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L'actualité uruguayenne en 2001

Confronté aux difficultés rencontrées par l'Argentine et le Brésil — ses deux principaux partenaires économiques au sein du Mercosur —, l'Uruguay a connu une année extrêmement difficile qui a contraint le président Jorge Batlle à pousser les feux des réformes. Celles-ci ont certes obtenu l'assentiment des institutions de Bretton Woods, mais elles ne sont pas allées sans entraîner de fortes tensions sociales.
Vers une dollarisation de l'économie ?
La question de la dollarisation de l'économie a de nouveau dominé les débats. Si le gouvernement du président Batlle n'a pas décidé de faire sien le choix du Salvador, il reste que les partisans de l'abandon des monnaies locales au profit du billet vert n'ont pas manqué de rappeler que 80 % des dépôts du système bancaire de l'Uruguay sont déjà réalisés en dollars. Sauter définitivement le pas en envoyant la monnaie nationale au pilon permettrait, selon eux, d'en finir avec la volatilité des changes, d'écarter les risques d'hyperinflation et, enfin, d'obliger les autorités à pratiquer une politique économique vertueuse — ces dernières ne pouvant guère dépenser plus de dollars qu'elles n'en reçoivent. Et, plus généralement, force est de constater que les médiocres performances enregistrées en 2001 ont donné de nouveau du grain à moudre aux défenseurs de la dollarisation.
En effet, l'Uruguay, qui avait déjà connu un bien mauvais millésime 2000, n'a pas réussi à redresser la situation. Bien au contraire. Sous les effets cumulés de la dévaluation compétitive de la monnaie brésilienne, des immenses difficultés rencontrées par l'Argentine, de la chute de l'euro — 20 % des exportations prennent le chemin de l'Union européenne — et de l'augmentation du prix du pétrole, l'économie uruguayenne s'est encore contractée au cours de l'année écoulée. Pour faire face à ce cycle dépressif, le gouvernement a choisi de s'engager plus résolument sur la voie des réformes. C'est ainsi que le contrôle des dépenses publiques, la dérégulation de l'économie, la transparence des activités gouvernementales et l'augmentation de la part du secteur privé dans l'économie devraient devenir l'alpha et l'oméga de la politique du président Batlle. Parallèlement, les institutions de Bretton Woods ont été appelées au chevet de l'Uruguay. Pour contribuer à la réduction du déficit public, le Fonds monétaire international a octroyé, en février 2001, un crédit «stand-by» de 95 millions de dollars. C'est d'ailleurs avec l'accord du FMI que le gouvernement a décidé de laisser filer quelque peu le déficit, afin de ne pas devoir recourir à une augmentation trop sensible de la fiscalité — l'idée étant de ne rien faire qui puisse s'opposer à une éventuelle reprise. Autre point remarqué de la vague réformatrice, les retraites ont fait l'objet d'ajustements quelque peu douloureux. L'âge de la retraite a été porté à soixante ans, tandis que la gestion des caisses bénéficie dorénavant d'une nouvelle répartition, entre fonds publics et fonds privés. Dès lors qu'une personne dispose d'un salaire mensuel de plus de 800 dollars, elle peut cotiser à un fonds privé.
Enfin, dans le cadre de l'épizootie de fièvre aphteuse qui s'est abattue sur le pays en mai 2001, les autorités ont dû adopter dans l'urgence des mesures fiscales afin de restructurer les dettes bancaires du secteur agricole. Ces dernières s'élèveraient, selon les syndicats, à quelque 2 milliards de dollars.
ZLEA contre Mercosur ? 
Outre l'agriculture, ce sont des pans entiers de l'économie qui ont paru littéralement sinistrés. Parmi les secteurs les plus touchés, la construction figurait en «bonne» place ; seuls les transports et les communications ont pu se prévaloir d'un dynamisme certain. Les habituels indicateurs ont concouru à dresser un tableau bien sombre de la situation d'ensemble. Au seul premier trimestre 2001, le produit intérieur brut avait déjà reculé de 1,1 % par rapport à 2000 — une année mauvaise, rappelons-le. Le chômage touchait, à la même période, 15 % de la population active, tandis que la consommation des ménages enregistrait un recul de près de 4 %. Bien qu'il soit surnommé la «Suisse de l'Amérique latine» en raison de l'importance de ses dépôts bancaires, l'Uruguay se dirigeait au mieux vers une croissance nulle en 2001.
Débordé donc sur tous les fronts, le gouvernement n'a guère trouvé de salut auprès du Mercosur, le marché commun de l'Amérique du Sud, qui regroupe, outre l'Uruguay, l'Argentine, le Brésil et le Paraguay. Il est vrai que le président Batlle a émis à plusieurs reprises des doutes sur les bénéfices que l'Uruguay pourrait tirer de l'union douanière du Mercosur. De même, le chef de l'État n'a pas manqué de dénoncer le protectionnisme de l'Europe, affichant sans ambiguïté sa préférence pour la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), prévue à l'horizon 2005 et dont George W. Bush s'est fait l'ardent défenseur. Au début du mois de mai, J. Batlle a finalement obtenu des États-Unis la mise en place d'un groupe bilatéral de travail au niveau ministériel. Enfin, au mois de juin, profitant du fait que la présidence semestrielle du Mercosur revenait alors à l'Uruguay, J. Batlle a apporté son soutien à la proposition de l'Argentine de relancer les négociations commerciales du bloc régional avec les États-Unis et l'Union européenne. Décidément très actif, J. Batlle a appelé, le 3 septembre, les membres du groupe de Cairns — composé de neuf pays d'Amérique latine, de sept pays de la zone Asie-Pacifique, du Canada et de l'Afrique du Sud — à «frapper à la porte du G8» afin de demander la libéralisation des échanges agricoles. Ces pays, qui représentent un tiers des exportations agricoles mondiales, réclament que le secteur agricole soit soumis aux mêmes règles que celles qui s'appliquent déjà aux autres biens commercialisables.
Un fragile équilibre politique Les mesures prises par le gouvernement pour tenter de freiner le vent de la dépression qui s'est mis à souffler sur l'Uruguay ont suscité diverses réactions d'hostilité au sein de la population. On ne retiendra ici que la démarche de l'Intersyndicale plénière des travailleurs-Convention nationale des travailleurs (PIT-CNT), qui a tenté d'organiser un référendum destiné à abroger les attendus de la loi d'urgence de juin 2000, ces derniers autorisant l'ouverture du capital des entreprises publiques dans le cadre de leur future restructuration. Si la PIT-CNT n'a pas réussi à rassembler les 25 % d'électeurs nécessaires à la convocation du référendum, il n'en reste pas moins que cette initiative n'a rien fait pour apaiser le climat social. En imposant d'impopulaires réformes pour faire face à la contraction de l'activité, le gouvernement a sans aucun doute fait preuve d'un réel courage politique dans la mesure où sa marge de manœuvre est bien ténue. Le parti au pouvoir ne dispose en effet que de 15 % des voix au Parlement, et le soutien du Parti national et de la coalition de gauche Rencontre progressiste-Front élargi (opposition regroupant socialistes, communistes, radicaux de gauche, chrétiens-démocrates et anciens membres du mouvement Tupamaros, la guérilla des années 1970) ne lui aura été que très chichement accordé au cours de l'année écoulée.
 
© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002
 
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