Les droites nationales en France aux législatives de 2007.
Mon analyse des résultats.
Le Front National, entre 2002 et 2007 est passé de 11.3% à 4.29% soit un effondrement de près de 60% des voix, une catastrophe électorale comme jamais ce parti depuis ses premiers succès en 1984 aux Européennes n’avait connu. Au milieu de cette débâcle, Marine Le Pen, avec 24.47% des voix dans la quatorzième circonscription du Pas de Calais (Hénin-Beaumont), s’en sort très honorablement, faisant cinq points de plus que son colistier Steeve Briois en 2002 (20.04%), dans un contexte national très défavorable. En étudiant de près les résultats de cette circonscription, on y découvrira pourtant d’étranges anomalies qui me paraissent riches d’enseignement. Le Mouvement National Républicain de Bruno Mégret tombe à 0.38% contre un peu plus de 1% en 2002, alors que dans le même temps le Mouvement pour la France de Philippe de Villiers fait 1.2%, avec une légère progression, et obtient deux députés en Vendée. Nissa Rebella, la liste identitaire de Nice, s’en sort honorablement, tous ses candidats approchant ou dépassant les 2.5%. Enfin les nationalistes corses, cette fois unifiés, progressent fortement dans leur région.
1- L’effondrement du Front National.
L’Alsace est l’une des régions où le Front National a fait généralement les meilleurs scores, mais en 2007 la situation est très différente. Dans le Bas-Rhin, le meilleur score obtenu est de 7.21% des voix, et en moyenne les candidats perdent 50% des voix obtenus en 2002. Dans la deuxième circonscription, où Robert Spieler (Alsace d’Abord) avait fait 12.84% en 2002, le candidat du FN a fait 4.53%. La chute dans le Haut-Rhin est également spectaculaire, malgré la résistance du couple Binder sur Mulhouse (7.94% pour monsieur, 8.72% pour madame), avec une perte sur la ville de quand même plus de 55%.
En PACA, la chute est également vertigineuse, confirmant la tendance indiquée par les résultats présidentiels. A Nice, où le FN dépassait les 20% dans quatre circonscriptions, et frôlaient de peu ce chiffre dans trois autres, il ne parvient pas, cette fois, à dépasser le score maximal de 8.52% des voix à Menton, et sur la ville, il oscille entre 5 et 8%, avec une moyenne aux alentours de 6. A Marseille, l’effondrement est considérable, avec dans certaines circonscriptions près de 70% de pertes. Durbec atteint péniblement les 8%, et Ravier parvient au score de 11.83%, score estimable donc puisque au-dessus de 10% mais dans une circonscription où le FN avait fait 26% en 2002. Les autres villes symboliques du vote FN présentent une situation analogue, avec seulement 5.95% à Gardanne, 7,38% à Marignane (pourtant mairie de l’ex-FN ex-MNR Simonpierri), 6.61% à Arles. A Toulon (ancienne mairie FN), le FN tourne aux alentours de 7% environ. Enfin, à Avignon il fait 7.79% (contre 19.3% en 2002), 7.84% à Carpentras, et 4.44% à Orange.
En Rhône Alpes, les résultats sont catastrophiques, avec sur Lyon une moyenne inférieure à 4%, et un Bruno Gollnisch à 6.95% des voix, score qui le met en difficulté par rapport aux autres prétendants à la direction du parti. A Villeurbanne même, Poncet (FN) fait 4.63% des voix, contre 14.94% en 2002. A Paris, dans seize circonscriptions sur 21, le FN a un score inférieur à 3%, et dans les cinq restantes, il dépasse de très peu les 3%, ce qui rappelle les scores du MNR il y a quelques années. A Argenteuil, ville où Le Pen avait fait un discours en faveur des « français de branche », le FN fait 5%, et dans la banlieue parisienne, le score est généralement aux environs de ce chiffre.
