Dominée
par la préparation de l'élection présidentielle,
qui a vu la victoire du candidat de la coalition de centre
droit, Jorge Batll, l'année politique n'a pas été
fertile en événements marquants. La coalition
gouvernementale s'est contentée d'expédier
les affaires courantes, en prenant garde de ne pas heurter
une population dont le niveau de vie est élevé
comparé à celui des autres pays latino-américains.
Un attentisme de circonstance, mais que l'on trouvera regrettable
alors que l'Uruguay peine à s'engager sur la voie
du développement.
Percée du centre gauche Dans ce pays
où la démocratie a repris ses droits en 1985
avec l'arrivée au pouvoir de Juilo María Sanguinetti
- après onze années d'une dictature militaire
particulièrement répressive -, les joutes
parlementaires et la guerre des chefs ont témoigné
de la réalité des grandes manœuvres précédant
le scrutin présidentiel. La campagne électorale
a été d'autant plus vive que la réforme
de 1996 a introduit un scrutin à deux tours, ouvrant
ainsi plus largement le champ de la compétition.
L'échéance électorale s'est accompagnée
d'une recomposition du paysage politique qui a vu les grands
partis traditionnels, colorado et blanco, s'unir pour empêcher
l'éventuel succès d'une coalition de gauche.
Rappelons que le Frente amplio - opposition de gauche -
est la première force politique du pays. Mais, à
l'approche du scrutin présidentiel, la coalition
des partis de gauche n'a pas réussi à masquer
de profondes dissensions entre modérés et
radicaux. Ces derniers, essentiellement d'anciens Tupamaros,
n'ont pas abandonné leur credo marxiste. Quant au
président sortant, le colorado JM Sanguinetti,
auquel la Constitution interdisait de briguer un mandat
supplémentaire, il a fait campagne en faveur de son
poulain, Jorge Batlle. Face à cette candidature,
le Frente amplio a choisi d'opposer celle de Tabaré
Vásquez, qui fut maire de Montevideo de 1990
à 1994.
Un choix qui ne se sera guère révélé
judicieux puisque T. Vásquez, en dépit
d'un excellent score à l'issue du premier tour, a
finalement perdu l'élection présidentielle
qui s'est déroulée en octobre 1999. Contrairement
à l'Argentine, où le radical Fernando de la Rua
a été élu président de la République
le 24 octobre, à la tête d'une coalition
de centre gauche, l'Uruguay n'a pas tourné la page
du conservatisme. Toutefois, la large coalition de gauche
a réalisé une percée aux élections
législatives organisées le même jour
que le premier tour de la présidentielle en obtenant
40 sièges sur 99, soit 10 de plus
que dans l'Assemblée sortante. Le front de centre
gauche couvre un large spectre politique regroupant socialistes,
communistes, radicaux de gauche et anciens membres du Mouvement
pour la libération nationale-Tupamaros, guérilla
très active pendant les années 1970.
Cette coalition s'est engagée à rouvrir le
dossier des 34 disparus de la dictature militaire.
Pour sa part, le Parti colorado s'est adjugé 33 sièges
(1 de moins qu'en 1994), alors que le Parti blanco
a dû se contenter de 22 représentants,
soit un recul de 9 députés.
La recomposition du paysage politique est
le principal enseignement de ces élections générales.
La montée spectaculaire de la coalition de centre
gauche - qui devait disposer du tiers des sièges
au Parlement à partir du 1er mars 2000 -
a sonné le glas du bipartisme des partis traditionnels
qui gouvernent l'Uruguay depuis 1922, avec la brutale
parenthèse de la dictature militaire (1973-1985).
Face à la crise L'année économique
a été dominée par la crise financière
asiatique et ses répercussions sur les performances
des pays latino-américains. Déjà, en
1998, les pays d'Amérique latine, réunis dans
le cadre du 12e sommet de Panamá, avaient protesté
contre l'indolence des pays industrialisés, auxquels
ils reprochaient de laisser s'étendre la tourmente
financière à des régions qui n'ont
aucune responsabilité dans les crises russe et asiatique.
L'Uruguay, comme les autres pays de la région, a
donc senti le souffle de la crise monétaire, financière
et économique venue d'Asie menacer un développement
encore bien fragile. Si le Mercosur, le marché commun
sud-américain qui, outre l'Uruguay, réunit
le Brésil, l'Argentine, le Paraguay et deux États
associés, la Bolivie et le Chili, est devenu une
réalité économique, politique et commerciale,
il reste que les deux pays qui en forment l'ossature - le
Brésil et l'Argentine - ont montré leur
fragilité au prisme de la crise qui a secoué
l'Asie après la dévaluation aux effets dominos
de la monnaie thaïlandaise, en juillet 1997. Une
fragilité qui ne peut qu'inquiéter Montevideo
dans la mesure où les économies brésilienne
et argentine absorbent, habituellement, 50 %, des exportations
uruguayennes. Plus largement, la balance commerciale, dont
le déficit permanent se situe à un niveau
acceptable, pose le problème de la dépendance
d'une part envers le Brésil et l'Argentine, et, d'autre
part, envers quelques produits pour les exportations (animaux
sur pied et produits animaux - lait et viande, textile et
dérivés). À l'évidence, une
nécessaire diversification s'impose aux autorités
pour mettre un terme aux effets de la mauvaise situation
des partenaires et des aléas climatiques pour les
productions agricoles destinées à l'exportation.
Pour autant, les difficultés rencontrées par
le Brésil et l'Argentine pourraient avoir des incidences
positives pour Montevideo. En effet, l'Uruguay serait à
même de jouer son rôle traditionnel de refuge
pour leurs capitaux, facilitant en retour la couverture
de son besoin de financement extérieur.
Quoi qu'il en soit, l'Uruguay a enregistré
de bons résultats, qu'il s'agisse de la croissance
(environ 4 %) ou de la lutte contre la hausse des prix
: l'inflation devait se stabiliser autour de 10 % à
la fin de l'année - un taux encore important,
mais qui a diminué de plus de la moitié en
l'espace de quatre ans (35 % en 1995). Les investissements
étrangers ont trouvé, comme à l'accoutumée,
le chemin de Montevideo en raison de la bonne image du pays
- on parle de l'Uruguay comme de «la Suisse de
l'Amérique du Sud» - tandis que la dette
extérieure, dont l'évolution est maîtrisée,
n'est pas apparue de nature à inquiéter la
communauté internationale - le gouvernement lève
sans difficultés des capitaux sur les marchés.
Pour autant, la bonne tenue de l'économie nationale
au regard des principaux indicateurs ne saurait masquer
des problèmes structurels. Ainsi, l'Uruguay peine
à s'engager réellement sur la voie du développement
en raison du trop grand poids de l'État dans l'économie
et du niveau élevé de la protection sociale.
Comment s'étonner de la stagnation des privatisations
dans un pays où près d'un cinquième
de la population active est employé par l'État ?
On comprendra que la mise en œuvre de réformes
ambitieuses, qui bute toujours sur des conservatismes sociaux
et corporatistes - ici, le pouvoir des syndicats n'est
pas un vain mot -, ait marqué davantage le pas
en cette année électorale. En résumé,
bien que l'économie de l'Uruguay soit plus saine
que celles de l'Argentine et du Brésil, ce petit
pays n'échappe pas à une pauvreté qui
touche encore quelque 10 % de la population.
© Hachette Multimédia / Hachette
Livre, 2002