La
situation politique du Salvador en 1999 a été
marquée par la continuité, le parti au pouvoir
emportant sa troisième élection présidentielle
consécutive.
Le
7 mars 1999, Francisco Flores a remporté
l'élection présidentielle dès le premier
tour. Candidat de l'Alliance républicaine nationaliste
(ARENA), le parti de droite au pouvoir depuis 1989,
il a distancé le représentant du Front Farabundo
Martí de Libération Nationale (FMLN), l'ancien
dirigeant de la guérilla Facundo Guardado. Ce résultat
était attendu, et l'élection a surtout été
marquée par un taux d'abstention massif, supérieur
à 70 %.
La
reconversion de la guérilla à la vie politique,
à la suite des accords de paix de 1992, s'était
pourtant soldée par de bons résultats aux
élections législatives et municipales de 1997.
Après avoir emporté la moitié des sièges
à l'Assemblée législative et une centaine
de municipalités, dont la capitale, le FMLN nourrissait
de sérieux espoirs de parvenir au pouvoir par les
urnes, après avoir vainement tenté pendant
douze ans de le conquérir par les armes. Mais les
primaires au sein du FMLN ont donné lieu à
d'âpres disputes qui ont affaibli et divisé
le parti. À cette occasion, les Salvadoriens ont
réalisé à quel point les anciens guérilleros
étaient devenus des professionnels de la politique
comme les autres. De surcroît, l'absence de propositions
originales pour faire face à la hausse spectaculaire
de la violence et pour résoudre les problèmes
sociaux a stérilisé la campagne du FMLN.
Francisco
Flores, trente-neuf ans, ancien professeur de philosophie
formé aux États-Unis, et ancien président
de l'Assemblée législative, avait séduit
les Salvadoriens lorsqu'il avait conduit une enquête
sur la corruption au sein de la Banque centrale du pays.
Ayant perdu son beau-père assassiné par la
guérilla, il incarne bien la réconciliation
nationale qu'a su conduire le parti ARENA, pourtant clairement
situé à l'extrême droite pendant les
années 1980. Il pouvait aussi s'appuyer sur
un bilan économique somme toute assez flatteur, en
termes de stabilité, dû à la gestion
du précédent président du parti ARENA.
L'inflation avait par exemple atteint en 1997 son taux
le plus bas en vingt-cinq ans, avec 1,9 %. L'ouragan
Mitch (fin octobre 1998) a toutefois détruit
une partie des cultures et sérieusement affecté
les activités d'élevage, faisant rebondir
l'inflation à 4,2 % en 1998. La croissance
économique a néanmoins atteint 3,2 %
en 1998, soit une performance à peu près
égale à celle de 1997. Elle a permis
une légère baisse du taux de chômage,
qui est passé de 7,5 % en 1997 à
7,2 % en 1998. Sont responsables de ces bons résultats
le commerce extérieur et la forte hausse des investissements
étrangers, dirigés notamment vers les secteurs
récemment privatisés comme les télécommunications
ou la distribution d'énergie. Les envois de devises
des émigrés salvadoriens aux États-Unis
continuent aussi d'augmenter, représentant la première
source de devises du pays.
En 1999,
la croissance n'a été que de 2,5 %, en
raison de politiques monétaires restrictives adoptées
par le nouveau gouvernement. Du coup, l'inflation a été
proche de 0 %.
Les
élections de mars 1999, et les réformes
du code électoral, ont donné lieu à
d'importantes recompositions politiques, plusieurs partis
d'opposition s'unissant, en vue des élections législatives
et municipales de mars 2000. Ainsi, le 28 juillet,
la Convergence démocratique de Rubén Zamora
et le Parti démocrate de Joaquín Villalobos
ont décider de fusionner. Quant au FMLN, sa défaite
électorale ne l'a pas incité à changer
de ligne. La dixième convention extraordinaire des
24 et 25 juillet a confirmé la domination de
la tendance orthodoxe révolutionnaire en son sein.
Mais
l'élection présidentielle de mars n'a guère
changé le panorama social du Salvador. Les années 1997
et 1998 avaient été marquées par
une intense mobilisation sociale contre les politiques économiques
néo-libérales conduites par le parti ARENA,
et tout spécialement contre les privatisations. L'année 1999
n'a pas été différente, à tel
point que l'on a évoqué une situation d'impossibilité
de gouverner. Ainsi, le secteur de la santé publique
a été l'objet d'une forte mobilisation contre
le projet de privatisation du président. Le 15 novembre,
une grève illimitée a été décrétée
par les travailleurs de l'Institut salvadorien de sécurité
sociale (ISSS) après que le président Flores
fut revenu sur un accord salarial signé par son prédécesseur.
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