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L'actualité uruguayenne en 1996

En visite officielle en France en novembre 1996, le président Julio Maria Sanguinetti a vanté la stabilité politique de son pays, dont le caractère démocratique s'est renforcé depuis qu'il s'est débarrassé, il y a quinze ans, de la dictature militaire. En résumé, le chef de l'État tentait d'attirer l'attention du monde sur un pays qui ne trouble pas souvent l'actualité.
Globalement, ce portrait correspond assez bien à la réalité. La main-d'œuvre uruguayenne est en effet de bonne qualité, les infrastructures présentent un aspect encourageant et les services bancaires sont réputés pour leur efficacité. Enfin, la tradition de paix sociale fait de l'Uruguay un pays à part dans le cône sud-américain. On l'aura compris, le président cherchait à attirer des investisseurs, des capitaux et des technologies dont son pays a besoin pour croître, produire et exporter, en priorité bien sûr vers le Mercosur, ce marché commun latino-américain de 200 millions d'habitants, regroupant depuis le 1er janvier 1995 l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay. Premier exportateur de produits laitiers d'Amérique latine, l'Uruguay est à la recherche de niches économiques, comptant notamment sur une main-d'œuvre bien formée et socialement bien protégée pour faire la différence. Transformé en VRP pour les justes besoins de la cause économique et sociale, le président de la République ne se sera pas appesanti sur les difficultés que rencontre son pays et qui se traduisent par une mauvaise tenue des principaux indicateurs. Car si l'Uruguay poursuit sa politique d'ouverture économique, il reste que plus d'un cinquième de la population active est employé par l'État: conséquence directe, tous les projets de privatisation des entreprises publiques se heurtent à une résistance qui, jusqu'à présent, a eu le dernier mot. Sur le front de la croissance, le bilan n'était guère positif. Ainsi, en 1995, le PIB a chuté de 2,5 % sous le double effet de la baisse de la demande en matière d'exportations – récession en Argentine et au Brésil – et de la chute des revenus du tourisme d'une part, et de l'ajustement fiscal introduit par J. Sanguinetti, d'autre part – le déficit fiscal représentait environ 4 % du PIB.
Comme les autres responsables des pays latino-américains, Julio Maria Sanguinetti était présent au sommet ibéro-américain qui s'est ouvert, le 9 novembre, dans la capitale chilienne. Parmi les sujets abordés figurait en bonne place la loi Helms-Burton, qui renforce l'embargo pratiqué par les États-Unis à l'encontre de Cuba. Pour le président uruguayen, cette loi est une erreur car «l'embargo ne peut favoriser la démocratie à Cuba. Au contraire, il crispe le régime, cristallise le blocage. La seule façon d'ouvrir le pays aux influences extérieures c'est d'y laisser entrer les capitaux, le pape [Jean-Paul II envisageait de se rendre à Cuba en 1997], les touristes, les journalistes...». Mais comme beaucoup de responsables d'Amérique latine, le président Sanguinetti ne croyait guère à un règlement rapide de ce dossier.
Sur le plan de la stricte politique intérieure, le gouvernement a été absorbé par la préparation de la réforme constitutionnelle, elle-même subordonnée à la tenue d'un référendum. Cette réforme vise essentiellement deux points: tout d'abord, la suppression de la «loi de Lemas», ce qui contraindrait chaque parti à ne présenter qu'un seul candidat à la présidence avec un second tour opposant les deux candidats en tête, d'autre part les relations entre la présidence et le Parlement. À ce sujet, le Parti colorado (PC) et le Parti national (PN), tous deux membres de la coalition gouvernementale, estiment que le président devrait avoir le pouvoir de dissoudre le Parlement et donc d'appeler à la tenue de nouvelles élections. Mais rien n'indiquait que le gouvernement pourrait disposer de la majorité des deux tiers des voix au Parlement, pourtant nécessaire à la convocation d'un référendum.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

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