Outre l’Alsace, l’Est est d’une manière générale défavorable au parti de Le Pen, avec quelques résistances locales, comme Troyes-Est où Bruno Subtil obtient 9.51% des voix, ou encore à Saint-Dizier avec 9.23%. En Lorraine, Jean-Luc Manoury fait 6% à Lunéville, alors que Thierry Gourlot fait seulement 5.7% sur Metz. A Toul, à Saint-Avold, à Thionville, à Pont à Mousson, c’est l’hallali. Dans les Vosges, le FN dépasse les 6% en moyenne, ce qui est honorable par rapport aux autres départements de Lorraine. En revanche, Picardie et Nord-Pas de Calais résistent mieux, comme on pouvait s’y attendre, malgré là aussi des scores médiocres. A Lens, le FN fait 11.63% (contre 24.24%), à Cambrin Eric Iorio fait 9.46% (contre 18.47%), et Carl Lang fait 11.6% (contre 24.26%) à Maubeuge, malgré une excellente campagne ; enfin Christian Baeckeroot, ennemi déclaré de Marine Le Pen, fait 8.2% dans sa circonscription.
Il est également intéressant d’observer les résultats des dirigeants les plus importants du dit parti. Le secrétaire général, Louis Aliot, fait 6.75% des voix, soit un score médiocre et ce malgré la présence de celui-ci sur les media et sa proximité avec Marine Le Pen. Son anti-régionalisme a pu contribuer à le rendre peu populaire dans une région qui tient à son identité. Roger Holeindre, en région parisienne, fait 5.42%, ce qui est conforme aux scores qui y sont enregistrés pour le FN. Martial Bild fait 3.7% à Paris, le meilleur score du FN dans la capitale, alors que Farid Smahi fait un médiocre 2.57%. Jean-Claude Martinez fait 7.41% des voix dans sa circonscription. Bruno Bilde en Champagne-Ardenne atteint de peu les 7%. Louis-Armand de Bejarry fait 1.94% dans une région électoralement sinistrée pour son parti.
En Corse, Olivier Martinelli, qui avait réussi à mobiliser l’électorat en faveur de Le Pen aux présidentielles, dans une région où le parti avait légèrement progressé entre 2002 et 2007, alors que le score s’effondrait dans le reste du pays, avec 15,6% en moyenne en Corse (contre 10.44%, score national), les législatives ne confirment pas. Martinelli ne fait que 4.23% des voix contre 6.88% en 2002.
Ainsi, le FN perd ses plus anciens bastions, ses villes symboles, comme Dreux, où il n’atteint que 7.77% des voix, contre 18.53% cinq ans auparavant. Il s’effondre en Alsace, en Provence, en Rhône-Alpes, des régions habituées à des scores du FN à deux chiffres aux législatives. Dans le Nord-Pas de Calais, même si la perte semble moindre, elle reste pourtant très importante, puisque le score de Carl Lang est 60% inférieur à celui du FN en 2002 dans cette ville. Dans l’Ouest, le FN est laminé, comme il est à Paris, à Strasbourg et à Lyon.
Cette élection laissera des traces durables et on peut fortement douter que ce parti pourra s’en relever. On se souviendra qu’avec près de 11% en 1984, le FN s’était créé un espace politique, au détriment notamment de la droite et du Parti Communiste. Même si les législatives avaient toujours été plus difficiles pour le FN, avec un seuil maximal atteint de 15% en 1997, et minimal de 9,5% en 1988, jamais il n’avait connu de scores aussi médiocres, y compris ses personnalités, à une exception près.
2- L’anomalie Hénin-Beaumont.
Alors que le Front National perdait environ 65% de ses électeurs entre 2002 et 2007, et que tous ses dirigeants tombaient à des scores d’une grande médiocrité, à l’instar de Bruno Gollnisch, Marine Le Pen non seulement résistait dans sa circonscription mais progressait même de cinq points. Sa notoriété médiatique a pu évidemment jouer en sa faveur, mais dans un tel contexte politique, cela paraît étonnant, d’autant plus que ce n’est pas la première fois qu’elle se présente à des élections, et qu’en général ses scores ont été très décevants.
