On
retiendra de l'année 1995 l'entrée de
l'Uruguay dans une nouvelle zone de libre-échange,
le marché commun des pays de l'Amérique du
Sud (Mercosur). Il appartient désormais au président
Julio Maria Sanguinetti d'entreprendre la dénationalisation
de l'outil de production: une tâche difficile dans
un pays où les résistances sociales sont particulièrement
vives.
L'année
politique 1994, particulièrement agitée,
s'était achevée par l'élection d'un
nouveau président de la République en la personne
de Julio Maria Sanguinetti. Celui-ci a pris ses fonctions
le 1er mars 1995. J. M. Sanguinetti
(Parti colorado), déjà président entre 1985
et 1990, se définit comme social-démocrate.
Ce scrutin, qui portait aussi sur l'élection de sénateurs,
de députés, de maires et de conseillers municipaux,
en révélant la force de la gauche (Convergence
progressiste), a mis fin au traditionnel bipartisme. Convergence
progressiste, qui regroupe des socialistes, des démocrates-sociaux,
des communistes et d'anciens guérilleros tupamaros,
s'est imposée de façon spectaculaire dans
la capitale, Montevideo, où sont concentrés
environ 46 % de la population. Au Congrès, la
répartition des suffrages a été identique
à celle de l'élection présidentielle,
ce qui a valu au Parti colorado de se trouver minoritaire.
La
difficulté de gouverner dans un pays où le
pouvoir ne dispose pas de la majorité législative,
et se trouve donc obligé de négocier avec
les autres formations politiques, explique à elle
seule le retard pris dans les grandes réformes dont
l'Uruguay aurait pourtant besoin pour se moderniser. La
part importante des fonctionnaires plus de 20 %
de la population active sont employés de l'État
constitue un autre frein: d'ailleurs les Uruguayens
ont rejeté à de nombreuses reprises les velléités
de privatisations manifestées par les autorités:
ce fut systématiquement le cas lorsqu'il s'est agi
de privatiser des entreprises publiques comme la Compagnie
du téléphone.
Dans le même ordre d'idées, la réforme
de la sécurité sociale, annoncée
à de nombreuses occasions , était toujours
en attente à la fin de l'année lors d'un référendum,
qui coïncidait avec les élections de novembre 1994,
et après une pétition signée par plus
de 10 % de la population, les Uruguayens se sont en
effet prononcés pour que tout changement du système
de sécurité sociale fasse l'objet d'une loi
spécifique indépendante de la loi de finance
annuelle.
L'Uruguay
commence à toucher les fruits de la politique de
réajustement mise en uvre depuis cinq ans.
Celle-ci a permis d'obtenir un résultat sensible
sur le front de l'inflation, qui, bien qu'encore forte,
est toutefois passée de 102 % en 1991 à
44,7 % en 1994. En revanche, les efforts du gouvernement
en matière de lutte contre le chômage restaient
décevants (près de 9 %). Quant à
la balance commerciale de l'Uruguay, dont les principales
exportations sont la laine, le cuir, la viande et le riz,
elle était toujours déficitaire. Globalement,
on peut considérer que les résultats économiques,
entraînés par la croissance qu'ont connue ses
principaux partenaires Brésil et Argentine
, ont été bons. La bonne santé
des activités liées au tourisme a également
participé à la croissance (2,1 % en 1994).
Mais
la grande affaire, sur le plan économique, aura été
l'entrée de l'Uruguay dans le Mercosur, le marché
commun de l'Amérique du Sud, aux côtés
de l'Argentine, du Brésil et du Paraguay (le Chili
est membre associé). Entré en vigueur le 1er janvier 1995,
le Mercosur prévoit la mise en place d'une union
douanière entre les quatre pays. Cela signifie que
l'Uruguay fait désormais partie d'une large zone
de libre-échange de 200 millions de personnes,
soit 63 fois sa propre population. C'est donc une véritable
révolution, car le pays, comme beaucoup d'autres
en Amérique du Sud, n'a jusqu'à présent
vécu qu'en défendant la protection de ses
frontières, avec pour corollaire la nationalisation
de son outil de production.
©
Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002