Cinq
ans après la signature de l'accord de paix, les anciens
guérilleros du Front Farabundo-Marti pour la libération
nationale (FMLN) ont démontré, à l'occasion
des élections législatives et municipales
du 16 mars 1997, qu'ils avaient su se convertir
en une force politique de poids: l'Alliance républicaine
nationaliste (Arena, parti au pouvoir) n'a en effet obtenu
qu'un seul député de plus que le FMLN. Ce
dernier pourrait donc envisager avec confiance l'élection
présidentielle de 1999.
En
obtenant 27 sièges sur 84 à l'Assemblée
législative, contre 28 pour l'Arena, le FMLN a atteint
l'objectif qu'il s'était fixé: augmenter son
groupe parlementaire pour freiner une politique «néo-libérale»
et, si possible, bloquer certaines privatisations, en particulier
celle des télécommunications. Les élections
municipales ont été un succès total
pour les ex-guérilleros. Non seulement ils ont remporté
les plus importantes municipalités, mais la capitale
a elle aussi été conquise par les urnes. Le
succès du FMLN, créé après les
accords de paix de janvier 1992, était certes
attendu, mais son ampleur a surpris l'Alliance républicaine
nationaliste, au pouvoir depuis 1989. La défaite
de l'Arena tient avant tout à une faible mobilisation
de son électorat. Ce dernier a ainsi sanctionné
la corruption qui sévit dans les cercles proches
du pouvoir, ainsi que la hausse de la délinquance
et de la criminalité, que le gouvernement n'a pas
su enrayer. Pis, la police nationale civile a été
accusée à plusieurs occasions de prendre part
à des actes de délinquance.
Sans
doute aussi la situation économique n'a pas plaidé
en faveur du pouvoir. La croissance, qui avait régulièrement
augmenté entre 1992 et 1995, a chuté
de deux points en 1996. Malgré une inflation
ramenée à moins de 10 %, le coût
des produits alimentaires de base a considérablement
augmenté et le déficit commercial s'est creusé
de façon dramatique. Enfin, l'augmentation de l'impôt
sur la valeur ajoutée (IVA) a contribué à
aggraver le mécontentement. Aussi l'Arena a-t-elle
tout fait pour éviter le débat économique,
préférant concentrer ses attaques sur le passé
violent du FMLN. De toute évidence, les arguments
de la formation au pouvoir n'ont pas porté.
©
Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002