En effet, l'Uruguay, qui avait déjà
connu un bien mauvais millésime 2000, n'a pas réussi
à redresser la situation. Bien au contraire. Sous
les effets cumulés de la dévaluation compétitive
de la monnaie brésilienne, des immenses difficultés
rencontrées par l'Argentine, de la chute de l'euro
— 20 % des exportations prennent le chemin
de l'Union européenne — et de l'augmentation
du prix du pétrole, l'économie uruguayenne
s'est encore contractée au cours de l'année
écoulée. Pour faire face à ce cycle
dépressif, le gouvernement a choisi de s'engager
plus résolument sur la voie des réformes.
C'est ainsi que le contrôle des dépenses publiques,
la dérégulation de l'économie, la transparence
des activités gouvernementales et l'augmentation
de la part du secteur privé dans l'économie
devraient devenir l'alpha et l'oméga de la politique
du président Batlle. Parallèlement, les institutions
de Bretton Woods ont été appelées au
chevet de l'Uruguay. Pour contribuer à la réduction
du déficit public, le Fonds monétaire international
a octroyé, en février 2001, un crédit
«stand-by» de 95 millions de dollars. C'est
d'ailleurs avec l'accord du FMI que le gouvernement a décidé
de laisser filer quelque peu le déficit, afin de
ne pas devoir recourir à une augmentation trop sensible
de la fiscalité — l'idée étant
de ne rien faire qui puisse s'opposer à une éventuelle
reprise. Autre point remarqué de la vague réformatrice,
les retraites ont fait l'objet d'ajustements quelque peu
douloureux. L'âge de la retraite a été
porté à soixante ans, tandis que la gestion
des caisses bénéficie dorénavant d'une
nouvelle répartition, entre fonds publics et fonds
privés. Dès lors qu'une personne dispose d'un
salaire mensuel de plus de 800 dollars, elle peut cotiser
à un fonds privé.
Enfin, dans le cadre de l'épizootie
de fièvre aphteuse qui s'est abattue sur le pays
en mai 2001, les autorités ont dû adopter dans
l'urgence des mesures fiscales afin de restructurer les
dettes bancaires du secteur agricole. Ces dernières
s'élèveraient, selon les syndicats, à
quelque 2 milliards de dollars.
ZLEA
contre Mercosur?
Outre l'agriculture, ce sont des pans entiers de l'économie
qui ont paru littéralement sinistrés. Parmi
les secteurs les plus touchés, la construction figurait
en «bonne» place ; seuls les transports et les
communications ont pu se prévaloir d'un dynamisme
certain. Les habituels indicateurs ont concouru à
dresser un tableau bien sombre de la situation d'ensemble.
Au seul premier trimestre 2001, le produit intérieur
brut avait déjà reculé de 1,1 %
par rapport à 2000 — une année
mauvaise, rappelons-le. Le chômage touchait, à
la même période, 15 % de la population
active, tandis que la consommation des ménages enregistrait
un recul de près de 4 %. Bien qu'il soit surnommé
la «Suisse de l'Amérique latine» en raison
de l'importance de ses dépôts bancaires, l'Uruguay
se dirigeait au mieux vers une croissance nulle en 2001.
Débordé
donc sur tous les fronts, le gouvernement n'a guère
trouvé de salut auprès du Mercosur, le marché
commun de l'Amérique du Sud, qui regroupe, outre
l'Uruguay, l'Argentine, le Brésil et le Paraguay.
Il est vrai que le président Batlle a émis
à plusieurs reprises des doutes sur les bénéfices
que l'Uruguay pourrait tirer de l'union douanière
du Mercosur. De même, le chef de l'État n'a
pas manqué de dénoncer le protectionnisme
de l'Europe, affichant sans ambiguïté sa préférence
pour la Zone de libre-échange des Amériques
(ZLEA), prévue à l'horizon 2005 et dont George
W. Bush s'est fait l'ardent défenseur. Au début
du mois de mai, J. Batlle a finalement obtenu des États-Unis
la mise en place d'un groupe bilatéral de travail
au niveau ministériel. Enfin, au mois de juin, profitant
du fait que la présidence semestrielle du Mercosur
revenait alors à l'Uruguay, J. Batlle a apporté
son soutien à la proposition de l'Argentine de relancer
les négociations commerciales du bloc régional
avec les États-Unis et l'Union européenne.
Décidément très actif, J. Batlle
a appelé, le 3 septembre, les membres du groupe
de Cairns — composé de neuf pays d'Amérique
latine, de sept pays de la zone Asie-Pacifique, du Canada
et de l'Afrique du Sud — à «frapper
à la porte du G8» afin de demander la libéralisation
des échanges agricoles. Ces pays, qui représentent
un tiers des exportations agricoles mondiales, réclament
que le secteur agricole soit soumis aux mêmes règles
que celles qui s'appliquent déjà aux autres
biens commercialisables.
Un fragile
équilibre politique Les mesures prises par le gouvernement
pour tenter de freiner le vent de la dépression qui
s'est mis à souffler sur l'Uruguay ont suscité
diverses réactions d'hostilité au sein de
la population. On ne retiendra ici que la démarche
de l'Intersyndicale plénière des travailleurs-Convention
nationale des travailleurs (PIT-CNT), qui a tenté
d'organiser un référendum destiné à
abroger les attendus de la loi d'urgence de juin 2000, ces
derniers autorisant l'ouverture du capital des entreprises
publiques dans le cadre de leur future restructuration.
Si la PIT-CNT n'a pas réussi à rassembler
les 25 % d'électeurs nécessaires à
la convocation du référendum, il n'en reste
pas moins que cette initiative n'a rien fait pour apaiser
le climat social. En imposant d'impopulaires réformes
pour faire face à la contraction de l'activité,
le gouvernement a sans aucun doute fait preuve d'un réel
courage politique dans la mesure où sa marge de manœuvre
est bien ténue. Le parti au pouvoir ne dispose en
effet que de 15 % des voix au Parlement, et le soutien
du Parti national et de la coalition de gauche Rencontre
progressiste-Front élargi (opposition regroupant
socialistes, communistes, radicaux de gauche, chrétiens-démocrates
et anciens membres du mouvement Tupamaros, la guérilla
des années 1970) ne lui aura été que
très chichement accordé au cours de l'année
écoulée.
© Hachette Multimédia / Hachette
Livre, 2002