Cette anomalie s’explique davantage lorsque l’on compare les résultats de 2002 et ceux de 2007, et que l’on observe également ce qui se passe dans les circonscriptions voisines. A Hénin-Beaumont en 2002, la droite, qui présentait deux candidats, l’un pour le Parti Républicain, l’autre pour l’UMP-RPR, avait totalisé, et cela sans effet Sarkozy, environ 22% des voix, sa division ayant permise à Briois (FN) d’obtenir avec 20,06% des voix le second score derrière celui du candidat du PS. En 2007, le MoDem ne progresse que d’un point par rapport à l’UDF de 2002, une UDF à l’époque classée indéniablement à droite, et alors que le contexte est plutôt à un recul du parti (7,6% comme score national pour le MoDem). Le MoDem sur Hénin-Beaumont fait 13.24% des voix en 2007 alors que François Bayrou lui-même n’avait fait que 11.5% dans cette circonscription aux présidentielles [où il avait fait un excellent score], et le candidat du PS progresse de deux points dans un tel contexte. Or c’est dans ce cadre là que Marine Le Pen fait 24.47% des voix, donc près de cinq points de plus que le candidat FN précédent, et se retrouve au second tour, certes en ballottage très défavorable, alors que son parti sombre. Et ce résultat lui permet de trôner sur les plateaux TV, de diminuer aux yeux des militants le traumatisme d’un effondrement total, alors que le bilan de Marine Le Pen est loin d’être brillant, et de se placer en tête des successeurs possibles de son père.
Dans le département, l’UMP a fait progresser la droite de près de 9% dans les différentes circonscriptions. A Cambrin, où se présentait son ex-mari Eric Iorio, l’UMP progresse même de treize points, au détriment du MoDem/UDF et bien sûr du Front National. Voici la progression de l’UMP en points sur les autres circonscriptions. +9 dans le 13ème, +7 dans la 12ème, stagnation dans la 10ème en raison d’un candidat extérieur qui fait 12.48%, +9 dans la 9ème, +4 dans la 8ème avec un candidat PS fort et en progression, +13 dans la 7ème, +8 dans la 5ème, +11 dans la 2ème, enfin +14 dans la 1ère. Seuls les 4ème, 6ème et 7ème voient l’UMP stagner, mais dans un contexte d’une progression ou d’une résistance du PS.
Ainsi, à Hénin-Beaumont, si la tendance avait été respectée, le candidat de l’UMP aurait dû faire au moins les 22% de la droite en 2002, si le candidat de gauche faisait un très bon score, alors qu’il ne progresse que de deux points, et probablement aux alentours de 30% sinon. Or le candidat de l’UMP n’a fait que 12.95% des voix, soit dix points de moins qu’en 2002, et on se doute bien que c’est la seule raison qui explique le score de Marine Le Pen, qui selon toute logique aurait dû être éliminée à l’issue du premier tour. Or le candidat UMP n’a fait aucune campagne sur le terrain, ne s’est absolument pas revendiqué du nouveau président élu, et est par ailleurs d’origine nord-africaine. On sait bien que la droite traditionnelle a tendance à proposer à des candidats des minorités visibles des circonscriptions considérées comme perdues. Pourquoi l’UMP n’a-t-il pas présenté à Hénin-Beaumont un candidat qui aurait mené une vraie campagne, alors que dans tout le département, l’UMP a investi et ainsi a nettement progressé ?
Ce qui s’est passé c’est que l’électorat de droite a préféré voter pour Marine Le Pen que pour le candidat proposé par l’UMP, sans doute en raison des origines de ce dernier, et sans doute aussi parce que celui-ci n’a mené aucune campagne et était donc invisible. L’explication la plus logique c’est qu’il y a eu une négociation entre l’UMP et le FN, voire entre Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen, afin que cette dernière ne soit pas confrontée à une vraie concurrence et puisse ainsi, à l’inverse de la tendance nationale et des scores de son parti, briller, ce qui lui permet naturellement d’être plus forte au sein du FN, ses adversaires étant brisés.
