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L'actualité du Venezuela en 2000

Deux ans après avoir pris les rênes du pays, Hugo Chávez ne pouvait opposer à ses adversaires politiques un bilan bien glorieux. Pour autant, le retour aux affaires de ces derniers — responsables de fait d'un legs empoisonné — n'a guère paru d'actualité. Le charismatique président a toutefois dû se résoudre à repousser sine die les élections générales, écornant certes son image, mais sans provoquer de réactions de franche hostilité dans la société. Sur le plan économique, malgré la forte remontée des prix du pétrole, le pays a connu une année noire.
L'année 1999 s'était achevée sur l'adoption en décembre, par référendum, d'une nouvelle Constitution. Celle-ci prévoit, entre autres dispositions, la consultation de la société civile pour former le Conseil national électoral (CNE) — dont les membres, jusqu'alors, étaient choisis par la Commission législative, c'est-à-dire le mini-Parlement transitoire composé de partisans du président Chávez et présidé par Luis Miquilena, son principal conseiller. Fort de ce succès, le chef de l'État s'était engagé à organiser un scrutin très large, puisqu'il devait porter sur tous les mandats, de celui du président de la République à ceux des conseillers municipaux, en passant par ceux des députés et des gouverneurs régionaux. Prévues le 28 mai 2000, ces élections ont finalement été reportées après que la Cour suprême eut été alertée par Liliana Ortega, la présidente de Cofavic, une ONG très active au Venezuela ; Cofavic a acquis sa réputation sur le terrain des droits de l'homme, en défendant notamment les victimes de la répression qui avait suivi le soulèvement populaire de 1989.
Report des élections En faisant la démonstration de l'existence de nombreuses défaillances techniques dans le système informatisé de comptabilisation des votes et du manque d'information des électeurs, la jeune femme a convaincu la Cour suprême de stopper le processus. Ce coup de théâtre orchestré par un membre de la société civile en dit long sur la déliquescence et le peu de crédibilité de la classe politique. Ainsi, Mme Ortega a pu sans grande difficulté occuper l'espace laissé vacant par les partis traditionnels. Ces derniers auraient d'ailleurs fait pâle figure en présentant des candidats face aux deux poids lourds de la scène politique que sont les deux anciens commandants putschistes, Hugo Chávez et Francisco Arias Cardenas. Quoi qu'il en soit, l'activisme de la présidente de Cofavic pourrait bien présider à une recomposition du paysage politique. Ainsi, de nombreuses pressions, émanant de son entourage et relayées par les médias, se sont exercées pour qu'elle prenne la tête du Conseil national électoral. Parallèlement, l'Église catholique n'a cessé de réclamer la destitution des membres du CNE, jugés incompétents et, surtout, trop proches du pouvoir «chaviste». Tout au long de la journée du 26 mai, de nombreux manifestants ont défilé devant le siège du CNE en scandant des slogans hostiles à l'institution, tandis que, de leur côté, les partisans du président de la République appelaient à la tenue d'élections rapides et à la «vigilance face au sabotage du processus électoral». À l'inverse, les sympathisants de Francisco Arias alertaient la population sur les risque de fraude et exigeaient la «démission des incapables du CNE». C'est donc dans un climat lourd de tensions que Luis Miquilena a annoncé qu'une nouvelle date serait proposée après l'examen d'un rapport sur les causes du retard de ce scrutin. Finalement, la grande majorité des Vénézuéliens a accueilli avec soulagement la décision du tribunal suprême. Une égale satisfaction était visible dans les milieux d'affaires, qui estimaient que le maintien des élections dans un contexte tendu aurait entraîné le pays dans le chaos. Pour sa part, le chef de l'État sortant, s'il reste encore populaire dans les milieux les plus défavorisés, a vu son audience s'effriter dans les classes moyennes.
Une immense pauvreté Les chefs d'entreprise, jusqu'alors acquis au «chavisme» — on se souvient que la Bourse de Caracas avait progressé de 22 % au lendemain de l'élection de l'ancien putschiste —, ont commencé à lui reprocher de privilégier la politique au détriment de l'économie : la multiplication des consultations électorales entretiendrait un climat de tension peu propice aux investissements dont le pays a pourtant le plus grand besoin. Le temps semble désormais loin où H. Chávez pouvait encore rassurer les investisseurs en déclarant appartenir à la «troisième voie» prônée par le Britannique Tony Blair et en promettant de respecter la propriété privée et les engagements du précédent gouvernement. En dépit du spectaculaire redressement des cours du pétrole — hors Moyen-Orient, le pays dispose des plus fortes réserves d'or noir du monde —, le Venezuela a vu son économie se contracter de plus de 7 %. Il est vrai que le président Chávez a hérité d'une situation catastrophique, que les inondations de décembre 1999 ont encore aggravée. Ainsi, le PIB par habitant est redescendu au niveau qui était le sien en 1968. Les secteurs de la construction, de la sidérurgie et de l'aluminium ont dû procéder à des centaines de milliers de licenciements. Officiellement évalué à 15 % de la population active, le chômage toucherait en réalité plus de 20 % des personnes en âge de travailler. Les signes témoignant de la récession dans laquelle est plongé le pays ne faisaient malheureusement pas défaut en 2000, comme la chute de la consommation des ménages, l'augmentation des non-remboursements de prêts bancaires ou la vague d'occupation de terres, laquelle s'est accompagnée de graves tensions avec les propriétaires. Parmi les mesures les plus spectaculaires prises par le président, c'est bien sûr la réduction de la production pétrolière qui a retenu l'attention. H. Chávez a donc tenu ses engagements auprès de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), contrairement à son prédécesseur Rafael Caldera, qui, en violant avec une grande régularité les quotas d'exportation, avait fait du Venezuela le paria de cette organisation, qui lui reprochait d'être responsable de la surproduction et, par conséquent, de l'effondrement des cours de l'or noir. Aussi, la diminution de près de 20 % de la production vénézuélienne aura largement contribué au retournement du marché. Dans la mesure où le pétrole représente en moyenne près de 70 % des exportations nationales et près de la moitié des recettes budgétaires, le redressement des cours a été bienvenu. Sans que la situation de la grande masse des déshérités soit améliorée, il a permis de réduire de façon substantielle le déficit budgétaire. Quant à la réduction de l'inflation — elle est passée de 35 % à 22 % —, il faut surtout y voir une conséquence de la contraction de l'activité.
Sur le plan extérieur, H. Chávez ne s'est pas départi de ce populisme qui lui a valu les suffrages de ces concitoyens en 1998. C'est ainsi que, au cours des nombreux voyages qui l'ont conduit à l'étranger depuis son élection, il s'est présenté comme le champion du projet bolivarien d'intégration latino-américaine, quitte à endosser les habits de leader d'un tiers monde rejetant les recettes néolibérales.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

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