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Le FOOTBALL COLOMBIEN

Nom: Federación Colombiana de Fútbol 
Année de fondation : 1924 
Affiliations CONMEBOL en 1945 - FIFA en 1936 
Couleur maillot jaune, short bleu, bas rouges 
Rechange maillot blanc,short blanc, bas blancs
 
Nombre de clubs : 1.924
Nombre de licenciés : 247.150
Nombre d'arbitres : 2.060 
 
PALMARES 
Coupe du Monde : 0
Coupe des Confédérations : 0
Copa America : 1
2001 
Autres preformances :
Deuxième à la Copa America (1975)
Deuxième à la Gold Cup (2000 USA)
Troisième à la Coupe du Monde U-20 de la FIFA (2003)
Quatrième à la Coupe du Monde U-17 de la FIFA (2003)
Quatrième à la Coupe des Confédérations de la FIFA (2003) 
 
PERFORMANCES EN COUPE DU MONDE 
Nombre de participations : 4
1962, 1990, 1994, 1998
 
Site Internet officiel : www.colfutbol.org
Siège Avenida 32 No. 16-22 Piso 4o., Apdo aéreo 17602 SANTAFÉ DE BOGOTÁ D.C. Téléphone/Fax 57-1/285 3320 / 57-1/288 9740 
Président D. Alvaro, Dr Fina 
Secrétaire Général S. Celina Sierra 
 
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02/06/2008 23:20 
Foot, narcos et guérilla - Reportage l EQUIPE
La jeune et prometteuse équipe de Colombie s'apprête à affronter les Bleus, au Stade de France, en match amical. La Colombie n'a plus réussi à se qualifier pour une Coupe du monde depuis 1998. Un changement de génération, de meilleurs résultats - quatrième et invaincue dans les éliminatoires du Mondial 2010 - l'autorisent à nouveau rêver. Mais derrière la façade, le football colombien s'ouvre sur un univers insoupçonné où tous les coups semblent permis. La Colombie ne parvient pas à exorciser ses vieux démons. Et les nouveaux narcos, les paramilitaires, gangrènent aujourd'hui de nombreux clubs de foot. Plongée dans les racines du mal. En trois parties.
 
«Hé ! Fils de p... si tu continues à te mêler de ce qui ne te regarde pas, on va t'envoyer une moto !» Pas besoin d'en dire plus par téléphone. L'allusion aux sicarios, tueurs professionnels, est bien réelle. La menace figure, avec un chapelet d'intimidations, étalé sur quatre pages, dans la plainte contre X, le 25 mai 2006, déposée par Carlos Gonzalez Puche, avocat à la cour et premier défenseur des footballeurs professionnels colombiens. Deux ans plus tard, les appels anonymes nourrissent toujours le quotidien de Puche, lui-même ancien footeux professionnel, dans les années 80, à l'America de Cali et Millonarios, deux des plus prestigieuses équipes de Colombie, jadis aux mains des cartels de la drogue. Du milieu du foot, de ses dirigeants, passés ou actuels, le ''maestro'' connaît toutes les combines. Pots de vin, blanchiment d'argent, fausses déclarations, enrichissement illicite, trafic de billets, ventes truquées de joueurs et une série de règlements de compte qui ensanglante jusqu'à l'infini. L'arsenal est vaste. Il ne laisse que peu de latitude aux joueurs, «traités comme du bétail et je suis bien placé pour en parler.» Aussi, quand Mario Yepes (Paris SG) et Ivan Ramiro Cordoba (Inter Milan) lui ont proposé, il y a quatre ans, de devenir le représentant légal de leur profession, régie depuis par une Association en règle (Acolfutpro), Carlos Gonzalez Puche s'est senti obligé d'accepter, «pour défendre nos droits, notre liberté et l'honneur de nous tous.»
 
Bogota, mardi 6 mai, sous un ciel de tropique et de pollution, chaud et gris. Puche nous a donné rendez-vous à son cabinet, situé barrio El Recuerdo. Plus dépouillé, c'est impossible. Cela ressemble à une cellule de moine. Confession de l'intéressé : «Les dossiers sont ailleurs, en sécurité.» Toutes ces histoires, les ''putadas du foot'' sordides, à faire frémir, et qui paraissent sorties tout droit de l'univers ''Macondien'' de Gabriel Garcia Marquez, il les connaît par coeur. En 2006, Gustavo Upegui, le président de l'Envigado FC, un club de Medellin, impliqué dans des opérations opaques avec les paramilitaires, groupe d'autodéfense d'extrême droite, l'élite du crime organisé en Colombie, a été assassiné. En 2006 encore, Carlos Martan, un dirigeant de la fédération colombienne de football, soupçonné de connexion avec le narcoterrorisme, a été placé sur la liste Clinton, une loi promulguée à l'initiative de l'ancien président des Etats-Unis pour éradiquer le fléau de la coca. En 2007, Eduardo Mendez, le président de Santa Fe, le club doyen du championnat, a été extradé vers les Etats Unis, pour trafic et collusion avec les paramilitaires, ennemis jurés des FARC.
 
