L'année 1994 a
confirmé que, si l'or noir reste encore une valeur
sûre pour amortir les contrecoups de l'économie,
le temps n'est plus au boom pétrolier qui avait marqué
le mandat précédent de Rafael Caldera (1969-1974).
Dans un contexte difficile, le successeur de Carlos Andrés
Pérez ce dernier avait été destitué
en 1993 a multiplié les mesures dont
le moins que l'on puisse dire est que la cohérence
n'en a pas été le principe inspirateur.
Entouré de jeunes conseillers formés aux États-Unis,
le président Caldera, qui a pris ses fonctions le
5 février 1994, n'a promis à court
terme qu'une assistance aux plus défavorisés,
une hausse du salaire minimal et une politique d'austérité
dans le fonctionnement de la présidence. Un programme
certes prudent, mais peu enclin à redresser la barre
d'une économie entrée dans une zone de fortes
turbulences.
La
chute du cours du brut et la stagnation de la production
ont en effet sonné le glas d'une économie
trop exclusivement dépendante du pétrole.
Les recettes du Venezuela en devises, fournies à
80 % par les produits pétroliers, sont en chute
libre. En 1994, le prix moyen du brut vénézuélien
s'est établi autour de 11,50 dollars le baril,
contre 13,58 en 1993 et 14,91 en 1992. Résultat,
le PIB a chuté de 6 % et le déficit budgétaire
flirte avec les 6 milliards de francs.
Le
président Rafael Caldera, élu en décembre 1993
sur un programme populiste, a semblé naviguer à
vue. Après avoir supprimé la TVA instaurée
par son prédécesseur, son gouvernement a décrété
des impôts sur les produits de luxe et les opérations
bancaires, impôts dont les bénéfices
paraissent s'être perdus dans les méandres
de l'administration. Dans ces conditions, le système
bancaire, pourtant gavé de narcodollars 10 milliards
de dollars selon la Drug Enforcement Agency nord-américaine
, est au bord de l'effondrement. La Banco Latino,
troisième banque du pays, a connu en février
un krach retentissant. L'ardoise laissée par ses
propriétaires en fuite avoisine les 2 milliards
de dollars. En avril, le bolivar a perdu 30 % de sa
valeur par rapport au dollar. Quant à l'inflation
(environ 55 %), elle a continué de pomper dangereusement
les réserves internationales du pays. Enfin, l'opposition
des industriels vénézuéliens de la
chimie a retardé la signature de l'accord de libre-échange
du «groupe des trois» Mexique, Colombie
et Venezuela , signature qui est finalement intervenue
en juin. Cet accord prévoit la disparition des droits
de douane en dix ans, processus qui doit être engagé
le 1er janvier 1995.
Attaqué
par l'opposition, qui n'a pas manqué de dénoncer
l'incohérence de sa politique économique,
le président Caldera a engagé une épreuve
de force avec la presse, n'hésitant pas à
promulguer une loi qui interdit aux médias de publier
certaines informations économiques «sensibles».
Dans la foulée, il a accusé les journalistes
qui présentent la situation du pays sous un jour
«désastreux» d'être des «criminels
traîtres à leur patrie». Ne disposant
pas de la majorité parlementaire et redoutant les
complots militaires, le président, pourtant élu
avec l'image d'un patriarche sérieux et respectueux
de la pluralité des opinions, a suspendu, le 27 juin,
les garanties constitutionnelles pendant quatre semaines.
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Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002