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L'actualité brésilienne en 1999

La crise de la monnaie brésilienne, le real, a donné le ton au reste de l'année, bien plus sûrement que le début officiel du deuxième mandat du président Fernando Henrique Cardoso, le 1er janvier. La catastrophe a finalement été endiguée, mais elle a balayé les espoirs que la réussite initiale du plan real avait soulevés. Le Brésil semble revenu au temps des demi-mesures, des ajustements et des arrangements qui assurent au pays une certaine croissance, mais laissent la majorité des Brésiliens se battre au jour le jour contre la précarité et les difficultés.

La chute du real Dès le 5 janvier en effet, Itamar Franco, nouveau gouverneur du Minas Gerais, et ancien président de la République, annonçait un moratoire sur les dettes intérieure et extérieure de son État. Cet éclat a porté le coup de grâce à une monnaie que, depuis plusieurs mois, la banque centrale s'épuisait à défendre, en raison de la candidature à sa propre succession de Fernando Henrique Cardoso. Le destin national du Président s'était en effet bâti sur la solidité du real. Le 12 janvier, le président de la Banque centrale Gustavo Franco, champion de cette politique, quitte ses fonctions et est remplacé par Francisco Lopes, lui-même évincé le 2 février par Armínio Fraga.

Le 13 janvier, le real est dévalué une première fois de 8,3 % par rapport au dollar, sans que sa chute soit enrayée. La crise brésilienne provoque la panique sur la plupart des places boursières du monde. Le gouvernement brésilien décide alors de laisser flotter sa monnaie, dont la valeur est désormais fixée par le marché. Le Brésil doit en hâte demander l'aide du FMI, en promettant de procéder à des réformes structurelles de ses finances publiques. À partir de la mi-janvier, le real commence une course irrégulière qui lui fait atteindre début février le cours minimum de 2,17 reals pour 1 dollar, mais semble s'être stabilisé en novembre et décembre autour de R$ 1,80 pour 1 US$.

Les analyses pessimistes qui pronostiquaient le retour au grand galop de l'inflation et une récession dramatique ont été démenties par le comportement de l'économie brésilienne. La situation du Brésil a commencé à se rétablir dans la seconde quinzaine de mars. Le PIB a finalement progressé de 0,6 %, l'inflation a été contenue sous les 10 %, le taux de chômage est resté stable (7?3 % de la population active).

D'autres indicateurs incitent cependant à la prudence. Le taux directeur de la banque centrale, qui avait atteint 45 % par an en mars, est toujours à 19 % à la fin de l'année. La dévaluation du real n'a pas permis de limiter le déficit de la balance commerciale qui s'élève à 1,3 milliard de dollars. L'ensemble des déficits publics a crû de manière spectaculaire, et la reprise économique en mars a ralenti l'ardeur du Congrès à procéder aux réformes promises. Les plus modestes et les classes moyennes sont les principales victimes de l'austérité et ont vu leurs revenus baisser sensiblement.

La chute brutale du real a porté aussi un coup sérieux au Mercosul. Les produits argentins, dont un tiers était exporté vers le Brésil, perdent du jour au lendemain leur compétitivité. La balance commerciale s'inverse entre les deux pays et devient favorable au Brésil. Les deux partenaires multiplient les mesures réciproques de protection et de rétorsion. En juillet, le Brésil décide même de saisir l'Organisation mondiale du commerce à propos des droits que l'Argentine vient d'imposer sur l'entrée de textiles brésiliens. Le sucre, les chaussures, les automobiles, sont les éternelles pommes de discorde qui freinent la construction du Marché commun du Cône sud.

Un début de mandat en forme de fin de règne Les effets politiques et moraux de la crise ont persisté malgré l'embellie observée depuis la mi-mars. La popularité de Fernando Henrique Cardoso ne s'est pas relevée avec la convalescence du real. En octobre, un sondage rappelle que 60 % des Brésiliens jugent son gouvernement «mauvais» ou «très mauvais». L'impression qu'il a été dépassé par les événements et la perte de confiance en ses capacités ne se dissipent pas.