L'arbitre de la finale acheté
 
En Colombie, un scandale en chasse vite un autre. L'année dernière toujours, le contenu d'un rapport d'expertise, signé Juan-Bautista Avalos, un fiscal qui enquêtait sur le Deportivo Medellin, a soufflé tout le pays. Ses conclusions ont dénoncé «un degré de compénétration aigu de la délinquance organisée» dans l'ancien club du tristement célèbre Pablo Escobar, passé ensuite sous contrôle d'un des chefs paramilitaires, Don Berna, extradé le 13 mai dernier vers les Etats Unis. Ce rapport révèle aussi qu'en 2005, Rodrigo Tamayo, le président en exercice du club, a acheté l'arbitre de la finale du Tournoi de Clôture, un dénommé Javier Velazquez, pour 10 millions de pesos, environ 5000 euros. Aujourd'hui enfin, la justice essaie de faire la lumière sur la vente douteuse des sept mille actions que Tamayo possédait dans le Deportivo Medellin, à une société au capital ridicule, du nom de Sueños del Balon et dont deux des actionnaires majoritaires sont les anciens sélectionneurs de la Colombie, Pacho Maturana et Hernan Dario Gomez.
 
Le gouvernement a toujours nié la présence des paramilitaires dans le football mais il y a huit mois, il s'est fait clouer le bec. Sur les ondes des radios nationales, les Colombiens ont pu écouter un enregistrement pirate d'une conversation téléphonique entre Rodrigo Tovar, alias ''Jorge 40'', l'un des grands leaders paramilitaires, et un dirigeant du Valledupar FC, un club de Seconde Division. De quoi discutaient les deux hommes ? Jorge 40, extradé lui aussi le 13 mai dernier vers les Etats-Unis, expliquait à son interlocuteur, qu'il pouvait lui «obtenir des joueurs de bon niveau, à un bon prix et à tous les postes, en provenance de l'America de Cali ou du Real Cartagène. Dans le Valle, nous avons les meilleures écoles de formation du pays, tu pourras choisir. Et sur un plan personnel, le Real Cartagène me doit bien ça. Tu auras les joueurs que tu voudras.» L'allusion de Jorge 40, qui fait coucher et lever le soleil au Valledupar FC, n'est pas innocente. Deux ans auparavant, le club de son coeur s'est laissé écraser par le Real Cartagène, encaissant quatre buts dans les cinq dernières minutes pour permettre à ce dernier d'accéder à la Première Division. Le résultat a été validé par la fédération sans sourciller. A la Direction Générale des Stupéfiants, barrio Chapinero, un quartier très populaire, au coeur de la capitale, Carlos Albornoz, le Directeur Général, ne peut nier l'évidence. Mais il assure qu'en Colombie «tout se fait plus lentement qu'ailleurs, que les uns après les autres les hors-la-loi tombent et qu'avec le temps, le pays se porte mieux.» 
 
America de Cali - Famille Rodriguez : les liaisons dangereuses
 
Cali, jeudi 8 mai. La capitale du département du Valle, plus de deux millions d'habitants, revendique le privilège d'avoir été visitée par Dieu et d'être le berceau du foot colombien. Nous avons tenté d'approcher le directeur de la formation à l'America de Cali, un certain Juan Miguel Rodriguez, plus de trois cents joueurs sous sa responsabilité. Une dizaine de tentatives auprès du club sont restées vaines. A chaque fois, la fin de non-recevoir a été catégorique. Le motif est difficilement avouable, mais ce Rodriguez-là n'est autre que le fils de Miguel Rodriguez Orejuela, l'un des parrains du cartel de Cali, dont le pedigree se décline en deux chiffres : 200 000 tonnes de cocaïne exportées vers les Etats Unis ; une fortune de 7 milliards de dollars. Aujourd'hui, Miguel Rodriguez et son frère Gilberto purgent une peine cumulée de cent ans de prison dans un pénitencier de Floride. Ils ont tout légué à l'Etat contre leur nouvelle vie carcérale et la paix de leur famille. Le club de l'America a été placé sur la ''liste Clinton'', une mesure qui lui interdit toute opération financière, mais à travers le fils Rodriguez, les crimes du passé connaissent un prolongement troublant. Un doute balayé par le président du club, Carlos Puente : «Les liens du sang ne sont pas un délit.» Et plus catégorique encore : «Ce monsieur Rodriguez n'a aucune influence et rien à voir avec notre club.»
 
De l'argent en masse, mais pas pour les joueurs
 
Retour à Bogota, dans le flot sale et bruyant des flotas, ces bus d'une autre époque. Gustavo Quijano, 33 ans, retraité des terrains de foot de Première Division depuis le début de l'année, a pris l'habitude de se déplacer par ce moyen de transport, «par souci d'économie.» Sur les treize ans de sa modeste carrière comme latéral gauche, à raison de 800 euros par mois, il totalise deux ans d'impayés de salaire. «J'ai dû revendre la seule voiture que je m'étais offerte, une Twingo d'occasion, pour pouvoir régler mon loyer. Pour économiser encore, je suis revenu vivre chez mes parents.» L'Association des Pros lui donne un peu de boulot, il dispute quelques tournois de quartiers, çà et là il empoche une prime. Quijano survit, avec dignité : «Je suis resté du bon côté, soupire-t-il, c'est un soulagement.» La semaine dernière, il s'est consolé d'une décision de la Cour de Justice qui a ordonné la mise en détention de William Perez Espinel, propriétaire des Pumas (une équipe de Deuxième Division) et gouverneur du département de Casanare. En secret, Perez Espinel participait à la formation et au financement de groupes paramilitaires. Il est en fuite. Il devait à Quijano un an de salaire.
 