La manœuvre est évidente, Sarkozy souhaite que la fille de Le Pen soit à terme la dirigeante de cette formation, puisque son discours très politiquement correct, en cas d’alliance UMP-FN en 2012 [mais on devine que comme avec le MSI, le logo disparaîtra et le nom du mouvement changera peut-être], permettrait une coalition de droite, comme en Italie. Les déclarations provocatrices et extrémistes de Jean-Marie Le Pen ne permettaient pas en revanche une telle alliance, et il faudra attendre le départ du vieux chef pour que sa fille puisse faire son aggiornamento, et on devine que son premier geste sera d’aller à Yad Vashem. En attendant, Le Pen annonce des purges et des licenciements. L’opposition interne sera la première visée.
3- Les résultats des autres formations de droite nationale.
Le Mouvement National Républicain de Bruno Mégret connaît lui aussi une perte de près de 66% de voix en cinq ans, puisqu’il passe d’environ 1.1% des voix à 0,38%, un score qui rappelle les 0,29% du MNR aux élections européennes de 2004. Pire encore, cet effondrement coupe la subvention d’état accordée au parti depuis 2002, car le MNR n’a pas réussi à dépasser 1% dans cinquante circonscriptions, alors qu’il était présent dans 379 d’entre elles. Bruno Mégret, dans son ancien fief de Vitrolles, ne fait que 2.03% des voix, le candidat FN, le propre majordome de Le Pen, une provocation évidente de ce dernier, faisait plus de 7%. Son épouse, Catherine Rascovski, dans la région parisienne, ne fait qu’un triste 0.63%, alors que Nicolas Bay, à Sartrouville, parvient à 1.34%, soit l’un des « meilleurs » scores du parti. En Provence, le MNR est totalement laminé de même qu’en Alsace, devancé même par les candidats MPF lorsqu’il y en a. Sans argent, avec un résultat désastreux, le MNR pourtant continuera d’exister par la persévérance, insensée, de son dirigeant.
Le Mouvement pour la France de Philippe de Villiers a réalisé un score de 1.2% des voix, soit une légère progression, puisqu’il fait 0.8% en 2002, auquel il faudrait peut-être ajouter les 0.3% du RPF de Pasqua. Les scores sont extrêmement faibles, sauf dans certains bastions ou grâce à certains candidats. En Vendée, deux MPF sont élus avec le soutien de l’UMP, Véronique Besse (60.96%) et Joël Sarlot (52.12%), les députés sortants. Alexandre Varaut, à Bobigny, réussit à obtenir 8,11%, Jérôme Rivière (proche du MPF) fait 9.84% à Nice I, Guillaume Peltier à Tours I fait 5.92%. L’ex-FN ex-MNR et désormais MPF Philippe Adam réalise le score de 2.5% à Salon de Provence. Enfin, Jacques Bompard, maire d’Orange, ex-FN devenu MPF, réalise le bon score de 19.72%, alors qu’il faisait toutefois 34% lorsqu’il était candidat du FN en 2002, mais témoigne d’une formidable résistance dans la région.
En Corse, les listes nationalistes s’en sortent très honorablement. A Ajaccio, Poli fait 10.51% des voix (contre 3.1% pour l’ensemble des nationalistes en 2002). A Santène, ils font 7.79% (contre 0.92% en 2002). A Bastia, ils font 6.29% (contre 0.48%) et enfin à Corte, Gilles Simeoni fait l’excellent score de 13.5% (contre 8% environ en 2002). Parmi les nationalistes, eux seuls ont des raisons de se réjouir, ainsi sans doute que les Identitaires de Nissa Rebella.
J'ai mis du temps à vous la poster, je réunissais toutes les infos.