Juscelino
Kubitschek, le père de Brasilia,
était un Mineiro-Gerais, un homme du Minas, cette
Auvergne du Brésil.
Il était né le 12 décembre 1902 à
Diamantina,
dans une famille modeste. Sa mère était une
solide femme aux yeux clairs ayant conservé de ses
aïeux moraves une énergie peu ordinaire. Son
père, de Oliveira, était un petit fonctionnaire
qui mourut jeune. Juscelino fut élevé par
sa mère, qui exerçait la profession d'institutrice
à Diamantina. La cité avait connu au dix-neuvième
siècle la ruée des prospecteurs de diamants.
Puis elle s'était assoupie après le "boom"de
la mineracao.
L'éducation maternelle fut rude mais efficace. "Je
dois tout à ma mère", disait Juscelino.
Il décide, ses études secondaires terminées,
d'étudier la médecine à la faculté
de Belo-Horizonte.
Mais il lui faut gagner sa vie. Juscelino prend le chemin
de fer à voie étroite et chauffant au bois
qui reliait alors Diamantina à Belo-Horizonte.
Télégraphiste le jour ou gardien la nuit,
il entreprend sa médecine, passe l'internat. Chirurgien,
il obtient une bourse pour un stage de perfectionnement
à Paris. Il est affecté à l'hôpital
Cochin et découvre ce qu'il appelle "les richesses
de la tradition, le sens de la culture, l'équilibre,
la gaieté". Il profite de cette escale européenne
pour se rendre en Tchécoslovaquie, sur la terre de
ses ancêtres.
Gouverneur du Minas de 1950 à 1955 puis président
de la république de 1955 à
1961, il met en pratique un plan qui lui permettra plus
tard d'affirmer qu'il avait fait progresser le Brésil
"de cinquante ans en cinq ans". Les routes, les
barrages, les centrales, les usines : tels sont alors et
tels seront de 1956 à 1961 les "mots-clés"de
son programme.
Pour imposer Brasilia, il dut lutter contre les sarcasmes,
l'apathie ou l'indifférence de la majorité
des Brésiliens. En fait, l'idée de transférer
la capitale fédérale sur le haut plateau du
Goias n'était pas neuve. Le premier projet remonte
à 1853. Une commission gouvernementale avait, en
1934, choisi le site. Mais la poussière avait recouvert
tous les dossiers quand Juscelino proclama : "Je ferai
Brasilia !"Il tint parole. En mars 1957, le concours
donna la préférence aux architectes Lucio
Costa et Oscar Niemeyer, qui avaient déjà
construit le ministère de l'éducation à
Rio.
L'inauguration officielle eut lieu le 21 avril 1960 dans
une atmosphère de recueillement et d'étonnement
au milieu des tourbillons de rouges poussières latéritiques
emportées par le vent de la savane.
Juscelino ne passa que cinq mois, les derniers de son mandat,
dans le délicat palais de l'Alvorada. Il s'efforça
d'accélérer le transfert réel des pouvoirs,
des hommes et des dossiers. L'homme du Minas était
parfaitement à l'aise dans ce décor de pionnier.
Dans son esprit, Brasilia n'était pas une fin, mais
un moyen. La cité futuriste aux "super-blocs"et
au réseau d'autoroutes entrecroisées n'avait
de sens que si elle pouvait favoriser la création
de nouvelles villes et de nouveaux centres de vie. Kubitschek
prétendait réussir avec la route ce que les
Américains du Nord avaient réalisé
avec le rail. Il s'agissait, selon sa propre formule, de
"faire participer 6 millions de kilomètres carrés
de territoires au progrès général du
Brésil".
Marcel
Niedergang
Le Monde du 24 août 1976