Comme lui, arnaqués par les clubs, laissés sur le bord de la route, ils sont pléthore. Gonzalez Puche tente de les défendre mais ne gagne pas toujours : «Il a fallu quatre ans de procédure pour obtenir des statuts que je juge encore indécents et que la fédération colombienne n'a toujours pas harmonisés aux normes de la FIFA. Mais le vrai problème reste ces clubs qui changent de nom d'un seul coup de tampon en laissant derrière eux une coquille vide, sans recours pour ceux à qui ils doivent de l'argent.» Le joueur est toujours la première victime, celui qu'on ne paie pas, qui n'est pas déclaré, n'a pas de sécurité sociale. Puche, en colère : «C'est tellement facile pour les patrons mafieux de tromper des garçons d'un niveau social et culturel souvent poche de zéro.»
 
Nous avons mieux compris, après avoir croisé à Cali Eduardo Lara, entraîneur des équipes nationales de jeunes depuis bientôt vingt ans. «Dans les départements les plus reculés du Choco, de Bolivar, de Sucre ou du Nariño, les jeunes, ballon au pied, sont des artistes. Mais certains ne savent ni lire, ni écrire, d'autres n'ont jamais vu une brosse à dents. Dans le groupe qui a disputé le Mondial des 17 ans, en 2003, il y en avait qui ne connaissaient même pas l'hymne national. Souvent, il m'arrive de garder avec moi les plus paumés, je les élève comme mes fils.»
 
Toja, de la drogue à la MLS
 
Lara, dans le foot colombien ? Une sorte d'Abbé Pierre latino, une vie dédiée aux autres. Le foot est son bâton de pèlerin. Il n'arrête jamais, rechigne à citer des noms. Finit par donner celui de Juan-Carlos Toja, bachelier puis universitaire (le seul dans les sélections de jeunes), ''accro'' à la marijuana et qui avait totalement ''dévissé'' avant de se réinsérer et de signer un contrat professionnel au Dallas FC, un club de la Major Soccer League, aux Etats Unis. Ou celui de Jairo Palomino, dont les parents victimes de la guerilla, ont fui les massacres sur les routes sans loi du département de Bolivar (°). Aujourd'hui, Palomino est un titulaire indiscutable à Envigado FC et survient aux besoins des siens.
 
A qui profite le crime ? Puche, l'avocat des joueurs professionnels, désigne sans hésiter «les Paramilitaires, la guerilla, et tous ceux qui vivent du système.» Les Paramilitaires n'ont rien inventé. Ils font cultiver par des paysans opprimés et apeurés des milliers d'hectares de coca. Destination du produit fini, les Etats-Unis, le Mexique, l'Europe. En retour, les dollars. Le nerf de la guerre. Dans son rapport sur le Deportivo Medellin, le fiscal Avalos dont la vie depuis est devenu un enfer - menaces de mort, déménagement incessant pour brouiller les pistes, noms d'emprunt, déguisement - a cette phrase accablante : «Certains clubs de football sont la meilleure marque de machine à laver du monde et ils blanchissent des millions de dollars dans des complexes hôteliers à Panama, au Venezuela ou au Mexique.»
 
Le blanchiment d'argent passe par les clubs
 
Réflexion amère de Puche : «Cela fait trente ans que les autorités sont au courant. Et que moi, je me bats contre les mêmes discriminations d'il y a trente ans : esclavage des joueurs, salaires impayés, chantage, corruption.» Quelles que soient leurs turpitudes, les clubs restent les véritables métronomes de la vie du pays. Il y a six mois les hinchas de Santa Fe, étaient au bord de la dépression parce que leur club était à deux doigts de la faillite. Par un tour de magie, les dirigeants ont injecté 8 millions de dollars, acheté les meilleurs joueurs et l'équipe joue actuellement les premiers rôles dans le Tournoi de Clôture. Qu'importe la provenance de l'argent.
 
C'est vendredi soir et il pleut sur Bogota. Comme chaque fin de semaine Gonzalez Puche va se défouler en poussant le ballon avec des anciens. Le défenseur des joueurs colombiens se déplace sans voiture blindée, sans gardes du corps et s'étonne qu'on lui pose la question. «Pourquoi faire ? Je n'ai jamais connu la peur. Quand je pense à ma vie, très caliente, je trouve même que j'ai de la chance. Je suis comme un funambule sur sa corde. De là-haut, je vois tout. Mais je n'ai pas le choix. Pour gagner, arriver de l'autre côté, je ne peux pas reculer.» - 
 
Guy ROGER (à Bogota et Cali)

 

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