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L'actualité brésilienne en 1997

Candidat à sa propre succession dans la perspective des élections générales de 1998, le président Fernando Henrique Cardoso a semblé en 1997 disposer d'une marge de manœuvre relativement confortable. Mais les succès remportés contre l'inflation ne mettent pas le père du «plan real» à l'abri des critiques. La contestation populaire, relayée par un épiscopat tout-puissant, est venue lui rappeler que, si le Brésil était sorti de l'ornière inflationniste, les fruits de la croissance étaient loin d'être équitablement partagés.

Populaire pour avoir jugulé l'inflation, fort d'une confortable majorité parlementaire alliant son parti (le Parti social-démocrate brésilien) à trois formations de droite, Fernando Henrique Cardoso a gouverné depuis 1995 dans un état de grâce d'une longévité exceptionnelle. Pourtant, les sondages qui se sont accumulés tout au long de l'année 1997 auront tous dit la même chose: la cote de popularité du président accuse un brutal déclin.

La levée de l'obstacle constitutionnel Par 64 voix contre 12, le Sénat brésilien a adopté en deuxième lecture, le 4 juin, le projet d'amendement constitutionnel autorisant le président de la République, les gouverneurs des États et les maires à briguer un second mandat de quatre ans. La nouvelle loi électorale entrera en vigueur dès le scrutin présidentiel et législatif d'octobre 1998. Seule l'affaire des pots-de-vin pouvait paraître de nature à compliquer l'adoption de cet amendement. Mais là encore, le chef de l'État a su jouer du plan real, la liquidation de l'inflation valant absolution. Ainsi, sous prétexte que la commission d'enquête parlementaire réclamée par l'opposition serait susceptible de paralyser l'examen au Congrès des réformes fiscales, administratives et sociales que le gouvernement juge indispensables à la poursuite du plan real, les partis de la majorité présidentielle ont choisi de bloquer tout le processus.

Il aura suffi ensuite de sacrifier deux députés d'Amazonie pour mettre un terme à cette affaire. Ces derniers, piégés par des écoutes clandestines au moment où ils avouaient avoir monnayé leur suffrage pour 200?000 dollars, ont en effet préféré se démettre de leur mandat plutôt que d'encourir une éventuelle destitution sommaire.

L'opposition de l'Église L'Église brésilienne, qui représente l'institution la plus respectée du pays, n'entend certes pas donner quitus au président de sa politique économique et sociale. Loin s'en faut. Comme le soulignait le célèbre présentateur de télévision Boris Casoy, «dans ce pays, il est toujours dangereux de se mettre l'Église à dos». Un constat qui prenait acte des relations de plus en plus tendues entre le chef de l'État et la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB).

C'est ainsi qu'en avril la «longue marche» triomphale sur Brasilia de 1.500 militants du Mouvement des sans terre, placée sous la bénédiction de l'épiscopat, est venue rappeler que l'ordre néo-libéral n'était pas du goût de tous. En critiquant sans ambiguïté la politique économique en vigueur, la 35e assemblée générale de la CNBB a officialisé le contentieux. Adoptée à l'unanimité des 266 évêques présents, la déclaration finale, intitulée «Vie avec dignité», affirme que «le cadre chronique d'exclusion et de misère dans lequel tentent de survivre des millions de Brésiliens, surtout des enfants, est aujourd?hui la conséquence directe de l'ordre économique néo-libéral qui privilégie le profit et le capital au détriment de l'être humain».

Et encore n'est-ce là qu'une version édulcorée du texte, littéralement incendiaire, qui lui a servi de base. En effet, le document préliminaire dénonçait la corruption active du gouvernement, accusé de pratiquer l'«achat de vote au Congrès». On l'aura compris, le scandale des pots-de-vin n'avait pas échappé à l'épiscopat. Le président Cardoso, ébranlé par la violence du réquisitoire, avait déclenché les premières attaques directes de la CNBB contre son gouvernement en se plaignant auprès du pape – qui l'avait reçu en audience le 14 février au Vatican – de l'«engagement excessif» du clergé brésilien aux côtés des défenseurs de la réforme agraire. Il est clair que l'élection, en 1995, du cardinal Lucas Moreira Neves – présenté alors comme l'homme de confiance du pape – à la tête de la CNBB n'a pas abouti à la normalisation que le président appelait de ses vœux.

De toute évidence, l'Église brésilienne n'entend pas renoncer au droit d'ingérence qu'elle s'est octroyé sur la question des droits de l'homme, face à la dictature militaire, de 1964 à 1985: F. H. Cardoso, ancien exilé politique, peut difficilement s'en indigner. Mais les reproches de l'épiscopat contre le pouvoir fédéral vont bien au-delà des divergences macroéconomiques, comme en témoigne la privatisation de la Compagnie minière Vale do Rio Doce (CVRD), qui a mobilisé la CNBB au sein d'un front d'opposition hétéroclite rassemblant, de l'extrême gauche à l'extrême droite, outre l'Église, les syndicats, le Parti des travailleurs, les anciens présidents José Sarney et Itamar Franco, et des survivants de l'ex-régime militaire.

Des déficits inquiétants En dépit de l'obstination des opposants à la privatisation – suscitant plus de cent recours, celle-ci a donné lieu à une véritable guérilla juridique qui a obligé le gouvernement à engager quelque 600 avocats –, l'affaire a finalement abouti. Le montant de la vente (3,14 milliards de dollars) doit être utilisé pour réduire de 1,34 % la dette publique et financer des projets d'infrastructure et de développement dans les États où la CVRD est présente.

La détermination des pouvoirs publics a été observée avec intérêt par les institutions financières internationales et les investisseurs étrangers. Ainsi, la Nation Bank (États-Unis), après avoir apporté 1?5 milliard de dollars à l'opération, a immédiatement annoncé qu'elle était prête à investir autant, puis à doubler la mise en 1998. Une décision qui devait permettre au gouvernement d'obtenir, en 1997, les 16 milliards de dollars d'investissements directs étrangers nécessaires pour combler le trou que creuse dans les comptes courants un déficit commercial sans cesse élargi: à la fin du second trimestre 1997, celui-ci était déjà de 4 milliards de dollars.

Rassuré jusqu'à présent par les perspectives de ces investissements – ils avaient comblé 40 % du déficit des comptes courants en 1996 –, le gouvernement a décidé de resserrer sa politique: fin mars, il supprimait les délais de paiement accordés aux importateurs; début mai, il s'attaquait à la consommation en alourdissant l'impôt sur les opérations financières dans le but de renchérir le crédit.

Toutefois, le gouvernement ne peut pas prendre le risque de freiner la croissance et l'emploi, surtout à l'approche d'une élection présidentielle. D'où la tentation à laquelle pourraient céder le président et ses alliés de repousser au-delà du prochain scrutin la mise en chantier de réformes susceptibles de mécontenter les contribuables, et les fonctionnaires en particulier.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

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