L'
Argentin qui a détenu le titre mondial de boxe dans la
catégorie des poids moyens durant sept années
fut l'idole de tout le peuple argentin à l'instar de
Fangio
ou Maradona,
il est resté invaincu en championnat du monde grâce
à un style peu orthodoxe, mais efficace. Boxeur d'instinct
et sauvage, Monzon a malheureusement fait également la
une lorsqu'il a défenestré son ex-femme. Emprisonné,
il se tue dans un accident de la route alors que sa libération
était prononcée.
Un regard noir planté sur un corps longiligne. Deux bras
interminables et des jambes presque frêles. Cette silhouette
n'était pas impressionnante. Carlos Monzon a néanmoins
été un remarquable champion du monde des poids
moyens entre 1970 et 1977. Sept ans d'un règne sans partage,
presque insolant tant son style, parfois contesté, n'avait
rien de sensationnel.
Né
le 7 août 1942 dans un bidonville sans eau ni électricité
de Santa Fe, il entre dans une salle de boxe pour fuir à
cet univers qu'il commentait lui-même comme un "capharnaüm
de tôles et de planches gondolées et crevées".
Monzon, issu d'une famille pauvre de douze frères et
soeurs, commence à travailler, encore enfant, comme vendeur
de journaux. Tour à tour marchand de quatre saisons,
cireur de chaussures, maçon ou livreur de lait, le jeune
Argentin décide de disputer, à dix-sept ans, son
premier combat, qui lui rapporte... 50 pesos.
Il entame ainsi une série de 101 victoires, dont 61 par
K-O, pour 9 nuls et 3 défaites.
C'est en 1963, à l'âge de 20 ans, que Carlos Monzon
passe professionnel. Il devient champion d' Argentine en septembre
1966 et déplore trois défaites. Les seules de
sa carrière que le champion qualifiera plus tard de vols.
Sa trajectoire est ascendante.
Champion d'Amérique du Sud en juin 1967, le boxeur doit
franchir les frontières de son pays pour tenter de décrocher
le titre suprême.
Le 7 novembre 1970, devant 20 000 spectateurs italiens qui chantent
l'hymne national sous le regard noir du challenger, il est accueilli
sur le ring par des jets de tomates. Son orgueil est mis à
vif et c'est Benvenuti qui va le payer. A la douzième
reprise, il anéanti son adversaire d'une droite concluant,
ainsi, un long travail de sape.
A son retour en Argentine,
Carlos Monzon est fêté par 200 000 personnes à
Santa Fe. "El Macho", surnom né de sa hargne
au combat, est champion du monde. Il devient un star adulée
en additionnant les défenses victorieuses: Benvenuti
est envoyé à la retraite en trois rounds lors
de la revanche, Griffith encaisse vingt-trois coups dans la
14e reprise, et Moyer s'incline dans la 5e.
La
route du Monzon passe alors par Paris où l'attend un
homme également estimé dans son pays. Jean-Claude
Bouttier porte sur ses épaules les espoirs d'un titre
mondial des moyens parti avec le grand Marcel Cerdan.
Le 17 juin 1972 au stade olympique de Colombes, ils sont 25
000 à croire au sacre du Mayennais coaché par
Jean Bretonnel. L'entraîneur ne renvoie par son boxeur
au charbon à l'appel de 13e round. Blessé à
l'il par deux coups de pouce, Bouttier devra encore patienter.
Entre-temps, Monzon a déroulé devant Bogs (arrêt
de l'arbitre 5e) et franchit l'obstacle Briscoe non sans avoir
été durement secoué dans la 9e reprise.
Et Griffith a fort courageusement tenu la distance en vain.
Alain
Delon, autant ami de Bouttier que passionné par Monzon,
organise quinze mois plus tard la revanche sur le central de
Roland-Garros. Surpris par la volonté du Français,
Monzon joue avec les cordes pour esquiver. Mené au deux
tiers du combat, le champion réagi avec fierté
pour s'imposer aux points et prolonger la longue attente des
Français.
Quelques mois plus tard sous le chapiteau de la Défense,
Monzon punit en sept rounds Napoles pour ses paroles déplacées,
mais est destitué par la WBC pour avoir refusé
le contrôle anti-dopage. Mundine, Licata et Gratien Tonna
subissent à leur tour la dure loi du champion. Dès
lors, Monzon n'espère plus que réunifié
le titre. Rodrigo Valdez, le désormais champion WBC,
abandonne sa ceinture aux points à Monaco en juin 1976
et échoue, encore selon le verdict des juge, lors de
la revanche, toujours dans la Principauté. Ce jour-là,
Monzon va au tapis. La seule et unique fois de sa carrière.
Car il annonce sa retraite un mois plus tard et reste à
ce jour l'un des rares champions partis avec le titre.
Il veut imposer sa belle gueule sur les toiles de cinéma,
mais ne tourne que dans deux films. En revanche, il fait la
une dans la presse à scandale. Auteur d'une agression
sur un photographe, il échappe à la prison en
appel. Mais le 14 février 1988, son ex-femme Alicia Munoz,
danseuse de cabaret, est retrouvée morte sous le balcon
de l'ex-boxeur, victime lui de multiples fractures. Triste Saint-Valentin
! Monzon est reconnu coupable et condamné à onze
ans d'emprisonnement.
Le
8 janvier 1995, il rentre au pénitencier de Las Flores
après avoir passé un week-end de permission, son
vehicule part en tonneau. L'Argentin meurt sur le coup ainsi
que son ami Geronimo Moturam. Carlos Monzon projetait de réaliser,
à sa sortie de prison, un film consacré à
sa vie. Celle d'un champion aux 89 victoires et 15 championnats
du monde victorieux.
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