la population au leader sandiniste
élu pour six ans à la tête
de l'État. La même année,
il établit des négociations avec
les responsables politiques américains
et accepte de signer le traité de paix
régional rédigé par le
groupe Contadora (Colombie, Mexique, Panamá
et Venezuela). Au terme d'une longue guerre
civile, très coûteuse pour les
sandinistes et pour l'économie nationale
(les États-Unis imposent un embargo commercial
depuis 1985 au pays), il accepte d'organiser
des élections libres en 1990 en contrepartie
du désarmement des contras.
Daniel
Ortega, président sortant, obtient 40,8
p. 100 des suffrages aux élections de
février 1990. Il est battu par Violeta
Chamorro, candidate d'une coalition conservatrice
soutenue par les États-Unis, qui recueille
54,7 p. 100 des suffrages. Alors que la nouvelle
présidente a consenti à maintenir
des sandinistes au sein du gouvernement et à
la tête de l'armée, Daniel Ortega,
nommé secrétaire général
du FSLN en juillet 1991, contribue à
l'affaiblissement de son parti par ses méthodes
autoritaires. En février 1995, le général
Humberto Ortega, frère de Daniel Ortega
et ministre de la Défense, doit quitter
son poste sous les pressions nationales et internationales.
Daniel Ortega est une nouvelle fois battu à
l'élection présidentielle d'octobre
1996, par le candidat de l'Alliance libérale
Arnoldo Alemán, qui recueille 51,02 p.
100 des suffrages, le leader sandiniste en obtenant
37,75 p. 100.
Fort de la victoire du FSLN aux élections
municipales de novembre 2000, Daniel Ortega
se porte une nouvelle fois candidat à
l'élection présidentielle de novembre
2001, contre le candidat du Parti libéral
constitutionnaliste (PLC), Enrique Bolanos.
Daniel Ortega, qui a transformé le FSLN
en parti social-démocrate depuis 1995,
axe sa campagne sur la réconciliation
nationale, la paix civile et l'amour. Alors
que les sondages pronostiquent un duel au coude
à coude, Daniel Ortega échoue
pour la troisième fois consécutive
avec 42,3 p. 100 des suffrages contre 56,3 p.
100 pour Enrique Bolanos. Après avoir
reconnu sa défaite, il appelle à
une " opposition critique mais constructive
". Il siège à l'Assemblée
nationale auprès d'Arnoldo Alemán,
en vertu d'un amendement à la Constitution
qui garantit un siège de député
pour le président de la République
sortant et un pour le candidat arrivé
deuxième lors du scrutin présidentiel,
et conclut un pacte de partage des pouvoirs
avec l'ancien président, malgré
la condamnation de celui-ci pour corruption,
qui aboutit à une paralysie des institutions
et suscite de nombreuses critiques dans les
rangs sandinistes.
Lors
de sa quatrième tentative en novembre
2006, seize ans après avoir quitté
le pouvoir, Daniel Ortega est élu à
la présidence de la République
face à Eduardo Montealegre, avec 37,99
p. 100 des voix et une marge suffisante pour
l'emporter dès le premier tour. Affichant
ses volontés de réconciliation
nationale, il a pour colistier un ancien dirigeant
de la Contra et adopte un discours modéré,
annonçant qu'il respectera la propriété
privée et l'économie de marché
et cherchera à favoriser les investissements
étrangers. Malgré ces prises de
positions modérées, le retour
au pouvoir du leader sandiniste est observé
avec méfiance par l'administration de
George W. Bush, qui comprend d'anciens responsables
de la lutte contre les sandinistes pendant le
gouvernement Reagan, dans un contexte marqué
par de nombreuses victoires de la gauche en
Amérique latine au cours de l'année
2006. En revanche, au Nicaragua, Daniel Ortega
est soutenu par une population très jeune
(près de 60 p. 100 de la population a
moins de 24 ans en 2006) qui en majorité
n'a pas connu la période sandiniste.