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L'actualité uruguayenne en 2000

Porté à la tête du pays en 1999, Jorge Batlle s'était engagé, au cours de sa campagne électorale, à faire la lumière sur les exactions de la dictature qui présidait aux destinées de l'Uruguay au cours des années 1970. Un an plus tard, c'était chose faite, comme en a témoigné le limogeage du chef de l'état-major interarmées. Sur le plan économique, l'Uruguay n'est pas parvenu à retrouver le niveau de croissance qui était le sien avant la dévaluation de la monnaie brésilienne et la crise qui a frappé le Mercosur, avec lequel l'Uruguay effectue traditionnellement l'essentiel de ses échanges.
La lumière sur les années sombres Depuis son arrivée au pouvoir en mars 1999, le président Jorge Batlle a multiplié les actions destinées à faire la lumière sur le sort des victimes de la répression militaire qui s'était abattue sur le pays entre 1973 et 1985. C'est ainsi que le chef de l'État a personnellement aidé le poète argentin Juan Gelman à retrouver sa petite-fille qui était née en prison à Montevideo en 1976 : vingt-quatre ans plus tard, J. Gelman a ainsi pu identifier l'enfant de son fils, Marcelo, et de sa belle-fille, María García Iruretagoyena, de nationalité uruguayenne, qui avait été enlevée en Argentine et transférée en Uruguay alors qu'elle se trouvait enceinte. Parallèlement, le chef de l'État a reçu les familles des victimes de la dictature. Au-delà de ces retrouvailles qui ont touché la société uruguayenne, c'est l'existence de l'opération Condor qui a été confirmée. Cette opération avait pour objectif de coordonner la répression dans les pays du cône sud de l'Amérique Latine — Argentine, Chili, Uruguay, Paraguay — au cours des années 1970.
Dans sa volonté de démontrer qu'il était possible de faire la lumière sur le sort des disparus, le chef de l'État a reçu le soutien du Parti national (centre droit) et celui de la coalition de gauche Rencontre progressiste-Front élargi. Le Parti national et la coalition de gauche se sont également réjouis de la rapidité avec laquelle le président de la République a limogé le chef de l'état-major interarmées. À l'inverse, J. Batlle a dû essuyer les critiques de quelques parlementaires appartenant à son camp (Colorado, centre droit). L'institution militaire s'est également exprimée sur la question des droits de l'homme. Ainsi, le général Daniel García, qui fut le chef de l'armée pendant le gouvernement de Luis Alberto Lacalle (1990-1995), a jugé que le thème des droits de l'homme était désormais traité avec une «grande maturité». Mais, selon le quotidien El Observador, la majorité des officiers souhaite néanmoins que le président Batlle assume la responsabilité de la répression illégale «au nom de l'État». Et, toujours selon El Observador, certains chefs militaires estiment qu'il appartient au chef de l'État de demander pardon, car, si «les forces armées sont intervenues dès 1971» dans la lutte contre la guérilla, c'est «comme conséquence d'une décision politique».
Quoi qu'il en soit, la société uruguayenne n'a pas manqué de remarquer que le nouveau président de la République avait fait plus en un mois sur le front des droits de l'homme que les trois gouvernements démocrates qui se sont succédé depuis 1984 et qui se seront montrés manifestement insensibles au drame des disparus. En portant à la tête de l'État Jorge Batlle pour succéder à Julio Sanguinetti, les Uruguayens ont choisi la continuité. C'est également dans la continuité que s'est inscrite l'année économique et sociale, dominée par les aléas des relations de l'Uruguay avec ses partenaires du Mercosur, le marché commun du cône sud de l'Amérique latine.
Les effets de la dépendance Les conséquences de la dévaluation de la monnaie brésilienne — intervenue en 1999 — et de la crise qu'a connue le Mercosur la même année ont continué de peser sur l'économie uruguayenne. Il est vrai que l'Uruguay est particulièrement dépendant de ses deux grands partenaires, le Brésil, d'une part, l'Argentine, de l'autre. Cette trop grande dépendance s'est trouvée illustrée par l'accroissement du déficit commercial consécutif à la baisse des ventes traditionnelles à l'exportation (viande, laine et produits laitiers). Rappelons que 38 % des exportations de l'Uruguay concernent le Brésil et l'Argentine, deux pays qui fournissent 45 % des importations de Montevideo. Ces importations, qui avaient enregistré un recul de 10 % en 1999, n'avaient toujours pas retrouvé, un an plus tard, leur niveau d'avant la crise. Après plusieurs années de reprise et des comptes en ordre, l'Uruguay a dû engager une politique de réajustement qui n'avait toujours pas donné de résultats à la fin de l'année 2000, comme le montrait le déficit budgétaire et un PIB en recul (2 % en 1999, sans doute identique en 2000).
Sur le front de l'inflation, les chiffres avancés pas le gouvernement étaient à la fois exacts et trompeurs. En effet, si la hausse des prix a été contenue autour de 3 %, elle restait toutefois une des plus élevées de la région. Les effets de la crise qui a touché le Mercosur se sont fait sentir sur le niveau de vie des Uruguayens : la pauvreté a malheureusement gagné du terrain, tout comme le chômage, qui touchait près de 12 % de la population active, dont une forte majorité de jeunes, notamment dans les campagnes. L'emploi constitue une des priorités du gouvernement dans un pays où l'État assure du travail à un cinquième de la population active — on recense en Uruguay quelque 60.000 fonctionnaires. Au cours de l'année écoulée, ce sont surtout les secteurs du commerce, de la restauration et de l'hôtellerie — ils ont connu un recul d'environ 10 % — qui ont plus particulièrement préoccupé les autorités. Il est vrai que le tourisme constitue traditionnellement une importante source de revenus. Parallèlement à la lutte contre le chômage, le gouvernement a fait du combat contre l'insécurité la seconde priorité de son action. Un combat rendu nécessaire par la montée de la délinquance, notamment dans les villes, et plus particulièrement à Montevideo, qui abrite 46 % de la population. La tâche des autorités apparaissait donc, à la fin de l'année, particulièrement difficile, même si le pays dispose de solides atouts, dont une certaine stabilité politique, une foi partagée pour la démocratie et un horizon à court terme dégagé, en l'absence d'échéances électorales de premier plan. Des atouts qui devraient permettre à l'Uruguay de trouver le chemin du développement.
Un général sanctionné Le 6 avril 2000, le président Jorge Batlle a limogé le général Manuel Fernández, chef de l'état-major interarmées, qui avait justifié la répression militaire des années 1970. Dans une interview publiée dans la revue Busqueda, le plus haut gradé de l'armée uruguayenne avait déclaré que, «tôt ou tard, l'armée [allait] devoir combattre de nouveau son vieil ennemi marxiste-léniniste». Il avait aggravé son cas on déclarant que les enquêtes sur les atrocités commises par la dictature en Uruguay entre 1973 et 1985 menaient «à un révisionnisme gênant». Plusieurs chefs militaires ont publiquement exprimé leur désaccord avec les propos du général Fernández.
 
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