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L'actualité uruguayenne en 1999

Dominée par la préparation de l'élection présidentielle, qui a vu la victoire du candidat de la coalition de centre droit, Jorge Batll, l'année politique n'a pas été fertile en événements marquants. La coalition gouvernementale s'est contentée d'expédier les affaires courantes, en prenant garde de ne pas heurter une population dont le niveau de vie est élevé comparé à celui des autres pays latino-américains. Un attentisme de circonstance, mais que l'on trouvera regrettable alors que l'Uruguay peine à s'engager sur la voie du développement.
Percée du centre gauche Dans ce pays où la démocratie a repris ses droits en 1985 avec l'arrivée au pouvoir de Juilo María Sanguinetti - après onze années d'une dictature militaire particulièrement répressive -, les joutes parlementaires et la guerre des chefs ont témoigné de la réalité des grandes manœuvres précédant le scrutin présidentiel. La campagne électorale a été d'autant plus vive que la réforme de 1996 a introduit un scrutin à deux tours, ouvrant ainsi plus largement le champ de la compétition. L'échéance électorale s'est accompagnée d'une recomposition du paysage politique qui a vu les grands partis traditionnels, colorado et blanco, s'unir pour empêcher l'éventuel succès d'une coalition de gauche. Rappelons que le Frente amplio - opposition de gauche - est la première force politique du pays. Mais, à l'approche du scrutin présidentiel, la coalition des partis de gauche n'a pas réussi à masquer de profondes dissensions entre modérés et radicaux. Ces derniers, essentiellement d'anciens Tupamaros, n'ont pas abandonné leur credo marxiste. Quant au président sortant, le colorado JM Sanguinetti, auquel la Constitution interdisait de briguer un mandat supplémentaire, il a fait campagne en faveur de son poulain, Jorge Batlle. Face à cette candidature, le Frente amplio a choisi d'opposer celle de Tabaré Vásquez, qui fut maire de Montevideo de 1990 à 1994.
Un choix qui ne se sera guère révélé judicieux puisque T. Vásquez, en dépit d'un excellent score à l'issue du premier tour, a finalement perdu l'élection présidentielle qui s'est déroulée en octobre 1999. Contrairement à l'Argentine, où le radical Fernando de la Rua a été élu président de la République le 24 octobre, à la tête d'une coalition de centre gauche, l'Uruguay n'a pas tourné la page du conservatisme. Toutefois, la large coalition de gauche a réalisé une percée aux élections législatives organisées le même jour que le premier tour de la présidentielle en obtenant 40 sièges sur 99, soit 10 de plus que dans l'Assemblée sortante. Le front de centre gauche couvre un large spectre politique regroupant socialistes, communistes, radicaux de gauche et anciens membres du Mouvement pour la libération nationale-Tupamaros, guérilla très active pendant les années 1970. Cette coalition s'est engagée à rouvrir le dossier des 34 disparus de la dictature militaire. Pour sa part, le Parti colorado s'est adjugé 33 sièges (1 de moins qu'en 1994), alors que le Parti blanco a dû se contenter de 22 représentants, soit un recul de 9 députés.
La recomposition du paysage politique est le principal enseignement de ces élections générales. La montée spectaculaire de la coalition de centre gauche - qui devait disposer du tiers des sièges au Parlement à partir du 1er mars 2000 - a sonné le glas du bipartisme des partis traditionnels qui gouvernent l'Uruguay depuis 1922, avec la brutale parenthèse de la dictature militaire (1973-1985).
Face à la crise L'année économique a été dominée par la crise financière asiatique et ses répercussions sur les performances des pays latino-américains. Déjà, en 1998, les pays d'Amérique latine, réunis dans le cadre du 12e sommet de Panamá, avaient protesté contre l'indolence des pays industrialisés, auxquels ils reprochaient de laisser s'étendre la tourmente financière à des régions qui n'ont aucune responsabilité dans les crises russe et asiatique. L'Uruguay, comme les autres pays de la région, a donc senti le souffle de la crise monétaire, financière et économique venue d'Asie menacer un développement encore bien fragile. Si le Mercosur, le marché commun sud-américain qui, outre l'Uruguay, réunit le Brésil, l'Argentine, le Paraguay et deux États associés, la Bolivie et le Chili, est devenu une réalité économique, politique et commerciale, il reste que les deux pays qui en forment l'ossature - le Brésil et l'Argentine  - ont montré leur fragilité au prisme de la crise qui a secoué l'Asie après la dévaluation aux effets dominos de la monnaie thaïlandaise, en juillet 1997. Une fragilité qui ne peut qu'inquiéter Montevideo dans la mesure où les économies brésilienne et argentine absorbent, habituellement, 50 %, des exportations uruguayennes. Plus largement, la balance commerciale, dont le déficit permanent se situe à un niveau acceptable, pose le problème de la dépendance d'une part envers le Brésil et l'Argentine, et, d'autre part, envers quelques produits pour les exportations (animaux sur pied et produits animaux - lait et viande, textile et dérivés). À l'évidence, une nécessaire diversification s'impose aux autorités pour mettre un terme aux effets de la mauvaise situation des partenaires et des aléas climatiques pour les productions agricoles destinées à l'exportation. Pour autant, les difficultés rencontrées par le Brésil et l'Argentine pourraient avoir des incidences positives pour Montevideo. En effet, l'Uruguay serait à même de jouer son rôle traditionnel de refuge pour leurs capitaux, facilitant en retour la couverture de son besoin de financement extérieur.
Quoi qu'il en soit, l'Uruguay a enregistré de bons résultats, qu'il s'agisse de la croissance (environ 4 %) ou de la lutte contre la hausse des prix : l'inflation devait se stabiliser autour de 10 % à la fin de l'année - un taux encore important, mais qui a diminué de plus de la moitié en l'espace de quatre ans (35 % en 1995). Les investissements étrangers ont trouvé, comme à l'accoutumée, le chemin de Montevideo en raison de la bonne image du pays - on parle de l'Uruguay comme de «la Suisse de l'Amérique du Sud» - tandis que la dette extérieure, dont l'évolution est maîtrisée, n'est pas apparue de nature à inquiéter la communauté internationale - le gouvernement lève sans difficultés des capitaux sur les marchés. Pour autant, la bonne tenue de l'économie nationale au regard des principaux indicateurs ne saurait masquer des problèmes structurels. Ainsi, l'Uruguay peine à s'engager réellement sur la voie du développement en raison du trop grand poids de l'État dans l'économie et du niveau élevé de la protection sociale. Comment s'étonner de la stagnation des privatisations dans un pays où près d'un cinquième de la population active est employé par l'État ? On comprendra que la mise en œuvre de réformes ambitieuses, qui bute toujours sur des conservatismes sociaux et corporatistes - ici, le pouvoir des syndicats n'est pas un vain mot -, ait marqué davantage le pas en cette année électorale. En résumé, bien que l'économie de l'Uruguay soit plus saine que celles de l'Argentine et du Brésil, ce petit pays n'échappe pas à une pauvreté qui touche encore quelque 10 % de la population.
 
© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002
 
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