Depuis
son arrivée au pouvoir en 1999, le président
Hugo Chávez n'a cessé de dénoncer les
méfaits du capitalisme sauvage, responsable, selon
lui, de l'extension de la pauvreté en Amérique
latine. Trois ans plus tard, ce credo n'avait guère
varié. D'ailleurs, l'intense activité diplomatique
déployée cette année a été
pour lui l'occasion de vanter les bienfaits de sa «révolution
sociale», tout en cherchant des appuis financiers
et commerciaux, plus que jamais indispensables eu égard
au caractère désastreux de la situation sanitaire
et sociale.
Un président globe-trotter Nul ne songerait à
reprocher au président Chávez de trop aimer
la sédentarité. Bien au contraire. C'est ainsi
qu'il a littéralement arpenté le monde tout
au long de l'année 2001, à la recherche d'appuis
politiques, de partenaires économiques et d'investisseurs.
On a pu le voir, entre autres, dans la moitié des
pays de l'Union européenne, à Saint-Domingue,
au Québec, à Cuba et en Algérie. Un
emploi du temps chargé, qui ne l'a pas empêché
de recevoir à Caracas le président chinois,
Jiang Zemin, puis son homologue colombien, Andrés
Pastrana, et le chef de l'État mexicain, Vicente
Fox.
À
Saint-Domingue, H. Chávez a réaffirmé
sa solidarité avec Cuba, dénonçant
«le blocus anachronique et injuste» que les
États-Unis maintiennent contre l'île. Il est
vrai que le président vénézuélien
reste indiscutablement le chef d'État dont la conception
de la mondialisation est la plus éloignée
de celle de Washington. Avec ses homologues colombien et
mexicain, il s'est fait l'avocat de la revitalisation des
ensembles sous-régionaux afin de faire contrepoids
à la Zone de libre-échange des Amériques
(ZLEA) chère à Washington. Vis-à-vis
de Jiang Zemin, H. Chávez a voulu administrer
la preuve de «l'indépendance de sa politique
extérieure à l'égard de Washington»
en votant contre les résolutions destinées
à censurer la Chine à la Commission des droits
de l'homme de l'ONU.
Outre
la zone Amérique, le président Chávez
se sera fortement intéressé au Vieux Continent,
consacrant une bonne part de son agenda d'octobre à
visiter les capitales européennes. Avant de se rendre
en Italie, en Belgique, en Autriche, au Portugal et en Grande-Bretagne,
le chef de l'État vénézuélien
a fait une halte à Paris, où il a été
reçu par le Premier ministre, Lionel Jospin, et le
président de la République, Jacques Chirac.
Il a évoqué la situation internationale provoquée
par les attentats terroristes du 11 septembre aux États-Unis.
À cet égard, le président Chávez
a indiqué qu'il partageait «la position extrêmement
ferme que la France a adoptée dans ce combat».
Mais ce sont les intérêts économiques
qui ont été au centre de la visite du président
vénézuélien. Ainsi, deux accords de
coopération entre la France et le Venezuela ont pu
être signés, l'un portant sur la prévention
des catastrophes naturelles et l'autre sur le transport
ferroviaire. Les deux présidents se sont notamment
félicités de l'approfondissement du partenariat
économique qui a pris, en juillet, la forme d'un
accord de promotion des investissements. Les exportations
françaises vers le Venezuela, quatrième client
de la France en Amérique du Sud, qui avaient progressé
de 27 % en 2000, s'élevaient déjà
à 179 millions d'euros pour le premier semestre
2001. On rappellera que, depuis 1999, date de l'entrée
en fonctions de H. Chávez, les investissements français
au Venezuela sont passés de 500 millions à
2 milliards de dollars, en raison de la présence
dans le pays de Pechiney et, surtout, de TotalFinaElf. D'ailleurs,
au cours de sa halte à Paris, le président
Chávez a rencontré le PDG de TotalFinaElf,
Thierry Desmarest. Selon H. Chávez, le groupe
pétrolier a l'intention de procéder à
un investissement de «plusieurs milliards de dollars
dans les cinq ans qui viennent dans le domaine du pétrole,
mais aussi du gaz».
Une trop grande dépendance Il est vrai qu'au Venezuela
le pétrole est roi, puisqu'il représente 80 %
des recettes d'exportation. Le pays dispose en effet d'immenses
réserves, qui le placent au sixième rang mondial
et sur lesquelles repose l'architecture de son développement.
Pour autant, de nombreux spécialistes estiment que
l'extrême dépendance de l'économie à
l'endroit de l'or noir est grosse de tous les dangers, tant
le niveau de vie fluctue au rythme du prix du baril. Certes,
grâce à l'envolée des cours observée
depuis 2000, le Venezuela a pu renouer avec la croissance.
Mais l'analyse des performances économiques du pays
au cours des dernières années indique que
le miracle pétrolier n'a pas eu lieu. Ainsi, une
étude réalisée en 2001 concluait que
la pauvreté s'est accrue au cours des vingt dernières
années plus que dans tout autre pays d'Amérique
latine. À cet égard, les chiffres disponibles
sont accablants : le taux de pauvreté serait passé
de 26,4 % en 1982 à 57,1 % en 2000. Sur
cette même période, les salaires réels
ont chuté de 70 %. Paradoxalement, l'accroissement
de la production pétrolière a entraîné
une augmentation de la misère. En zone rurale, la
pauvreté touche 84 % de la population, contre
34 % à Caracas. Quatrième puissance d'Amérique
latine compte tenu des résultats macroéconomiques,
le Venezuela se trouve pourtant dans une situation sanitaire
et sociale épouvantable.
En
clair, tout se passe comme si les points de croissance obtenus
au cours des périodes où le baril s'est négocié
à bon prix ne servaient qu'à contenir la montée
en puissance de la pauvreté.
Dans
ces conditions, la «révolution sociale»
dans laquelle H. Chávez a engagé le Venezuela
tardait à porter ses fruits. Sans doute la population
continue-t-elle de soutenir le président sa
cote de popularité s'élevait à 69 %
au début de l'année , mais quelques
nuages ont commencé à s'accumuler à
l'horizon. Ce furent, au début de l'année,
d'insistantes rumeurs de putsch, qui ont contraint le président
à annuler un voyage au Vatican au mois de février.
On a également enregistré une très
forte augmentation des manifestations de rue. De même,
l'insécurité a continué de gagner du
terrain avec les effets négatifs induits sur le tourisme
un secteur qui représente déjà
6 % du produit intérieur brut et que le gouvernement
entend développer.
Les
milieux d'affaires sont loin de partager la confiance dont
font montre, nous l'avons dit, la majorité des Vénézuéliens.
Les chefs d'entreprises restent pour le moins dubitatifs
quant aux capacités de gestion du président.
Les couches aisées de la population sont littéralement
effrayées par ses discours enflammés et révolutionnaires,
et par sa dévotion affichée à l'égard
de Fidel Castro. Signe de cette méfiance, l'investissement
était au point mort en 2001, un immobilisme qui tranchait
avec la fuite des capitaux, spectaculaire et ininterrompue
depuis 1999. On se souvient que cet ancien officier putschiste
s'était fait élire sur un programme qui faisait
la part belle à la lutte contre la corruption et
les détournements de fonds. Trois ans plus tard,
force était de constater que, sur ce front-là,
les résultats se tenaient à bonne distance
des promesses. Des centaines de millions de dollars ont
été détournés par l'armée
dans le cadre d'un programme, dit «plan Bolivar»,
destiné à venir en aide aux plus défavorisés.
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Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002