La dévaluation du real a en outre été entachée de scandale. Il apparaît rapidement que, lors de la crise de janvier, la banque centrale du Brésil a favorisé les banques privées, Marka et Fonte Cindam, lesquelles ont réalisé de beaux bénéfices grâce à la dépréciation de la monnaie et à leurs relations bien placées. Une commission d'enquête parlementaire (CPI) est formée pour éclaircir l'affaire et implique Francisco Lopes, l'éphémère président de la banque centrale. Une perquisition a même lieu le 16 avril à son domicile. Les questions de la presse et de l'opposition inquiètent un temps le ministre des Finances, Pedro Malan, pilier du gouvernement Cardoso.

Le gouvernement n'a pas réussi à faire adopter par le Congrès son programme de réformes, à l'exception d'une modification partielle du financement de la Sécurité sociale. Plusieurs fois, le Planalto (la Présidence) a donné des signes d'impuissance ou d'atermoiements. En juin, la nomination d'un ancien tortionnaire de la dictature militaire à la tête de la Police fédérale provoque un tollé et oblige le gouvernement à le changer au bout de 3 jours. En juillet, l'État de Bahia, qui cherche à attirer l'entreprise Ford moyennant des cadeaux fiscaux considérables obtient le vote par le Congrès d'un amendement ad hoc, contre l'avis du Président et de Pedro Malan.

La coalition qui soutient Fernando Henrique Cardoso sort également ébranlée de la tempête monétaire. Les rivalités internes s'aiguisent. L'attelage gouvernemental paraît parfois tirer à hue et à dia. Les ministres s'égratignent par petites phrases interposées ou sont contestés dans leur propre majorité. Les partis au pouvoir cherchent surtout à se désolidariser d'un président impopulaire. La course aux présidentielles de 2?002 s'est de facto ouverte dès les premières semaines de son second mandat.

Le président du Sénat, Antônio Carlos Magalhães (Partido da Frente Liberal (PFL), Bahia), adopte de plus en plus la posture d'un présidentiable. Il lance l'idée d'un impôt destiné à supprimer la pauvreté, multiplie les déclarations sur tous les sujets et patronne la mise en place au Sénat fédéral de nombreuses commissions d'enquête parlementaire. Il s'en prend notamment à la Justice.

L'opposition tire peu profit de l'impopularité de Fernando Henrique Cardoso. Elle réclame dans un premier temps le déclenchement d'une procédure d'impeachment à l'encontre du Président, avant de se diviser sur le sujet et d'y renoncer. Un front comportant les Partido dos Trabalhadores(PT), Partido Democrático Brasileiro(PDT), Partido Comunista do Brasil(PC do B), Partido Comunista Brasileiro(PCB), organise une «Marche des 100.000» à Brasília en référence à une célèbre manifestation qui avait eu lieu à Rio en 1968 contre le régime militaire. En fait, 60.000 manifestants, - ce qui est considéré ni comme une victoire, ni comme un échec -, défilent aux cris de «Dehors FHC, dehors FMI» dans la capitale fédérale en août 1999. L'hostilité à Fernando Henrique Cardoso pousse le PT à de paradoxales alliances de circonstances. Le parti, qui défend les droits du prolétariat rural et milite pour la réforme agraire, apporte en août son soutien aux revendications des latifundiaires qui exigent en vain du gouvernement une remise de 40 % de leurs dettes.

Dans la perspective des présidentielles de 2002, le paysage politique est marquée par l'ascension dans les sondages de Ciro Gomes, un ancien ministre des Finances qui avait réussi une jolie percée aux élections de 1998. Son parti, le Partido Popular Socialista (PPS), né en 1991 de la rénovation du PCB, a le vent en poupe, comme en témoigne les nombreuses et récentes adhésions qu'il récolte parmi le personnel politique. Ciro Gomes attire à lui les déçus du real, ceux qui trouvent que la droite représentée par le PFL occupe une place trop importante dans la coalition gouvernementale, et les électeurs sensibles à une gauche modérée et gestionnaire. Il affirme faire opposition au PFL et laisse ouverte la possibilité d'une alliance avec le Partido da Social Democracia Brasileira (PSDB), co-fondée en 1987 par Fernando Henrique Cardoso.

