L'insécurité
et la paupérisation croissantes ont eu raison de
l'image «pacificatrice» du président
Rafael Caldera: fin 1995, les trois quarts de la population
ne lui faisaient plus confiance. Refusant d'appliquer les
consignes du FMI, le gouvernement entend renouer avec la
croissance par l'ouverture de son industrie pétrolière
aux investisseurs étrangers.
Le président Rafael Caldera, élu en décembre 1993,
a hérité d'un pays fortement endetté
(35 milliards de dollars) qui, en plus des sanglantes
émeutes de 1989, a connu deux coups d'État
militaires en 1992 et 1993, et semble accablé
par toutes les crises: sociale, politique, économique
et morale. Bien que l'honnêteté et l'intégrité
du président demeurent reconnues et respectées
ce qui est un atout considérable dans un pays
rongé par la corruption , les Vénézuéliens
n'étaient plus que 25 % à lui faire confiance
en juin 1995, contre 60 % à l'automne 1994.
La véritable psychose de peur qui hante Caracas suffit
à elle seule à expliquer la chute de popularité
du chef de l'État: plus de 50 morts en moyenne par
semaine. Longtemps circonscrite aux quartiers pauvres, et
endémique dans les ranchos (bidonvilles) qui cernent
la capitale, cette violence n'inquiétait pas trop
les classes aisées. Mais depuis 1993, elle déborde
sur les quartiers résidentiels et n'épargne
plus personne.
Cette
atmosphère d'insécurité est le principal
reproche formulé contre le gouvernement du président
social-démocrate. Celui-ci, abandonné par
son parti, Copei, et soutenu, entre autres, par le Mouvement
vers le socialisme et le petit parti communiste, a décidé
de rétablir le 4 juillet 1995 les garanties
constitutionnelles suspendues un an auparavant. Cette privatisation
«partielle» des libertés individuelles
était, selon le chef de l'État, nécessaire
pour tenter de freiner la crise économique dans laquelle
le pays semble littéralement s'enfoncer. L'argument
ne manque pas de justesse tant la récession économique
et la paupérisation ont noué une dialectique
infernale dont l'insécurité et la violence
ne sont que les produits. Reposant essentiellement sur le
pétrole, dont le Venezuela (membre fondateur de l'Opep)
est l'un des principaux exportateurs et dont il tire 70 %
de la valeur de ses ventes à l'étranger, l'économie
a été frappée de plein fouet par la
baisse des prix après 1983. Le pays a été
obligé de revoir à la baisse tous ses programmes
dans la plus grande précipitation. Le secteur étatique,
hypertrophié, s'est retrouvé paralysé,
et l'architecture d'un État providence relativement
généreux a dû être démantelée
par le président Carlos Andrés Pérez
à partir de 1989.
Le
cinquième plan Caldera, présenté à
l'été 1995, n'a pas été
accueilli avec plus d'enthousiasme que les précédents.
On en retiendra le refus de dévaluer la monnaie
politique du bolivar fort , les nouveaux impôts
sur les transactions commerciales, le maintien du très
bas prix intérieur de l'essence et, surtout, le maintien
du contrôle des changes. Sur ce dernier point, R. Caldera
continuait donc, cas unique en Amérique du Sud, de
s'opposer aux consignes du FMI.
Mais
la grande affaire économique de l'année restera
le vote, à la fin du mois de juin, d'une nouvelle
loi ouvrant l'industrie pétrolière vénézuélienne
aux investisseurs étrangers. Vingt ans après
la nationalisation de cette dernière, l'annonce de
ce virage a été aussitôt saluée
à Washington, qui y a vu «la décision
la plus importante prise depuis plusieurs dizaines d'années
dans le domaine pétrolier mondial». Sur le
plan financier, l'opération apparaissait d'ores et
déjà fructueuse: selon Luis Guisti, le patron
de PDV-SA, la société nationale des pétroles
vénézuéliens, ce sont 50 milliards
de dollars de recettes supplémentaires qui entreront
dans les caisses de l'État dans les vingt prochaines
années. En attendant ces jours meilleurs, le chômage
touche près de 20 % de la population, 78 %
des familles vivent en dessous du seuil de pauvreté
et 40 % dans la misère absolue.
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Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002