Accueil

L'actualité du Venezuela en 1999

Elu à la présidence le 6 décembre 1998, Hugo Chavez a entamé en 1999 ce qu'il considère être sa révolution bolivarienne. Fort de sa popularité, et dans le plus pur style populiste, il en a appelé au peuple tout au long de l'année pour refonder un nouveau régime politique.
Le 2 février 1999, l'ancien militaire putschiste a prêté serment sur une constitution qu'il a qualifiée de «moribonde», et a annoncé la tenue d'un référendum pour convoquer une Assemblée constituante. Puis, il a annulé le défilé militaire qui, traditionnellement, ponctue les cérémonies en symbolisant la soumission des militaires aux autorités civiles élues, et l'a organisé le 4 février... en souvenir de sa tentative de coup d'État de 1992, et pour marquer la réconciliation interne aux forces armées.
Au-delà des symboles,Hugo Chavez s'est aussi préoccupé de la façon dont il allait conduire ce qu'il a qualifié de «mission historique de Rédemption». Cette recherche d'efficacité a emprunté trois voies: la diplomatie, la politique intérieure et la réforme constitutionnelle.
Hugo Chavez a beaucoup voyagé tout au long de l'année —en Amérique latine, en Europe et aux Etats-Unis — pour rassurer une communauté internationale quelque peu intriguée par ce nouveau caudillo. Ses différentes prestations à l'étranger lui ont valu de convaincre la communauté internationale des vertus du double langage. On peut être populiste au plan intérieur afin de calmer la soif de changement des 23 millions de Vénézuéliens écœurés par les dérives de leur régime démocratique, tout en étant un responsable avec qui il est possible de négocier sérieusement.
Au plan intérieur justement, Hugo Chavez a présenté un programme de gouvernement en rupture avec le passé qui annonce une «révolution démocratique». Le projet intitulé «Cinq pôles pour une nouvelle République» a jeté les bases d'une telle révolution, qui doit se comprendre comme la recherche d'un équilibre politique, social, économique, territorial et mondial. L'objectif politique est l'édification d'une démocratie participative, débarrassée de la tutelle exercée par les partis politiques traditionnels sur la représentation nationale, et accompagnée de justice sociale. Cela implique une réorientation vers une économie «humaniste, autogestionnaire et compétitive», où l'État «assume un rôle actif dans la dynamisation et la diversification de l'appareil productif, par le biais de l'élaboration d'un Plan de développement national, à court, moyen et long terme». Hormis cette volonté de relancer la planification, qui n'est pas sans rappeler les années 1960, rien de très révolutionnaire ne se trouvait dans les objectifs économiques, qui consistaient en un rééquilibrage macroéconomique plus que nécessaire. L'inflation, un des problèmes majeurs du Venezuela, a notamment été placée au rang des priorités, au même titre que la lutte contre la corruption et l'évasion fiscale. Cette recherche de l'équilibre économique devait s'accompagner d'un effort d'aménagement du territoire et, au plan continental, d'une quête bolivarienne de l'unité latino-américaine.
Enfin, le nouveau président entendait se donner les moyens de conduire sa révolution démocratique. La faiblesse des marges de manœuvre que lui conférait la situation économique a dû être compensée par l'élimination de toute entrave politique à son action. Ainsi, dès son entrée en fonction, il a réclamé au Parlement les pouvoirs spéciaux afin de gouverner par décrets dans le domaine économique. Surtout, il a annoncé son intention de réformer la constitution de 1961 et d'allonger la durée du mandat présidentiel, cinq ans ne suffisant pas à conduire une révolution. Sa volonté de convoquer une assemblée constituante lui a valu l'opposition de l'Assemblée législative fraîchement élue, dont il ne reconnaissait d'ailleurs pas la légitimité. C'est pourquoi son premier décret présidentiel a porté sur la convocation, pour le 25 avril, d'un référendum invitant les Vénézuéliens à se prononcer sur l'opportunité d'élire une assemblée constituante. Les enquêtes montrant que 80 % de la population soutenait son projet,Hugo Chavez entendait à l'évidence corriger les résultats de l'élection législative de novembre 1998. Mais au-delà, il entendait aussi se voir attribuer les moyens de façonner à sa guise un nouveau régime politique.
Le 25 avril, plus de 80 % de l'électorat a approuvé la convocation d'une constituante. Mais avec 60 % d'abstention, il a démontré que ce projet ne l'enthousiasmait guère.
Le président Chavez a alors donné trois mois à l'Assemblée constituante pour travailler, ce qui est bien peu. Les délibérations de l'Assemblée ont donné lieu à de multiples polémiques, mais le 15 décembre une nouvelle constitution a été adoptée par référendum, en dépit de l'opposition des partis politiques, des organisations patronales et de l'Église catholique. Cette nouvelle constitution a donné au président plus de pouvoirs et a façonné une démocratie plus participative. Le mandat du président a été rallongé à six ans, avec la possibilité d'une réélection. Hugo Chavez a déclaré qu'il entendait organiser des élections générales en l'an 2000, tous les élus, y compris lui-même, étant invités à remettre en jeu leur mandat. De nombreux observateurs ont souligné que ces dispositions permettraient à Hugo Chavez d'exercer le pouvoir jusqu'en l'an 2012, ce qui conférerait au Venezuela des allures de dictature. La nouvelle constitution a aussi donné un nouveau nom au pays: la République bolivarienne du Venezuela.
Le jour du référendum, de terribles pluies se sont abattues sur le Venezuela, provoquant la plus grave catastrophe naturelle de l'histoire du pays, avec un bilan humain extrêmement lourd, peut-être supérieur à 50.000 morts. L'économie du pays, qui sortait tout juste d'une très grave récession grâce à la remontée des cours du pétrole, s'est trouvée dramatiquement affectée par la catastrophe. Le PIB a chuté de 9?4 % au premier semestre de 1999 et le pronostic pour l'ensemble de l'année était de -6,8 %, avant la catastrophe.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

 L'actualité en  1994  -  1995  -  1996  -  1997  -  1998  -  1999  -  2000  -  2001 

Le VENEZUELA en France, Belgique, Suisse et Canada

Facebook