Depuis ses montagnes du Minas Gerais, le gouverneur Itamar Franco continue à guerroyer contre les privatisations et le néo-libéralisme. Élu historique du Partido do Movimento Democrático Brasileiro (PMDB), il a enjoint à son parti - dont il aimerait porter les couleurs en 2002 - de retirer son soutien au gouvernement fédéral. Son ultimatum, fixé au 25 janvier 2?000, devrait se solder par un changement d'étiquette.

L'année des Commissions d'enquête parlementaire (CPI) Si les CPI sur les banques, sur la justice, sur la falsification des médicaments, ne défraient pas la chronique, la commission consacrée au trafic de drogue a apporté des révélations. Elle a mis au jour l'existence de véritables cartels. Jusqu'alors le Brésil était perçu comme une simple voie de passage de la cocaïne produite du côté colombien, péruvien et bolivien de la frontière amazonienne. Les investigations fédérales ont commencé à démanteler dans l'État de l'Acre une organisation criminelle employant plus d'une dizaine de milliers de personnes et dirigée par des hommes politiques locaux (dont deux anciens gouverneurs), policiers, magistrats et chefs d'entreprise. En septembre, l'immunité parlementaire du député Hildebrando Paschoal (PFL, Acre) a été levée. Ancien commandant de la Police militaire, celui-ci est accusé de plusieurs assassinats et atrocités diverses et a été incarcéré. Ses suppléants risquent aussi des poursuites en justice. Des cartels comparables sont sans doute à l'œuvre dans d'autres régions du Brésil.

Le député fédéral Augusto Farias (PFL, Alagoas) a été également mis en examen dans les morts mal éclaircies en 1996 de son frère Paulo Cesar, qui centralisait la lutte contre la corruption sous le gouvernement Collor, et de sa compagne Susana Marcolino. Un premier rapport d'autopsie avait conclu à un homicide suivi d'un suicide. Une nouvelle expertise conclut à un double assassinat et relance l'enquête.

La CPI du narcotrafic réveille indirectement la question militaire. Une conseillère du ministre de la Défense Élcio Alvares est inquiétée par l'enquête parlementaire et est démise de ses fonctions. Cet épisode inspire un commentaire désobligeant au commandant de l'aéronautique, Walter Werner Bräuer, qui est immédiatement remplacé le 17 décembre pour manquement à la hiérarchie. Bräuer reçoit les témoignages de solidarité et d'indignation d'une partie de sa corporation. Derrière l'anecdote apparaissent les résistances des militaires à la création du ministère de la Défense, une des rares innovations du second gouvernement Cardoso. Pour la première fois, un civil chapeaute les différentes armes, lesquelles disposaient chacune auparavant d'un ministère dirigé par un officier supérieur. La crédibilité de la réforme était en jeu et le Président, en rappelant la subordination du brigadeiro Bräuer à la hiérarchie civile, a montré sa détermination.

Au chapitre des disparitions, il convient de rapprocher la mort à quelques jours de distance de deux figures antithétiques de l'Église catholique brésilienne. Le 27 août, disparaît l'ancien archevêque de Recife, dom Hélder Câmara, âgé de 90 ans, et le 5 septembre, dom Geraldo Sigaud, 89 ans, ancien évêque de Diamantina. Le souvenir du premier est associé à l'option de l'Église pour les pauvres et à la dénonciation de la répression sous la dictature. Le second était un des fondateurs du mouvement «Tradition, Famille, Propriété», favorable au régime issu du coup d'État de 1964.

© Hachette Multimédia / Hachette Livre, 2002

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