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L'actualité du Venezuela en 1998

Ancien colonel putschiste et leader d'une gauche insurrectionnelle, Hugo Chavez a été élu démocratiquement à la présidence de la République du Venezuela à l'issue du scrutin du 6 décembre 1998. Cette victoire était annoncée – avec plus de 56 % des suffrages – tout au long d'une campagne électorale dont le cheval de bataille aura été la dénonciation d'une corruption qui coûte au pays environ 15 % de sa richesse. Il reste que le nouveau chef de l'État ne dispose pas de la majorité politique au Congrès et que l'économie vénézuélienne, tout entière indexée sur le cours du pétrole, était à la dérive. Et il lui faudra rassurer les États-Unis, premier débouché pour l'or noir.
C'est peu de dire que la victoire du responsable du coup d'État manqué du 4 février 1992 a provoqué un véritable séisme. À l'évidence, aucun homme politique, depuis le retour de la démocratie en 1958, n'a bénéficié d'un tel soutien populaire, et ses adversaires ont été les premiers à s'étonner de «cette victoire, la victoire d'un peuple», comme l'a souligné à maintes reprises le nouveau chef de l'État. Des adversaires qui n'ont pas caché l'inquiétude qu'ont suscitée les premières déclarations de H. Chavez. En effet, ce dernier a reformulé sa proposition «de désignation d'une Assemblée constituante» par le biais d'un référendum. Et d'ajouter qu'il «appartient au peuple de se prononcer sur les formes de l'avenir du pays», ce qui lui permettrait d'écarter les objections de son opposition selon lesquelles cette démarche est anticonstitutionnelle. Parallèlement, H. Chavez s'est engagé à mettre un terme à l'insécurité, à instaurer une protection sociale et à mettre sur pied un véritable système de santé. Un vaste chantier donc, que l'état calamiteux de l'économie rend bien incertain.
Car si le scrutin présidentiel a suscité de nombreux commentaires inquiets au sujet d'une crise politique, il reste que la crise la plus grave que traverse le Venezuela est d'ordre économique. Avec un baril de pétrole s'échangeant à moins de 9 dollars à la fin de l'année, l'économie paraît moribonde. D'ailleurs, le vaisseau amiral de l'économie, la Société nationale des pétroles vénézuéliens (PDVSA), a donné l'impression d'être malmené dans une bourrasque dont on dénombrait les premières victimes. Phénomène inédit depuis la nationalisation du pétrole, la PDVSA a dû procéder à des licenciements. Aujourd?hui, ce sont 20 % de la population active qui connaissent les affres du chômage. Et les prévisions étaient on ne peut plus pessimistes. Ainsi, l'OPEP, lors de sa dernière réunion en Autriche, envisageait même que l'or noir passe sous la barre des 8 dollars le baril. Il est facile d'imaginer l'ampleur du désastre au Venezuela quand on sait que le pétrole représente 80 % des ventes à l'étranger et des rentrées de devises.
Sur le front des prix, les perspectives n'étaient guère encourageantes, l'inflation frôlant 50 %. Quant au bolívar, la monnaie locale, il se dévaluait chaque jour au point qu'il avait perdu plus de 20 % de sa valeur à la fin de l'année. Parallèlement, la Bourse de Caracas avait chuté de 60 %. Un sombre tableau qu'est venue noircir un peu plus la fuite des capitaux, qui a pris des allures d'exode massif. En novembre, en l'espace d'une seule semaine, environ 1,5 million de dollars ont pris le chemin des banques nord-américaines, de quoi réduire comme une peau de chagrin les réserves internationales du pays, évaluées, fin 1998, à moins de 12 milliards de dollars, soit les plus basses depuis cinq ans. Bref, le nouveau président a hérité d'un pays à l'avenir incertain. Il est vrai que le Venezuela, en dépit de nombreux atouts – dont, on l'a dit, ses réserves pétrolières –, peine à sortir du schéma classique des pays d'Amérique latine en pleine mutation: outre de très fortes inégalités de revenus, la question de l'armée apparaît aussi potentiellement lourde de menaces, car les soulèvements militaires, récents (1992), ne sont pas oubliés.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

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